{"id":314,"date":"2026-07-25T19:23:19","date_gmt":"2026-07-25T17:23:19","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=314"},"modified":"2026-07-25T19:23:19","modified_gmt":"2026-07-25T17:23:19","slug":"le-labyrinthe-du-monde","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-labyrinthe-du-monde","title":{"rendered":"le Labyrinthe du monde"},"content":{"rendered":"<p>Labyrinthe du monde (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>LABYRINTHE DU MONDE (le). R\u00e9cit autobiographique de Marguerite Yourcenar, pseudonyme de Marguerite de Crayencour (1903-1987), en trois volumes publi\u00e9s \u00e0 Paris chez Gallimard (Souvenirs pieux, 1974; Archives du Nord, 1977; Quoi? l\u2019\u00c9ternit\u00e9, 1988).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la publication de l\u2019\u0152uvre au noir, Marguerite Yourcenar entreprend, en\u00a01969, le premier volume du Labyrinthe du monde, vaste fresque familiale \u00e0 laquelle elle se consacrera jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Souvenirs pieux \u00e9voque les anc\u00eatres maternels de l\u2019auteur. L\u2019ouvrage, qui doit son titre aux images religieuses traditionnellement envoy\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un d\u00e9c\u00e8s, est compos\u00e9 de quatre sections. Dans la premi\u00e8re, \u00abl\u2019Accouchement\u00bb, Marguerite Yourcenar conte sa naissance et la mort, survenue quelques jours plus tard, de sa m\u00e8re, Fernande. La deuxi\u00e8me partie, \u00abla Tourn\u00e9e des ch\u00e2teaux\u00bb, retrace l\u2019histoire de cette famille de l\u2019aristocratie belge dont Fernande de Cartier est issue et dont l\u2019auteur trouve les premi\u00e8res traces au\u00a0XIXe si\u00e8cle. Dans la partie intitul\u00e9e \u00abDeux Voyageurs en route vers la r\u00e9gion immuable\u00bb, Marguerite Yourcenar s\u2019attarde sur le personnage d\u2019un oncle de sa m\u00e8re nomm\u00e9 Octave Pirmez, \u00e9crivain fade et bien-pensant mais d\u2019une personnalit\u00e9 attachante, profond\u00e9ment marqu\u00e9 par le suicide de son jeune fr\u00e8re Fernand, dit Rom\u00e9o. La derni\u00e8re section, \u00abFernande\u00bb, narre l\u2019enfance et la jeunesse de Fernande puis sa rencontre et son mariage avec M.\u00a0de C., un veuf d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es qui sera bient\u00f4t le p\u00e8re de Marguerite Yourcenar.<\/p>\n<p>Archives du Nord est le pendant paternel de Souvenirs pieux. La chronologie y ob\u00e9it toutefois \u00e0 un cheminement inverse: au lieu d\u2019op\u00e9rer, \u00e0 partir de sa naissance, une remont\u00e9e dans le temps, l\u2019auteur part ici des temps les plus anciens pour arriver peu \u00e0 peu \u00e0 dessiner la figure de son p\u00e8re. Ainsi, la premi\u00e8re partie d\u00e9peint tout d\u2019abord la formation et l\u2019\u00e9volution g\u00e9ologiques de ces terres du nord de la France dont son p\u00e8re est originaire (\u00abla Nuit des temps\u00bb) puis retrace, \u00e0 partir du\u00a0XVIe si\u00e8cle, la g\u00e9n\u00e9alogie de la famille paternelle des Cleenewerck de Crayencour (\u00able R\u00e9seau\u00bb). Dans la deuxi\u00e8me partie, Marguerite Yourcenar \u00e9voque longuement la figure de son grand-p\u00e8re. Elle reconstitue l\u2019histoire de son adolescence (\u00able Jeune Michel-Charles\u00bb) puis de son triste mariage avec la dure et s\u00e8che No\u00e9mie, issue de la riche bourgeoisie lilloise. Michel, le p\u00e8re de l\u2019\u00e9crivain, est l\u2019un des enfants n\u00e9s de cette union (\u00abRue Marais\u00bb). Enfin, dans une troisi\u00e8me partie intitul\u00e9e \u00abAnank\u00e9\u00bb, l\u2019auteur conte l\u2019histoire de son p\u00e8re: sa fuite du milieu familial pour embrasser une carri\u00e8re militaire, sa d\u00e9sertion et son exil pour l\u2019amour d\u2019une jeune et belle Anglaise, son premier mariage avec Berthe puis, apr\u00e8s la mort de la jeune femme, l\u2019union avec Fernande et la naissance de Marguerite.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me volume, Quoi? l\u2019\u00c9ternit\u00e9, est demeur\u00e9 inachev\u00e9, la mort de l\u2019auteur en ayant interrompu la r\u00e9daction. L\u2019ouvrage s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 chronologique d\u2019Archives du Nord. Marguerite Yourcenar \u00e9voque les premiers temps du veuvage de Michel dans la propri\u00e9t\u00e9 familiale du Mont-Noir, \u00e0 Bailleul (\u00able Traintrain des jours\u00bb), et la figure de la s\u0153ur de ce dernier, Marie, qui mourut jeune dans un tragique accident (\u00abNecromantia\u00bb). Les quatre chapitres suivants (\u00abUn grain d\u2019encens\u00bb, \u00able Tr\u00e9pied d\u2019or\u00bb, \u00abla D\u00e9chirure\u00bb et \u00abFid\u00e9lit\u00e9\u00bb) sont consacr\u00e9s \u00e0 Jeanne, une amie d\u2019enfance de Fernande qui fut, durant quelques ann\u00e9es, la ma\u00eetresse de Michel et qui incarna, pour la petite Marguerite, une sorte de m\u00e8re id\u00e9ale. Le personnage d\u2019Egon, le mari de Jeanne, servira plus tard de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9crivain lorsqu\u2019elle composera Alexis ou le Trait\u00e9 du vain combat. Apr\u00e8s avoir retrac\u00e9 ses premiers souvenirs d\u2019enfance (\u00ables Miettes de l\u2019enfance\u00bb) et les derni\u00e8res amours de son p\u00e8re (\u00ables Miettes de l\u2019amour\u00bb), Marguerite Yourcenar d\u00e9peint les ann\u00e9es sombres de la Premi\u00e8re Guerre mondiale (\u00abLa terre qui tremble,\u00a01914-1915\u00bb, \u00abLa terre qui tremble,\u00a01916-1918\u00bb et \u00ables Sentiers enchev\u00eatr\u00e9s\u00bb). L\u2019\u00e9crivain projetait de r\u00e9diger encore une cinquantaine de pages dans lesquelles elle aurait notamment relat\u00e9 les fins respectives de Jeanne et de Michel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Compos\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019archives et de t\u00e9moignages, ce triptyque familial proc\u00e8de d\u2019un type d\u2019inspiration assez voisin de celui de M\u00e9moires d\u2019Hadrien ou de l\u2019\u0152uvre au noir. Dans tous les cas, en effet, la cr\u00e9ation romanesque de Marguerite Yourcenar se trouve \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 un travail d\u2019historien et \u00e0 un regard de moraliste port\u00e9 sur la destin\u00e9e et le temps humains.<br \/>\nDans le Labyrinthe du monde, toutefois, la part de la fiction est fort minime. Certes, l\u2019\u0153uvre est pour beaucoup le fruit de l\u2019imagination de l\u2019auteur qui parvient \u00e0 redonner vie \u00e0 des personnes disparues en se fondant sur une documentation souvent \u00e9tique, aride ou fragmentaire. Mais cette imagination est avant tout au service d\u2019une restitution et s\u2019interdit la fabulation, l\u2019\u00e9crivain pr\u00e9f\u00e9rant souvent le silence \u00e0 l\u2019invention pure et simple. Le vivant est ainsi laiss\u00e9 \u00e0 sa complexit\u00e9 jamais d\u00e9m\u00eal\u00e9e, comme \u00e0 ses myst\u00e8res demeur\u00e9s opaques. L\u2019ouvrage, bien que fourmillant de personnages et embrassant de multiples \u00e9poques, s\u00e9duit par son aspect d\u00e9pouill\u00e9. Au seuil de la mort, et une fois accomplies les grandes t\u00e2ches romanesques de la maturit\u00e9, projet\u00e9es d\u2019ailleurs pour la plupart d\u00e8s la premi\u00e8re jeunesse, Marguerite Yourcenar se consacre \u00e0 une mati\u00e8re brute et humble. Apr\u00e8s l\u2019empereur (M\u00e9moires d\u2019Hadrien) et le philosophe alchimiste (l\u2019\u0152uvre au noir), elle choisit des personnages ordinaires que son travail extrait patiemment de l\u2019anonymat et du d\u00e9dale de la g\u00e9n\u00e9alogie, non pour en d\u00e9tacher des aspects exceptionnels mais au contraire pour montrer l\u2019inexorable flux de la vie, cette sorte de machine aveugle qui broie dans la multitude et engloutit dans l\u2019oubli les existences individuelles. Les figures maternelle et paternelle sont certes privil\u00e9gi\u00e9es dans la mesure o\u00f9 elles sont le point de d\u00e9part des recherches, mais le Labyrinthe du monde, livre sans h\u00e9ros, est aussi un livre d\u00e9pourvu de personnages vraiment principaux. Les s\u00e9ductions et les mirages de la totalisation sont bannis, l\u2019\u00e9crivain pr\u00e9f\u00e9rant laisser son ouvrage livr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9clatement, \u00e0 l\u2019inach\u00e8vement et \u00e0 l\u2019ordinaire qui sont le lot de la vie m\u00eame.<\/p>\n<p>Pour Marguerite Yourcenar, \u00e9crire l\u2019histoire familiale, c\u2019est moins chercher \u00e0 vaincre le temps que prendre la mesure du caract\u00e8re \u00e9minemment contingent de toute existence: \u00abL\u2019angle \u00e0 la pointe duquel nous nous trouvons b\u00e9e derri\u00e8re nous \u00e0 l\u2019infini. Vue de la sorte, la g\u00e9n\u00e9alogie, cette science si souvent mise au service de la vanit\u00e9 humaine, conduit d\u2019abord \u00e0 l\u2019humilit\u00e9, par le sentiment du peu que nous sommes dans ces multitudes, ensuite au vertige\u00bb (Archives du Nord). \u00c0 cet \u00e9gard, la derni\u00e8re \u0153uvre de la vieillesse est aussi apprentissage de la mort.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-314","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}