{"id":326,"date":"2026-07-25T20:05:15","date_gmt":"2026-07-25T18:05:15","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=326"},"modified":"2026-08-10T14:03:03","modified_gmt":"2026-08-10T12:03:03","slug":"splendeurs-et-miseres-des-courtisanes","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=splendeurs-et-miseres-des-courtisanes","title":{"rendered":"Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes"},"content":{"rendered":"<p>Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>SPLENDEURS ET MIS\u00c8RES DES COURTISANES. Roman d\u2019Honor\u00e9 de Balzac (1799-1850), publi\u00e9 de 1838 \u00e0\u00a01847. Il comprend quatre parties: les deux premi\u00e8res proc\u00e8dent d\u2019un lent travail sur un r\u00e9cit initialement intitul\u00e9 la Torpille (1838), prolong\u00e9 par Esther ou les Amours d\u2019un vieux banquier (mai-ao\u00fbt\u00a01843). Une premi\u00e8re version intitul\u00e9e Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes et sous-titr\u00e9e Esther para\u00eet en\u00a03 volumes chez de Potter en\u00a01844. Le tome\u00a0XI de la Com\u00e9die humaine (troisi\u00e8me des \u00abSc\u00e8nes de la vie parisienne\u00bb, chez Furne, Dubochet et Hetzel) accueille une version de Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes en deux parties\u00a0\u2014 \u00abEsther heureuse\u00bb\u00a0[qui deviendra sur le \u00abFurne corrig\u00e9\u00bb, \u00abComment aiment les filles\u00bb] et \u00ab\u00c0 combien l\u2019amour revient aux vieillards\u00bb\u00a0\u2014 en\u00a01844 puis\u00a01846. La troisi\u00e8me partie, \u00abUne instruction criminelle\u00bb, para\u00eet en feuilleton dans l\u2019\u00c9poque en juillet 1846, puis sous le titre \u00abO\u00f9 m\u00e8nent les mauvais chemins\u00bb dans le tome\u00a0XII de la Com\u00e9die humaine en ao\u00fbt 1846 et, intitul\u00e9e Un drame dans les prisons, en \u00e9dition s\u00e9par\u00e9e chez Hippolyte Souverain en\u00a01847 (2 vol.). La quatri\u00e8me partie, \u00abla Derni\u00e8re Incarnation de Vautrin\u00bb, para\u00eet en feuilleton dans la Presse d\u2019avril \u00e0 mai 1847, puis en \u00e9dition s\u00e9par\u00e9e chez Chlendowski en\u00a01847 (3 vol.). Elle aura une publication posthume au tome\u00a0XVIII de la Com\u00e9die humaine (Houssiaux,\u00a01855). La premi\u00e8re \u00e9dition compl\u00e8te du roman, post\u00e9rieure \u00e0 la mort de l\u2019\u00e9crivain, parut chez Houssiaux en\u00a01855. \u00c0 cette gen\u00e8se embrouill\u00e9e s\u2019ajoutent de nombreuses pr\u00e9fa\u00e7ons et contrefa\u00e7ons belges.<\/p>\n<p>Roman dont la composition est la plus \u00e9tal\u00e9e dans le temps, mais aussi celui qui comporte le plus de personnages (273), dont plusieurs ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 les h\u00e9ros d\u2019\u0153uvres pr\u00e9c\u00e9dentes, Splendeurs et Mis\u00e8res appara\u00eet comme la suite d\u2019Illusions perdues bien que le retour de Lucien de Rubempr\u00e9 \u00e0 Paris ait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit avant son d\u00e9part. Profond\u00e9ment li\u00e9e \u00e0 bien des \u0153uvres de la Com\u00e9die humaine, carrefour de th\u00e8mes et de types humains, cette fiction \u00e0 la fois roman populaire et drame puissant, combine une inspiration, une tonalit\u00e9 et un symbolisme proche de cet autre monument, les Mis\u00e9rables, dont Hugo entreprend la r\u00e9daction quand Balzac ach\u00e8ve Splendeurs et Mis\u00e8res. Mais \u00e0 l\u2019optimisme hugolien s\u2019oppose le d\u00e9sespoir balzacien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<br \/>\nLucien de Rubempr\u00e9, de retour dans la soci\u00e9t\u00e9 parisienne au d\u00e9but de\u00a01824, accueille sa ma\u00eetresse Esther Gobseck au bal de l\u2019Op\u00e9ra, o\u00f9 on la reconna\u00eet comme \u00e9tant la c\u00e9l\u00e8bre courtisane la Torpille. Elle rentre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et veut se tuer, quand Carlos Herrera (Vautrin), qui avait assist\u00e9 masqu\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne, la sauve et la fait entrer dans une maison religieuse, pour l\u2019enfermer plus tard dans un appartement sous la surveillance de serviteurs, Asie et Europe, ses \u00e2mes damn\u00e9es. De son c\u00f4t\u00e9, Lucien m\u00e8ne une brillante vie mondaine, mais ils se languissent l\u2019un de l\u2019autre. Vautrin les autorise \u00e0 se voir clandestinement, mais le baron de Nucingen, qui a aper\u00e7u Esther, en tombe amoureux. Vautrin voit l\u00e0 l\u2019occasion de servir ses desseins, car il faut un million \u00e0 Lucien pour pouvoir \u00e9pouser Mlle\u00a0de Grandlieu et s\u2019int\u00e9grer d\u00e9finitivement au grand monde.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie relate les man\u0153uvres d\u2019Asie pour soutirer le plus d\u2019argent possible \u00e0 Nucingen devenu l\u2019amant d\u2019Esther, ainsi que les p\u00e9rip\u00e9ties d\u2019une enqu\u00eate men\u00e9e par la police secr\u00e8te de Corentin (voir les Chouans et Une t\u00e9n\u00e9breuse affaire), charg\u00e9e par Nucingen de retrouver Esther. R\u00e9sign\u00e9e \u00e0 cette prostitution pour assurer le bonheur de Lucien, celle-ci s\u2019empoisonne apr\u00e8s s\u2019\u00eatre donn\u00e9e au banquier, au moment o\u00f9 elle h\u00e9rite de Gobseck. Les malversations de Vautrin, les mensonges de Lucien les conduisent tous deux en prison.<\/p>\n<p>Le juge Camusot subit dans la troisi\u00e8me partie les pressions de la haute soci\u00e9t\u00e9 pour \u00e9touffer le scandale, alors que Vautrin nie habilement, sous le d\u00e9guisement de l\u2019abb\u00e9 Carlos Herrera. Mais Lucien, moins fort, se laisse man\u0153uvrer et trahit Vautrin. Bien que Mme\u00a0de Serisy, ancienne ma\u00eetresse de Lucien, parvienne \u00e0 d\u00e9truire les proc\u00e8s-verbaux d\u2019interrogatoire, Lucien, au d\u00e9sespoir d\u2019avoir indirectement caus\u00e9 la mort d\u2019Esther et d\u00e9nonc\u00e9 son bienfaiteur, se pend dans sa cellule le\u00a015\u00a0mai\u00a01830.<\/p>\n<p>Vautrin, de son vrai nom Jacques Collin, dit Trompe-la-Mort (voir le P\u00e8re Goriot), apprend dans la derni\u00e8re partie la mort de Lucien, et sous le choc, cesse d\u2019abord de lutter. Il avoue et se met au service de la justice en \u00e9change de la gr\u00e2ce de Th\u00e9odore Calvi, condamn\u00e9 \u00e0 mort, \u00e0 qui le lie une profonde affection, et de lettres compromettantes pour les plus grands noms de la bonne soci\u00e9t\u00e9. Il devient l\u2019adjoint de l\u2019ex-bagnard Bibi-Lupin, chef de la S\u00fbret\u00e9, qu\u2019il remplacera, \u00e9clairant diverses affaires, aid\u00e9 de criminels qu\u2019il a fait entrer dans son jeu, et d\u2019Asie, qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre sa tante. Apr\u00e8s quinze ans de service, il se retire vers\u00a01845.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le titre ne semble gu\u00e8re rendre compte du roman. Une seule courtisane, Esther, joue un r\u00f4le majeur, pour, apr\u00e8s sa disparition, c\u00e9der la place \u00e0 une intrigue judiciaire, criminelle et polici\u00e8re. La complexit\u00e9 de l\u2019intrigue permet \u00e0 la fois au destin des personnages issus d\u2019autres romans (le P\u00e8re Goriot pour Vautrin, Illusions perdues pour Lucien, la Maison Nucingen&#8230;) de se prolonger, de s\u2019\u00e9panouir ou de s\u2019achever, et au romancier d\u2019exploiter les proc\u00e9d\u00e9s, milieux et lieux favoris des Myst\u00e8res de Paris d\u2019Eug\u00e8ne Sue.<\/p>\n<p>Plus que de satisfaire un go\u00fbt contemporain, il s\u2019agit de replacer Jacques Collin dans le fascinant monde souterrain du crime, dont il est la plus diabolique \u00e9manation. Monstre d\u2019\u00e9nergie, reprenant les traits du bandit r\u00e9volt\u00e9, cette grande figure romantique d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9e par le jeune Balzac (voir Annette et le Criminel), manipulateur des \u00eatres comme cet autre for\u00e7at \u00e9vad\u00e9, le Ferragus de l\u2019Histoire des Treize, transposant la l\u00e9gende de Vidocq, Vautrin incarne la puissance de la vie et r\u00e9v\u00e8le le v\u00e9ritable fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>De l\u00e0 sa conjonction avec la courtisane, autre r\u00e9v\u00e9latrice des passions et principes qui r\u00e9gissent les comportements des puissants. Personnage de m\u00e9lodrame (la prostitu\u00e9e au grand c\u0153ur, la fille d\u00e9chue sublim\u00e9e en ange, la victime d\u00e9sign\u00e9e), cette amoureuse, en qui se rassemblent les fantasmes \u00e9rotiques attach\u00e9s \u00e0 la Parisienne et \u00e0 l\u2019Orientale, meurt \u00e0 cause d\u2019une souillure impos\u00e9e par un d\u00e9mon. Sacralis\u00e9e par l\u2019amour, retrouvant les origines bibliques de son nom, Esther, qui n\u2019occupe de r\u00f4le essentiel nulle part ailleurs dans la Com\u00e9die humaine, s\u2019impose comme une sainte d\u00e9vou\u00e9e corps et \u00e2me \u00e0 son amant divinis\u00e9, livr\u00e9e \u00e0 Vautrin et au banquier Nucingen.<\/p>\n<p>Nucingen, le vieillard amoureux, conf\u00e8re au roman sa dimension comique. Ce puissant redoutable tombe dans le double ridicule d\u2019une passion amoureuse et d\u2019une na\u00efvet\u00e9 paradoxale chez ce g\u00e9nie de la finance. Mais ce trompeur tromp\u00e9 d\u00e9clenche la machine et la machination polici\u00e8res. R\u00e9duit au r\u00f4le de dupe, il s\u2019av\u00e8re donc n\u2019\u00eatre qu\u2019un instrument. Organisateur involontaire du drame, il est dans les mains de Vautrin, comme Esther, comme Lucien.<br \/>\nLucien n\u2019est plus le po\u00e8te d\u2019Illusions perdues. Du personnage faible et ambitieux d\u2019autrefois, il ne reste qu\u2019un jouet de la volont\u00e9 de son ma\u00eetre et une s\u00e9duisante figure. Au centre du roman, Lucien a d\u2019abord pour fonction de laisser se disposer autour de lui les \u00e9l\u00e9ments et les forces de la fiction. C\u2019est pour lui qu\u2019agit Vautrin, c\u2019est lui qu\u2019aime Esther, lui encore qu\u2019attaque Corentin, lui enfin que les grandes dames s\u2019arrachent et pour qui elles se compromettent. Cette fonction instrumentale et cette relative dissolution laissent d\u2019autant mieux appara\u00eetre la sym\u00e9trie savamment \u00e9tablie entre Lucien et Esther, qui ne doivent leur survie qu\u2019\u00e0 Vautrin, mais aussi entre Esther et Vautrin tous deux amoureux de Lucien. Le pluriel du titre s\u2019\u00e9claire alors: l\u2019asservissement et le c\u00f4t\u00e9 f\u00e9minin de Lucien l\u2019apparentent \u00e0 une courtisane. Vie de luxe et idylle romantique pour Esther et Lucien, qui jouissent un temps d\u2019un bonheur paradisiaque: voil\u00e0 pour les splendeurs; avilissement et chute fatale: voil\u00e0 pour les mis\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00c0 ces sym\u00e9tries s\u2019ajoute celle entre ces incarnations de la puissance et de la volont\u00e9 que sont Nucingen et Vautrin, calculateurs, voleurs, contraints d\u2019acheter l\u2019objet de leur d\u00e9sir mais condamn\u00e9s \u00e0 horriblement souffrir de leur mort, et Corentin, le policier. Cyniques, joueurs, entour\u00e9s d\u2019inqui\u00e9tants comparses, ils se ressemblent. Ce trio dominateur r\u00e9unit ainsi les ma\u00eetres d\u2019un pays manipul\u00e9 par l\u2019argent, la police et le crime. Sur leur ordre ou \u00e0 leur instigation agissent le gouvernement, la justice et l\u2019administration.<\/p>\n<p>Cette le\u00e7on de choses sur les chemins tortueux de l\u2019amour, astre qui brille de son noir \u00e9clat dans le roman, et sur les bas-fonds r\u00e9v\u00e9lateurs de la soci\u00e9t\u00e9 moderne, prend plus de relief gr\u00e2ce aux proc\u00e9d\u00e9s m\u00e9lodramatiques dispens\u00e9s \u00e0 foison dans la fiction. Coups de th\u00e9\u00e2tres multiples, violence, exacerbation des sentiments, d\u00e9guisements \u00e9tourdissants, polyphonie des langages, de l\u2019accent teuton de Nucingen \u00e0 l\u2019argot des prisons, tout concourt \u00e0 structurer le fantastique social dans les cadres du roman populaire le plus efficace.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des s\u00e9ductions feuilletonesques, la confrontation de la haute soci\u00e9t\u00e9 et des bas-fonds, du grand et de la p\u00e8gre, si elle m\u00e9lodramatise l\u2019intrigue, ne laisse aucune place \u00e0 la bont\u00e9 ou \u00e0 l\u2019honn\u00eatet\u00e9, flagrante contravention aux lois du roman populaire. La puret\u00e9 d\u2019Esther ne suffit pas \u00e0 compenser l\u2019implacable tyrannie des int\u00e9r\u00eats. Si l\u2019on consid\u00e8re en outre la place centrale du sexe, de la prostitution \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9, de la virulence des d\u00e9sirs \u00e0 l\u2019exasp\u00e9ration des frustrations, force est de constater que Splendeurs et Mis\u00e8res d\u00e9passe consid\u00e9rablement les enjeux et les censures du roman populaire pour atteindre \u00e0 la grandiose po\u00e9sie des fleurs du mal \u00e9panouies dans un Paris que dynamisent les fulgurances d\u2019une vision mythique. Des salons \u00e0 la Conciergerie, de l\u2019Op\u00e9ra au cabinet du juge Camusot, des appartements clandestins au Bois, lieu d\u2019enivrantes promenades amoureuses, la ville d\u00e9ploie dans l\u2019ombre et la lumi\u00e8re ses fastes et ses myst\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0GENGEMBRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-326","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/326","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=326"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}