{"id":325,"date":"2026-07-25T20:02:43","date_gmt":"2026-07-25T18:02:43","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=325"},"modified":"2026-07-25T20:02:43","modified_gmt":"2026-07-25T18:02:43","slug":"illusions-perdues","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=illusions-perdues","title":{"rendered":"Illusions perdues"},"content":{"rendered":"<p>Illusions perdues<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ILLUSIONS PERDUES. Roman d\u2019Honor\u00e9 de Balzac (1799-1850), compos\u00e9 de trois parties. La premi\u00e8re parut sous le titre final \u00e0 Paris chez Werdet en 1837; la deuxi\u00e8me, \u00abUn grand homme de province \u00e0 Paris\u00bb, chez Hippolyte Souverain en 1839, apr\u00e8s une publication en feuilleton dans l\u2019\u00c9tat sous le titre \u00abDavid S\u00e9chard\u00bb; la troisi\u00e8me, \u00ab\u00c8ve et David\u00bb, dans le tome\u00a0VIII de la Com\u00e9die humaine chez Furne, Dubochet et Hetzel en 1843, o\u00f9 elles sont r\u00e9unies sous le titre g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Illusions perdues, la premi\u00e8re s\u2019intitulant alors \u00ables Deux Po\u00e8tes\u00bb. Le Furne corrig\u00e9 change le titre de la troisi\u00e8me en \u00ables Souffrances de l\u2019inventeur\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u0152uvre capitale dans l\u2019\u0153uvre\u00bb selon son auteur (lettre \u00e0 Mme\u00a0Hanska,\u00a02\u00a0mars\u00a01843), occupant chronologiquement une place centrale, somme balzacienne o\u00f9 se rassemblent les th\u00e9matiques essentielles, cette v\u00e9ritable trilogie compose un roman arch\u00e9typal, o\u00f9 se met en place le mythe d\u2019une jeunesse et d\u2019une \u00e9poque, symbolis\u00e9e par les tribulations, esp\u00e9rances et d\u00e9sillusions du h\u00e9ros, Lucien de Rubempr\u00e9. L\u2019irruption finale de Vautrin le relie au P\u00e8re Goriot, comme elle pr\u00e9pare la suite, Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Premi\u00e8re partie. \u00c0 Angoul\u00eame, \u00e0 la fin de\u00a01819, M.\u00a0S\u00e9chard vend pour un prix exorbitant son imprimerie \u00e0 son fils David. Id\u00e9aliste, pr\u00e9dispos\u00e9 \u00e0 la po\u00e9sie par son g\u00e9nie m\u00e9ditatif, ce dernier ne peut que vivoter, gr\u00e2ce aux fr\u00e8res Cointet, gros papetiers peu soucieux de voir son affaire tomber dans les mains d\u2019un concurrent plus entreprenant. Il s\u2019est li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 avec un camarade de coll\u00e8ge, Lucien Chardon, dont la m\u00e8re est n\u00e9e de Rubempr\u00e9, et dont il \u00e9pouse la s\u0153ur, \u00c8ve, tout en employant Lucien comme prote pour le sauver du d\u00e9sespoir. Po\u00e8te, Lucien se cr\u00e9e en ville une flatteuse r\u00e9putation. Mme\u00a0de Bargeton, qui tient salon, le prend sous sa protection et en tombe amoureuse. Ne pouvant supporter les comm\u00e9rages de notables m\u00e9diocres, mesquins et haineux (qui donnent lieu \u00e0 un duel), elle enl\u00e8ve son po\u00e8te et ils partent pour Paris. M.\u00a0du Ch\u00e2telet, vieil amoureux de Mme\u00a0de Bargeton, les suit discr\u00e8tement.<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie, Mme\u00a0de Bargeton abandonne vite son pl\u00e9b\u00e9ien de prot\u00e9g\u00e9 sur les conseils de sa cousine, Mme\u00a0d\u2019Espard. Lucien essaie d\u2019\u00e9crire et rencontre Daniel d\u2019Arthez, vertueux jeune homme de talent qui l\u2019introduit dans son cercle d\u2019id\u00e9alistes, le C\u00e9nacle. Mais Lucien n\u2019y reste gu\u00e8re, ayant fait la connaissance du peu scrupuleux journaliste Lousteau (qui repara\u00eet dans la Muse du d\u00e9partement), lequel lui explique le monde litt\u00e9raire, et lui fait conna\u00eetre l\u2019\u00e9diteur Dauriat, qui refuse \u00e0 Lucien la publication d\u2019un recueil de sonnets. Lousteau lui conseille le journalisme, o\u00f9 Lucien brille. Se trouvant une ma\u00eetresse d\u00e9vou\u00e9e en la personne de l\u2019actrice Coralie, Lucien fait capituler Dauriat, qui lui ach\u00e8te son manuscrit. Lanc\u00e9 dans les lettres et la soci\u00e9t\u00e9, paradant au milieu des \u00ablions\u00bb et des dandies, Lucien se fait des ennemis qui ourdissent des cabales contre lui et Coralie, s\u2019endette, s\u2019affilie aux ultras pour officialiser son nom, et en vient \u00e0 commettre des vilenies, \u00e9reintant le livre de d\u2019Arthez, ce qui lui vaut une blessure dans un duel. Pour soigner Coralie malade, il signe des billets au nom de David et, apr\u00e8s la mort de sa ma\u00eetresse, ruin\u00e9 (il a d\u00fb composer des chansons grivoises pour payer les obs\u00e8ques de Coralie), d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, brouill\u00e9 avec Lousteau, discr\u00e9dit\u00e9, il quitte enfin Paris pour rentrer \u00e0 Angoul\u00eame.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re partie montre Lucien voyageant dans une cal\u00e8che qui ram\u00e8ne \u00e0 Angoul\u00eame M.\u00a0du Ch\u00e2telet, nomm\u00e9 pr\u00e9fet, accompagn\u00e9 de sa femme, l\u2019ex-Mme\u00a0de Bargeton. David S\u00e9chard, victime de l\u2019ind\u00e9licatesse de Lucien, est poursuivi pour dettes, alors qu\u2019il a mis au point un nouveau proc\u00e9d\u00e9 pour la fabrication du papier. Les fr\u00e8res Cointet, aid\u00e9s de l\u2019inf\u00e2me C\u00e9rizet, l\u2019acculent \u00e0 la faillite. Lucien, qui a caus\u00e9 l\u2019arrestation de son beau-fr\u00e8re, veut mettre fin \u00e0 ses jours, mais il rencontre sur la route l\u2019abb\u00e9 Carlos Herrera (il s\u2019agit de Vautrin). Celui-ci lui fait miroiter sa myst\u00e9rieuse puissance, et lui propose une forte somme s\u2019il se soumet \u00e0 ses volont\u00e9s. \u00c8ve re\u00e7oit cette somme, accompagn\u00e9e d\u2019un mot o\u00f9 Lucien annonce qu\u2019il a \u00abvendu sa vie\u00bb. David, lui, vend son invention aux Cointet et se consacre paisiblement aux lettres. Les notables acc\u00e8dent aux responsabilit\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9volution de Juillet. \u00abQuant \u00e0 Lucien, son retour \u00e0 Paris est du domaine des Sc\u00e8nes de la vie parisienne.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Portrait d\u2019un enfant du si\u00e8cle, tableau d\u2019une ville de province, sc\u00e8ne de la vie parisienne mondaine, litt\u00e9raire, artistique et journalistique, mais comportant aussi une intrigue familiale, des d\u00e9veloppements (parfois sous la forme de \u00abtartines\u00bb) sur l\u2019imprimerie, la librairie, les man\u0153uvres l\u00e9gales, les prot\u00eats d\u2019huissier, etc., ce roman foisonnant s\u2019organise d\u2019abord autour d\u2019une \u00e9tude de caract\u00e8re, voire de cas. Ayant fix\u00e9 son destin romanesque dans la Torpille (1838, voir Splendeurs et Mis\u00e8res des courtisanes), Balzac, au-del\u00e0 des nombreux mod\u00e8les mis \u00e0 contribution, place en son h\u00e9ros une faiblesse r\u00e9dhibitoire. Talentueux mais influen\u00e7able, s\u00e9duisant mais \u00e9go\u00efste, Lucien veut parvenir, mais s\u2019int\u00e9resse davantage aux signes et aux facilit\u00e9s de la r\u00e9ussite qu\u2019au travail v\u00e9ritablement cr\u00e9ateur, f\u00fbt-il obscur. Ses illusions en font une proie toute d\u00e9sign\u00e9e pour les pr\u00e9dateurs, jaloux et intrigants.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, Lucien sera pris au pi\u00e8ge des calculateurs, d\u2019Angoul\u00eame \u00e0 Paris, jusqu\u2019\u00e0 tomber sous la coupe d\u2019un Vautrin, qui, litt\u00e9ralement, lui ach\u00e8te son \u00e2me: \u00abJe serai toujours heureux de vos jouissances qui me sont interdites. Enfin, je me ferai vous.\u00bb En d\u00e9pit ou \u00e0 cause de ses dons, Lucien n\u2019aura donc \u00e9t\u00e9 qu\u2019une marionnette et une victime, promise \u00e0 l\u2019\u00e9crasement par une soci\u00e9t\u00e9 impitoyable. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de ses exp\u00e9riences dans une capitale qu\u2019il traverse comme un m\u00e9t\u00e9ore. Du grand monde \u00e0 la presse, des th\u00e9\u00e2tres aux salons, des biblioth\u00e8ques aux librairies, Lucien passe par une s\u00e9rie d\u2019humiliations, d\u2019\u00e9preuves et de succ\u00e8s fulgurants, qui sont autant de compromissions et de d\u00e9gradations.<\/p>\n<p>R\u00e9v\u00e9lateur des m\u0153urs, Lucien \u00e9prouve et subit la fascination qu\u2019exercent les instances du pouvoir moderne, les milieux brillants o\u00f9 tr\u00f4ne l\u2019esprit le plus ac\u00e9r\u00e9 mais le plus superficiel, les nouvelles valeurs. Argent, escroquerie intellectuelle, culte du succ\u00e8s: une soci\u00e9t\u00e9, au fond d\u00e9boussol\u00e9e, s\u2019agite fr\u00e9n\u00e9tiquement, \u00e9tourdissant les jeunes gens, enivr\u00e9s mais vite d\u00e9gris\u00e9s. Paris, ce Moloch qui absorbe les jeunes talents provinciaux, s\u2019oppose \u00e0 la province st\u00e9rile. \u00c9voluent \u00e0 Angoul\u00eame des types marqu\u00e9s par la fatuit\u00e9, l\u2019\u00e9troitesse et le ridicule: une Mme\u00a0de Bargeton \u00e0 Paris p\u00e2lit instantan\u00e9ment aupr\u00e8s d\u2019une Mme\u00a0d\u2019Espard. Lucien peut d\u00e8s lors confronter les deux univers, mais, ayant b\u00e2ti ses illusions en province, au contraire d\u2019un Rastignac qui, dans le P\u00e8re Goriot, d\u00e9couvre \u00e0 Paris les rouages sociaux, il perd son \u00e2me dans l\u2019enfer parisien; d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 romanesque du retour en province d\u2019un personnage d\u00e9vitalis\u00e9. Si Rastignac peut, par la force de sa volont\u00e9, se construire lui-m\u00eame et trouver sa voie, Lucien meurt comme individu et ne pourra d\u00e9sormais plus vivre que par procuration. Encore lui faudra-t-il d\u2019abord mesurer les effets d\u00e9sastreux de sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, contempler horrifi\u00e9 la projection familiale de ses exc\u00e8s et de ses illusions.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9faillance de la volont\u00e9 l\u2019aveugle en m\u00eame temps sur les r\u00e9alit\u00e9s, qui p\u00e9riodiquement l\u2019an\u00e9antissent. De m\u00eame qu\u2019il n\u2019a pas su comprendre la raison de l\u2019amour que lui portait \u00e0 Angoul\u00eame Mme\u00a0de Bargeton, cette muse m\u00e9diocre, de m\u00eame il ne parviendra jamais \u00e0 v\u00e9ritablement conna\u00eetre, et donc poss\u00e9der une soci\u00e9t\u00e9 parisienne \u00e0 jamais imp\u00e9n\u00e9trable aux yeux d\u2019un \u00e9bahi, alouette captiv\u00e9e par le chatoyant miroir.<br \/>\nPlac\u00e9 au centre de ce roman de l\u2019\u00e9chec, Lucien s\u2019inscrit aussi dans tout un ensemble de rapports sym\u00e9triques qui organisent les tensions dynamiques de la fiction. \u00c8ve, ang\u00e9lique figure du d\u00e9vouement, de l\u2019amour conjugal et familial, r\u00e9pond \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efste et orgueilleuse Mme\u00a0de Bargeton, comme Lucien r\u00e9pond \u00e0 David d\u2019une part et \u00e0 Daniel d\u2019Arthez d\u2019autre part. Au groupe diabolique des journalistes, ces corrupteurs jaloux, s\u2019oppose le C\u00e9nacle, g\u00e9n\u00e9reux, solidaire et d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 l\u2019art comme au savoir. Pourtant le satanique Lousteau, d\u00e9mon du Paradis perdu, a cru lui aussi aux vertus du travail cr\u00e9atif: \u00abMon pauvre enfant, je suis venu comme vous le c\u0153ur plein d\u2019illusions, pouss\u00e9 par l\u2019amour de l\u2019art, port\u00e9 par d\u2019invincibles \u00e9lans vers la gloire: j\u2019ai trouv\u00e9 les r\u00e9alit\u00e9s du m\u00e9tier, les difficult\u00e9s de la librairie et le positif de la mis\u00e8re\u00bb, mis\u00e8re que supporte \u00abh\u00e9ro\u00efquement\u00bb d\u2019Arthez, au nom de ses principes: \u00abOn ne peut pas \u00eatre grand homme \u00e0 bon march\u00e9.\u00bb Face au cynique d\u00e9sabus\u00e9 et \u00e0 l\u2019id\u00e9aliste, moins \u00e9loign\u00e9s peut-\u00eatre qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, et qui d\u00e9tiennent tous deux une part de v\u00e9rit\u00e9 sur le monde, tout se passe comme si Lucien subissait une initiation par d\u00e9faut, dont il ne sort pas plus lucide, mais plus d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de lui-m\u00eame. Carlos Herrera peut venir.<\/p>\n<p>Composant un tableau d\u2019attitudes et de points de vue, Balzac favorise la dramatisation du dialogue qui entrecoupe le r\u00e9cit. S\u2019anime ainsi un roman o\u00f9 prolif\u00e8rent les m\u00e9taphores et dont les protagonistes atteignent \u00e0 la dimension d\u2019all\u00e9gories. C\u2019est que le romancier \u00e9crit le po\u00e8me d\u2019une destin\u00e9e, o\u00f9 l\u2019essence du\u00a0XIXe si\u00e8cle se trouve exprim\u00e9e. Fabuleux ballet, poignante trag\u00e9die, com\u00e9die de m\u0153urs, op\u00e9ra aux multiples tableaux, \u00e9pop\u00e9e o\u00f9 se m\u00ealent le vice et la vertu, le cynisme et les larmes, l\u2019angoisse et le r\u00eave, Illusions perdues impose sa densit\u00e9 et fait acc\u00e9der la fiction \u00e0 la grandeur du mythe, celui d\u2019une Chute moderne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0GENGEMBRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-325","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/325","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=325"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}