{"id":315,"date":"2026-07-25T19:25:32","date_gmt":"2026-07-25T17:25:32","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=315"},"modified":"2026-07-25T19:25:32","modified_gmt":"2026-07-25T17:25:32","slug":"loeuvre-au-noir","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=loeuvre-au-noir","title":{"rendered":"L&#8217;Oeuvre au noir"},"content":{"rendered":"<p>\u0152uvre au noir (l\u2019)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u0152UVRE AU NOIR (l\u2019). Roman de Marguerite Yourcenar, pseudonyme de Marguerite de Crayencour (1903-1987), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1968. Prix Femina.<\/p>\n<p>Tout comme les M\u00e9moires d\u2019Hadrien, l\u2019\u0152uvre au noir est \u00abun de ces ouvrages\u00a0[&#8230;] avec lequel l\u2019auteur aura v\u00e9cu toute sa vie\u00bb (\u00abNotes\u00bb). Le roman a pour origine un bref r\u00e9cit, \u00abD\u2019apr\u00e8s D\u00fcrer\u00bb, paru avec deux autres nouvelles, \u00abD\u2019apr\u00e8s Greco\u00bb et \u00abD\u2019apr\u00e8s Rembrandt\u00bb, dans un volume intitul\u00e9 La mort conduit l\u2019attelage (1934). Ces trois textes \u00e9taient eux-m\u00eames des fragments d\u2019\u00abune ample fresque\u00a0[&#8230;] s\u2019\u00e9talant sur plusieurs si\u00e8cles\u00bb (\u00abNotes\u00bb), ambitieux projet auquel la romanci\u00e8re s\u2019\u00e9tait consacr\u00e9e entre\u00a01921 et\u00a01925. En\u00a01955, apr\u00e8s avoir achev\u00e9 M\u00e9moires d\u2019Hadrien, Marguerite Yourcenar d\u00e9cide de retoucher le recueil de\u00a01934 en vue d\u2019une r\u00e9impression. \u00abD\u2019apr\u00e8s D\u00fcrer\u00bb s\u2019amplifie et devient l\u2019\u0152uvre au noir, long roman r\u00e9dig\u00e9, pour l\u2019essentiel, entre\u00a01962 et\u00a01965.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Premi\u00e8re partie. \u00abLa Vie errante\u00bb. Henri-Maximilien Ligre a quitt\u00e9 sa ville natale de Bruges et sa riche famille pour courir les routes puis s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e. Il rencontre en chemin son cousin Z\u00e9non parti, lui, en qu\u00eate d\u2019aventures spirituelles. Z\u00e9non est le fils naturel d\u2019un noble pr\u00e9lat florentin et d\u2019Hilzonde, s\u0153ur de Juste Ligre, un drapier et banquier flamand. Le jeune homme est promis \u00e0 la cl\u00e9ricature mais son intelligence vive et audacieuse a t\u00f4t fait d\u2019apercevoir les limites de l\u2019enseignement th\u00e9ologique. Z\u00e9non quitte son pays. Il parcourt le monde, \u00e9tudie les sciences, singuli\u00e8rement la m\u00e9decine, et l\u2019alchimie. Les \u00e9pid\u00e9mies et les guerres, qui dressent les uns contre les autres peuples et religions, ravagent l\u2019Europe. De multiples bruits circulent \u00e0 propos de Z\u00e9non: le personnage fascine et inqui\u00e8te. Recherch\u00e9 dans divers \u00c9tats, il est perp\u00e9tuellement contraint de fuir pour \u00e9chapper aux pers\u00e9cutions.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me partie. \u00abLa Vie immobile\u00bb. Z\u00e9non retourne \u00e0 Bruges. Il se fait d\u00e9sormais appeler S\u00e9bastien Th\u00e9us et exerce la profession de m\u00e9decin. Il vit au couvent des Cordeliers o\u00f9 il soigne les malades. Il prend soin de dissimuler ses v\u00e9ritables pens\u00e9es, mais il a de longues conversations avec le prieur, un homme \u00e0 l\u2019esprit ouvert et g\u00e9n\u00e9reux qui s\u2019est pris d\u2019amiti\u00e9 pour lui. En d\u00e9pit de ses efforts, Z\u00e9non ne peut sauver le prieur, atteint d\u2019une grave maladie. Avant de mourir, ce dernier lui conseille de partir. Z\u00e9non quitte Bruges mais, las de fuir et d\u00e9go\u00fbt\u00e9 par la mesquinerie des passeurs qui s\u2019enrichissent aux d\u00e9pens des fuyards, il regagne la ville. Plusieurs jeunes moines, dont son assistant fr\u00e8re Cyprien, qui rencontraient en cachette une adolescente, sont arr\u00eat\u00e9s. Les t\u00e9moignages des moines compromettent Z\u00e9non qui est \u00e0 son tour jet\u00e9 en prison.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me partie. \u00abLa Prison\u00bb. Z\u00e9non, ayant de lui-m\u00eame r\u00e9v\u00e9l\u00e9 son identit\u00e9, est jug\u00e9 pour ath\u00e9isme et h\u00e9r\u00e9sie. Il peut avoir la vie sauve s\u2019il consent \u00e0 se r\u00e9tracter. Il refuse et se donne la mort dans sa cellule.<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le titre de l\u2019ouvrage est compos\u00e9 d\u2019une formule alchimique qui d\u00e9signe \u00abla phase de s\u00e9paration et de dissolution de la substance qui \u00e9tait, dit-on, la part la plus difficile du Grand \u0152uvre\u00bb. L\u2019expression \u00abs\u2019appliquait \u00e0 d\u2019audacieuses exp\u00e9riences sur la mati\u00e8re elle-m\u00eame ou s\u2019entendait symboliquement des \u00e9preuves de l\u2019esprit se lib\u00e9rant des routines ou des pr\u00e9jug\u00e9s\u00bb (\u00abNotes\u00bb). Z\u00e9non, \u00e0 travers guerres, \u00e9pid\u00e9mies et pers\u00e9cutions, effectue en effet une sorte de parcours initiatique. Gr\u00e2ce au savoir, acquis parfois au p\u00e9ril de sa vie, il s\u2019est form\u00e9 un esprit ouvert et libre. Le titre de l\u2019ouvrage, par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019alchimie, souligne le caract\u00e8re difficile et p\u00e9rilleux de cette conqu\u00eate de soi. La couleur noire introduit en outre une tonalit\u00e9 fun\u00e8bre, en rapport avec le climat de violence et de mort dans lequel se d\u00e9roule l\u2019histoire du h\u00e9ros.<\/p>\n<p>L\u2019\u0152uvre au noir est, de m\u00eame que M\u00e9moires d\u2019Hadrien, un roman historique. Z\u00e9non, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019Hadrien, est certes un personnage invent\u00e9, mais Marguerite Yourcenar revendique le caract\u00e8re historiquement vraisemblable de son h\u00e9ros. Elle s\u2019est d\u2019ailleurs inspir\u00e9e, pour dessiner ses traits, de ceux de L\u00e9onard de Vinci, d\u2019Ambroise Par\u00e9, d\u2019\u00c9rasme, de Paracelse et de Campanella. Esprits ouverts et curieux, hommes d\u2019action et de r\u00e9flexion \u00e0 la fois, Hadrien et Z\u00e9non sont tous deux des sages. De l\u2019univers de l\u2019empereur \u00e0 celui du m\u00e9decin alchimiste et philosophe, la distance est grande pourtant, comme si l\u2019enfer des temps modernes avait succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019or antique. \u00c0 cet \u00e9gard, le choix op\u00e9r\u00e9 par l\u2019auteur quant \u00e0 ses protagonistes est significatif: Hadrien, empereur, incarne l\u2019\u00e8re de l\u2019homme roi ou de l\u2019homme dieu; Z\u00e9non, \u00eatre fictif, enfant b\u00e2tard et personnage presque anonyme puisqu\u2019il est contraint de cacher son identit\u00e9, incarne l\u2019\u00e8re de l\u2019homme \u00e9cras\u00e9 par l\u2019obscurantisme et l\u2019intol\u00e9rance. Le choix des voix narratives est lui aussi symbolique: Hadrien parlait \u00e0 la premi\u00e8re personne mais l\u2019\u0152uvre au noir ne peut \u00eatre qu\u2019\u00e0 la troisi\u00e8me personne, puisque le drame de Z\u00e9non est justement celui d\u2019une privation de la parole: le savant doit taire ses opinions et il risque la mort pour avoir publi\u00e9 ses th\u00e9ories dans de rares ouvrages.<\/p>\n<p>Marguerite Yourcenar r\u00e9v\u00e8le ainsi sans complaisance l\u2019envers du d\u00e9cor d\u2019un\u00a0XVIe si\u00e8cle humaniste dont l\u2019image \u00e9dulcor\u00e9e se r\u00e9duit trop souvent \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de quelques esprits \u00e9clair\u00e9s. L\u2019\u0152uvre au noir montre \u00e0 quel point ces derniers n\u2019ont pu exister que de haute lutte. Pers\u00e9cut\u00e9 \u00e0 travers toute l\u2019Europe, Z\u00e9non est partout t\u00e9moin de la victoire de la barbarie et de la mort. Mis\u00e9rable, mesquin, injuste, cruel, born\u00e9, le monde qui l\u2019entoure est en proie \u00e0 un profond d\u00e9sarroi qui se mue en rage destructrice. L\u2019\u0152uvre au noir qui, dans la production romanesque de Marguerite Yourcenar, fait suite \u00e0 M\u00e9moires d\u2019Hadrien, prolonge \u00e0 bien des \u00e9gards ce pr\u00e9c\u00e9dent ouvrage. Ainsi, l\u2019empereur y proph\u00e9tisait ce qui s\u2019accomplit ici: \u00abJe voyais revenir les codes farouches, les dieux implacables, le despotisme incontest\u00e9 des princes barbares, le monde morcel\u00e9 en \u00c9tats ennemis, \u00e9ternellement en proie \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-315","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/315","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=315"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}