{"id":341,"date":"2026-07-25T21:02:48","date_gmt":"2026-07-25T19:02:48","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=341"},"modified":"2026-08-07T16:50:09","modified_gmt":"2026-08-07T14:50:09","slug":"poesie-1946-1967","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=poesie-1946-1967","title":{"rendered":"Po\u00e9sie (1946-1967)"},"content":{"rendered":"<p>Po\u00e9sie (1946-1967)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PO\u00c9SIE (1946-1967). Anthologie po\u00e9tique de Philippe Jaccottet (Suisse, n\u00e9 en 1925), publi\u00e9e \u00e0 Paris chez Gallimard en 1971. Elle comprend des extraits de l\u2019Effraie (Gallimard,\u00a01954), l\u2019Ignorant (Gallimard,\u00a01958), Airs (Gallimard,\u00a01967), auxquels s\u2019ajoutent Le\u00e7ons (Lausanne, Payot,\u00a01969).<\/p>\n<p>\u00abL\u2019effacement soit ma fa\u00e7on de resplendir\u00bb: de son premier recueil important aux textes de r\u00e9flexion po\u00e9tique en prose (Paysages avec figures absentes,\u00a01970; \u00c9l\u00e9ments d\u2019un songe,\u00a01961) la voix de Philippe Jaccottet vise une justesse qui dise dans sa fragilit\u00e9 la beaut\u00e9 entr\u2019aper\u00e7ue \u00e0 la surface du monde. La discr\u00e9tion de l\u2019\u00e9criture suisse romande (voir \u00c9crits, de Gustave Roud) se m\u00eale ici \u00e0 la fr\u00e9quentation de nombre d\u2019auteurs majeurs (Rilke, H\u00f6lderlin, Musil, G\u00f3ngora) que Jaccottet a traduits, alimentant sa r\u00e9flexion aux deux sources d\u2019un classicisme qui fournit la clart\u00e9 de la phrase po\u00e9tique, et d\u2019un romantisme hant\u00e9 par la recherche de l\u2019\u00ababsolu \u00e9pars\u00bb, diss\u00e9min\u00e9 dans les plis de la lumi\u00e8re. Pr\u00e9servant discr\u00e8tement les formes traditionnelles des strophes, m\u00e8tres et rimes, l\u2019Effraie d\u00e9j\u00e0 travaillait \u00e0 en estomper les effets, pour conserver leur gr\u00e2ce musicale mais en les all\u00e9geant de toute inutile\u00a0\u2014 voire dangereuse\u00a0\u2014 splendeur. Car le travail de la po\u00e9sie se comprend dans cette \u0153uvre comme une permanente pes\u00e9e (figur\u00e9e par l\u2019image r\u00e9currente de la balance) tentant d\u2019\u00e9quilibrer l\u2019amour du monde et l\u2019horreur de dispara\u00eetre. L\u2019attention aux plus infimes ph\u00e9nom\u00e8nes, aux \u00abmille \u00e9pines de la pluie\u00bb comme aux moments d\u2019une transparence insaisissable (\u00abMais comment dire \/ cette chose qui est trop pure pour la voix?\u00bb) se double donc d\u2019une m\u00e9fiance: si les po\u00e8tes sont les \u00abz\u00e9l\u00e9s serviteurs du visible \u00e9loign\u00e9\u00bb, la restitution du monde passe par un d\u00e9ni du pouvoir de la langue, de sa disposition \u00e0 figer ce qui nous illumine, \u00e0 construire des \u00e9difices d\u2019images magnifiques mais inhabitables. \u00abPri\u00e8re entre la nuit et le jour\u00bb, \u00abdite dans la crainte\u00bb, comme l\u2019indique le premier texte de l\u2019Ignorant, \u00abcombat in\u00e9gal\u00bb des signes infimes que le monde adresse et de la fin, de la mort et de la souffrance, la po\u00e9sie est donc affaire de mesure: elle d\u00e9crit les distances (ce qui nous s\u00e9pare du monde et ce qui soudainement nous en approche, nous permet d\u2019\u00abhabiter\u00bb la terre), mais doit pour s\u2019accomplir se d\u00e9fier de tout enthousiasme, conserver dans sa voix m\u00eame le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et comme d\u00e9risoire de la beaut\u00e9 qui l\u2019aimante. Pour \u00abparler avec la voix du jour\u00bb, \u00abseule demeure l\u2019ignorance. Ni la mort, \/ ni le rire\u00bb. Ainsi la transparence se dira-t-elle dans une \u00abbu\u00e9e\u00bb sonore, et tous les moyens stylistiques d\u2019une \u00e9criture remarquablement accomplie se r\u00e9fugieront-ils dans une apparence de prose, qui supprime les majuscules en d\u00e9but de vers, \u00e9touffe les allit\u00e9rations, conquiert une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 poreuse au jour: \u00abTel est le monde. \/ Nous ne le voyons pas tr\u00e8s longtemps: juste assez \/ pour en garder ce qui scintille et va s\u2019\u00e9teindre.\u00bb Dans la po\u00e9sie contemporaine et ce qu\u2019il faudrait appeler le \u00abretour au visible\u00bb des ann\u00e9es cinquante (avec Yves Bonnefoy, Francis Ponge, Jean Follain) apr\u00e8s les d\u00e9ferlantes imaginaires du surr\u00e9alisme, l\u2019originalit\u00e9 et la grandeur de cette \u0153uvre tiennent au maintien de l\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique dans le souci, permanent, de ses limites: non loin de la conception du po\u00e8te comme \u00abberger de l\u2019\u00eatre\u00bb, selon la formule de Heidegger, Jaccottet se d\u00e9fie de la th\u00e9orie et de l\u2019assurance qu\u2019elle semble autoriser, et se propose un projet \u00e9trangement limpide: parcourir une r\u00e9alit\u00e9 dont nous ne sommes que locataires, et tenter de pr\u00e9server dans la parole les quelques moments de puret\u00e9 qui s\u2019offrent, sans savoir si \u00abtout ce vert qui ne s\u2019amasse pas, mais tremble et brille\u00bb peut nous aider \u00e0 \u00eatre, si les \u00abimages qui quand m\u00eame passent \/ Navettes ou anges de l\u2019\u00eatre\u00bb peuvent \u00abr\u00e9parer l\u2019espace\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abFragile est le tr\u00e9sor des oiseaux\u00bb: cette modestie po\u00e9tique n\u2019interdit cependant ni la d\u00e9licatesse presque pr\u00e9cieuse de certaines images (\u00abCette neige: hermine enfuie\u00bb) ni une certaine force de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, quand la transparence doit se confronter \u00e0 l\u2019innombrable pour s\u2019assurer qu\u2019elle repr\u00e9sente bien une \u00abchance de vie\u00bb: puisque nous sommes \u00abinstruits au fouet\u00bb, l\u2019\u00ab\u00e2me\u00bb dans Airs ne peut \u00eatre que \u00abce peu de chose\u00bb, \u00abincertaine qu\u2019elle dure\u00bb, qui chanterait \u00abavec la voix la plus pure \/ les distances de la terre\u00bb. D\u00e8s l\u2019Ignorant, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 po\u00e9tique s\u2019accomplira alors par une disparition progressive des formes h\u00e9rit\u00e9es en alternant de br\u00e8ves compositions et des \u00abnotes\u00bb (voir la Semaison), qui prendront avec Airs la gr\u00e2ce l\u00e9g\u00e8re du haiku (\u00abMonde n\u00e9 d\u2019une d\u00e9chirure \/ apparu pour \u00eatre fum\u00e9e! \/ N\u00e9anmoins la lampe allum\u00e9e \/ sur l\u2019interminable lecture\u00bb). Lecteur des \u00absignes\u00bb du r\u00e9el, arpenteur \u00abentre pierre et songerie\u00bb du presque rien de lumi\u00e8re qu\u2019il nous arrive de rencontrer, le po\u00e8te ne doit \u00abrien expliquer, mais prononcer juste\u00bb. La restitution n\u2019est cependant pas un simple \u00abreportage\u00bb du monde sensible, et la voix fr\u00e9quemment s\u2019interroge: \u00abMais si l\u2019invention tendre d\u2019un enfant \/ sortait de notre monde, \/ rejoignait celui que rien ne rejoint?\u00bb Tout en s\u2019y refusant, le po\u00e8me alors se heurte \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une transcendance, comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible que la beaut\u00e9 f\u00fbt priv\u00e9e de socle et de sens, comme si les instants de suspension devaient fournir davantage qu\u2019une consolation, et prendre forme d\u2019\u00abobole pour le passeur\u00bb. Le\u00e7ons compose ainsi une ample m\u00e9ditation devant la mort (\u00abQui se venge, et de quoi, par ce crachat?\u00bb), h\u00e9sitant encore, dans son finale, \u00e0 faire de \u00abl\u2019invisible habitant l\u2019invisible\u00bb davantage qu\u2019un \u00abmod\u00e8le de patience et de sourire \/ tel le soleil dans notre dos encore \/ qui \u00e9claire la table, et la page, et les raisins\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>O.\u00a0BARBARANT<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-341","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/341","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=341"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}