{"id":322,"date":"2026-07-25T19:50:06","date_gmt":"2026-07-25T17:50:06","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=322"},"modified":"2026-07-25T19:50:06","modified_gmt":"2026-07-25T17:50:06","slug":"la-peau-de-chagrin","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=la-peau-de-chagrin","title":{"rendered":"La Peau de Chagrin"},"content":{"rendered":"<p>Peau de chagrin (la)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PEAU DE CHAGRIN (la). Roman d\u2019Honor\u00e9 de Balzac (1799-1850), publi\u00e9 \u00e0 Paris en fragments dans la Caricature en d\u00e9cembre 1830, la Revue de Paris et la Revue des Deux Mondes en mai 1831, et en volume sous la signature Honor\u00e9 de Balzac (premi\u00e8re apparition du de) chez Gosselin et Canel en 1831.<\/p>\n<p>Premier succ\u00e8s de Balzac, deuxi\u00e8me roman paru sous son nom (apr\u00e8s les Chouans, sign\u00e9s Balzac sans particule), ce texte relie, selon son auteur, les \u00c9tudes de m\u0153urs aux \u00c9tudes philosophiques. La veine fantastique, aboutissement des r\u00e9cits pr\u00e9c\u00e9dents, exprime et illustre par ses symboles une vision de la soci\u00e9t\u00e9, sans verser dans un \u00e9sot\u00e9risme o\u00f9 r\u00e9sideraient les ultimes v\u00e9rit\u00e9s: c\u2019est ce que toute une critique balzacienne a appel\u00e9 le \u00abfantasme social\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>La Peau de chagrin. Fin octobre 1830, ayant perdu son dernier napol\u00e9on au jeu, un jeune homme, Rapha\u00ebl de Valentin, d\u00e9cide de se donner la mort. Il entre par hasard chez un vieil antiquaire, qui lui offre une peau de chagrin magique: ce talisman, figurant la vie de son possesseur, lui permettra de r\u00e9aliser tous ses d\u00e9sirs mais se r\u00e9tr\u00e9cira \u00e0 chaque v\u0153u exauc\u00e9. En sortant de la boutique, Rapha\u00ebl rencontre trois amis et participe \u00e0 une orgie chez le banquier Taillefer, notamment en compagnie de la courtisane Aquilina. Press\u00e9 par son ami \u00c9mile Blondet, il raconte les \u00e9v\u00e9nements qui l\u2019ont conduit \u00e0 envisager le suicide (\u00able Talisman\u00bb).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir h\u00e9rit\u00e9 une petite somme \u00e0 la mort de son p\u00e8re, Rapha\u00ebl avait voulu se consacrer \u00e0 une Th\u00e9orie de la volont\u00e9. En\u00a01826, ayant lou\u00e9 une chambre au Quartier latin, il s\u2019\u00e9tait li\u00e9 avec Pauline, la fille de la maison. Trois ans plus tard, Rastignac, qui lui vantait les vertus de la \u00abdissipation\u00bb, lui fit rencontrer la riche veuve russe Foedora. Il id\u00e9alisa cette comtesse froide et calculatrice qui le tint \u00e0 distance. Il se lan\u00e7a alors dans la d\u00e9bauche et s\u2019endetta. Apr\u00e8s la soir\u00e9e chez Taillefer, un h\u00e9ritage lui parvient: il est riche, mais la peau a r\u00e9tr\u00e9ci (\u00abla Femme sans c\u0153ur\u00bb).<\/p>\n<p>Rapha\u00ebl retrouve Pauline, devenue riche elle aussi. Ils vivent un temps heureux, mais la peau, cet objet dont il ne peut se d\u00e9barrasser, en d\u00e9pit des savants les plus illustres, va diminuant toujours. Malade, Rapha\u00ebl se retire \u00e0 Aix, puis au Mont-d\u2019Or, menant une vie v\u00e9g\u00e9tative. \u00c0 la derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9, il revient \u00e0 Paris. Un soir, pris d\u2019un dernier d\u00e9sir pour Pauline, il meurt sur son sein. Pauline devient folle, mais Foedora, ou \u00absi vous voulez, la soci\u00e9t\u00e9\u00bb, continue de briller (\u00abl\u2019Agonie\u00bb).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Fascinant paradoxe du roman: la possession de la myst\u00e9rieuse peau orn\u00e9e d\u2019un texte arabe, cens\u00e9 \u00eatre du sanskrit, allant s\u2019amenuisant comme la vie de son d\u00e9tenteur, le fait acc\u00e9der au plus profond de la terrifiante soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9elle du Paris de\u00a01830, qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre le v\u00e9ritable lieu du fantastique moderne. Ainsi le regard de Rapha\u00ebl, unique protagoniste au d\u00e9but du r\u00e9cit, m\u00e9tamorphose-t-il la maison de jeu en cauchemar et l\u2019orgie en champ de bataille.<br \/>\nHomme de science et de po\u00e9sie, solitaire, dou\u00e9 comme Louis Lambert, cet autre philosophe balzacien de la volont\u00e9, d\u2019une intuition qui confine \u00e0 la seconde vue, Rapha\u00ebl est pris au c\u0153ur d\u2019un tragique dilemme: vivre \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, sans plaisirs, et ainsi durer, ou exister intens\u00e9ment en d\u00e9pensant son capital d\u2019\u00e9nergie. Essentiellement conservatrice, la soci\u00e9t\u00e9 pratique l\u2019\u00e9go\u00efsme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, du faubourg Saint-Germain aux curistes d\u2019Aix, de Foedora aux cr\u00e9anciers et \u00e0 Rapha\u00ebl lui-m\u00eame, soucieux de repousser l\u2019\u00e9ch\u00e9ance que lui avait d\u2019ailleurs pr\u00e9dite l\u2019antiquaire: \u00abVotre suicide n\u2019est que retard\u00e9.\u00bb L\u2019or et les prestiges de l\u2019illusion mat\u00e9rialisent cet \u00e9go\u00efsme social, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance symbolique de la s\u00e9duisante et fascinante Foedora, cette inaccessible \u00abstatue d\u2019argent\u00bb.<\/p>\n<p>Ce dilemme est d\u2019autant plus insoluble que la n\u00e9gation du d\u00e9sir, qui finira par emporter Rapha\u00ebl, \u00e9quivaut \u00e0 refuser la vie m\u00eame. Voil\u00e0 pourquoi le roman ne saurait conclure: vivre c\u2019est mourir, ne pas vivre revient au m\u00eame. Comme Sarrasine, Rapha\u00ebl est confront\u00e9 aux inconciliables exigences de la cr\u00e9ation et de l\u2019amour. Croisement de mythes romantiques, de Manfred \u00e0 Faust en passant par Melmoth (voir ci-apr\u00e8s), cette contradiction exprime aussi le d\u00e9senchantement de\u00a01830, nouvelle forme du mal du si\u00e8cle. L\u2019ancrage dans l\u2019actualit\u00e9 suffit \u00e0 articuler l\u2019impuissance dont souffre Rapha\u00ebl au th\u00e8me politique mettant en sc\u00e8ne une soci\u00e9t\u00e9 vou\u00e9e aux seuls calculs d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>D\u2019une certaine fa\u00e7on roman \u00e0 th\u00e8se, bien que totalement exempt des inconv\u00e9nients ou des lourdeurs du genre, la Peau de chagrin s\u2019ordonne autour d\u2019un mythe. Jouant en virtuose de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, le romancier se garde bien d\u2019attribuer au fantastique tout ce qui concerne la peau elle-m\u00eame. Des explications rationnelles, ou le hasard, qui peuvent rendre compte de ses effets, se m\u00ealent au constat de son tr\u00e8s r\u00e9el r\u00e9tr\u00e9cissement. Surtout, pour exprimer le drame d\u2019un individu tent\u00e9 et effray\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 l\u2019implacable loi de son propre d\u00e9veloppement, Balzac fait de la peau la preuve tangible que vouloir et pouvoir n\u2019aboutissent qu\u2019\u00e0 la destruction: \u00abVouloir nous br\u00fble, pouvoir nous d\u00e9truit.\u00bb Dans ce contexte, le savoir, f\u00fbt-il scientifique, se trouve d\u00e9valoris\u00e9 par le jeu fictionnel et compte peu face \u00e0 la comptabilit\u00e9 des besoins et d\u00e9sirs de Rapha\u00ebl. Toute d\u00e9cision se r\u00e9v\u00e8le irr\u00e9versible: la peau n\u2019est que la somme des possibilit\u00e9s offertes \u00e0 un homme donn\u00e9. L\u2019argent condense alors le temps: le d\u00e9penser, et donc vivre, acc\u00e9l\u00e8re le rythme fatal. Ce fatalisme, provisoire dans la pens\u00e9e balzacienne, est dat\u00e9 et s\u2019oppose aux \u00e9lans romantiques d\u2019apr\u00e8s\u00a01830.<\/p>\n<p>Foisonnant, baroque par certains aspects, le roman, ou plut\u00f4t cette \u00abfantaisie\u00bb pour reprendre le terme de Balzac, d\u00e9veloppe une esth\u00e9tique des contrastes. Recourant fr\u00e9quemment aux prestiges de la po\u00e9sie, de la couleur orientale, aux bouffonneries rabelaisiennes (plus nombreuses dans la version originale), c\u00e9l\u00e9brant la volupt\u00e9 (ainsi la mort de Rapha\u00ebl intervenant \u00e0 l\u2019acm\u00e9 d\u2019une sc\u00e8ne fortement \u00e9rotique), il oppose aussi deux figures f\u00e9minines, la douce et \u00e9vanescente Pauline et l\u2019inaccessible Foedora. Toute fr\u00e9missante de la jeune \u00e9nergie de son cr\u00e9ateur, la Peau de chagrin se d\u00e9ploie \u00e0 l\u2019or\u00e9e, mais aussi hors de la Com\u00e9die humaine, non seulement parce que ses principaux personnages ne r\u00e9appara\u00eetront gu\u00e8re, mais aussi parce que le Rastignac apologiste de la \u00abdissipation\u00bb ne ressemble gu\u00e8re \u00e0 l\u2019ambitieux calculateur sorti de la pension Vauquer (voir le P\u00e8re Goriot). Le th\u00e8me central parcourra le grand \u0153uvre balzacien, qui peut se d\u00e9finir aussi comme une r\u00e9\u00e9criture continue et sans cesse approfondie de la Peau de chagrin.<\/p>\n<p>D\u2019autres textes de la Com\u00e9die humaine exploitent la veine fantastique. En dehors des grandes \u0153uvres \u00e0 vocation philosophique comme la Recherche de l\u2019absolu (1834) ou la mystique S\u00e9raph\u00eeta (1835), on peut citer trois r\u00e9cits.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sentation<\/p>\n<p>L\u2019Elixir de longue vie est publi\u00e9 \u00e0 Paris dans la Revue de Paris en octobre 1830, et en volume dans les Romans et Contes philosophiques chez Gosselin en\u00a01831.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9lixir de longue vie. \u00c0 Ferrare au\u00a0XVe si\u00e8cle, Bartolomeo Belvidere a compos\u00e9 un \u00e9lixir de longue vie, dont il a appris le secret. Sur son lit de mort, il demande \u00e0 son fils don Juan de l\u2019enduire de cet \u00e9lixir d\u00e8s qu\u2019il aura expir\u00e9. Le fils enduit l\u2019\u0153il du cadavre, puis l\u2019\u00e9crase en constatant qu\u2019il le regarde, et conserve l\u2019\u00e9lixir pour lui. Plus tard, sentant la mort venir il donne \u00e0 son fils Philippe le m\u00eame ordre que lui avait donn\u00e9 son propre p\u00e8re. Philippe ne parvient \u00e0 ressusciter que la t\u00eate avant de briser le flacon dans son \u00e9pouvante. On crie cependant au miracle, et un abb\u00e9 d\u00e9cide de canoniser le duc don Juan. La t\u00eate, d\u00e9bitant des impi\u00e9t\u00e9s, se d\u00e9tache du corps et mord le cr\u00e2ne de l\u2019abb\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pr\u00e9sentation<\/p>\n<p>J\u00e9sus-Christ en Flandre, \u00abconte philosophique\u00bb, est publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gosselin en\u00a01831 et, fondu avec un autre conte (l\u2019\u00c9glise, initialement paru en\u00a01831) pour son entr\u00e9e dans la Com\u00e9die humaine en\u00a01845. Proche des id\u00e9es de Balzac lui-m\u00eame, ce texte \u00e9trange affirme la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9fendre l\u2019\u00c9glise pour le bien de l\u2019ordre social.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>J\u00e9sus-Christ en Flandre. Apr\u00e8s la r\u00e9volution de juillet 1830, sur les lieux d\u2019une histoire l\u00e9gendaire situ\u00e9e dans la Flandre du\u00a0XVe si\u00e8cle, un narrateur fait un r\u00eave, o\u00f9 lui appara\u00eet une \u00c9glise ruin\u00e9e, dont l\u2019incarnation sous les traits d\u2019une belle jeune fille lui ordonne de voir et de croire.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sentation<\/p>\n<p>Melmoth r\u00e9concili\u00e9, publi\u00e9 dans le collectif Livre des conteurs en juin 1835, et dans les \u00c9tudes philosophiques, emprunte, cas unique dans la Com\u00e9die humaine, un de ces h\u00e9ros \u00e0 un autre \u00e9crivain: Maturin, auteur du c\u00e9l\u00e8bre Melmoth the Wanderer, traduit d\u00e8s sa parution en\u00a01820. \u00c0 l\u2019instar de la Peau de chagrin, ce r\u00e9cit relie les \u0153uvres fantastiques au r\u00e9alisme des \u00c9tudes de m\u0153urs, en introduisant un pacte avec le d\u00e9mon au c\u0153ur de la maison Nucingen.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Melmoth r\u00e9concili\u00e9. Nouveau Faust, Melmoth parvient \u00e0 vendre ses pouvoirs acquis aupr\u00e8s du diable \u00e0 Castanier, caissier de la banque Nucingen. Castanier, pris entre sa femme et Aquilina, sa ma\u00eetresse, qui a pour amant de c\u0153ur un des \u00abquatre sergents de La Rochelle\u00bb (voir laPeau de chagrin), se lasse de ses pouvoirs surnaturels, et veut les restituer \u00e0 Melmoth. Ce dernier, \u00abr\u00e9concili\u00e9\u00bb\u00a0\u2014 autrement dit sauv\u00e9\u00a0\u2014 vient de mourir. Castanier transmet alors ses pouvoirs au financier Claparon\u00a0\u2014 que l\u2019on retrouvera m\u00eal\u00e9 \u00e0 la sp\u00e9culation immobili\u00e8re de C\u00e9sar Birotteau (voir Histoire de la grandeur et de la d\u00e9cadence de C\u00e9sar Birotteau). Celui-ci paie ses cr\u00e9anciers, mais revend son pouvoir \u00e0 un notaire. Ainsi sauv\u00e9 \u00e0 son tour, Castanier peut mourir assist\u00e9 des secours de la religion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0GENGEMBRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-322","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/322","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=322"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}