{"id":309,"date":"2026-07-25T19:08:34","date_gmt":"2026-07-25T17:08:34","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=309"},"modified":"2026-07-25T19:08:34","modified_gmt":"2026-07-25T17:08:34","slug":"les-oeuvres-completes-de-sally-mara","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=les-oeuvres-completes-de-sally-mara","title":{"rendered":"les Oeuvres compl\u00e8tes de Sally Mara"},"content":{"rendered":"<p>\u0152uvres compl\u00e8tes de Sally Mara (les)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u0152UVRES COMPL\u00c8TES DE SALLY MARA (les). Ouvrage de Raymond Queneau (1903-1976), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1962. Il r\u00e9unit deux textes parus pr\u00e9c\u00e9demment aux \u00c9ditions du Scorpion sous le pseudonyme de Sally Mara: On est toujours trop bon avec les femmes (1947) puis Journal intime (1950). Profitant de cette r\u00e9\u00e9dition, Queneau a \u00e9galement rassembl\u00e9 sous le titre \u00abSally plus intime\u00bb quelques-uns des calembours et aphorismes farcesques parus auparavant dans les Temps m\u00eal\u00e9s (1941).<\/p>\n<p>Se composant donc d\u2019un journal (promis par son qualificatif \u00abintime\u00bb \u00e0 de lestes polys\u00e9mies), d\u2019un roman (tout \u00e0 la fois noir, \u00e9chevel\u00e9 et coquin) et de ce que Queneau a appel\u00e9 lui-m\u00eame des \u00abfoutaises\u00bb, les \u0152uvres compl\u00e8tes de Sally Mara participent d\u2019une strat\u00e9gie complexe o\u00f9 sont m\u00eal\u00e9s mystification, d\u00e9doublement et parodies, dans un jeu sp\u00e9culaire d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s intentionnelles. En effet, l\u2019auteur r\u00e9el s\u2019\u00e9clipse en feignant de n\u2019\u00eatre que le compilateur d\u2019\u0153uvres \u00e9crites par une jeune Irlandaise, Sally, anglophone s\u2019appliquant \u00e0 \u00e9crire son journal directement en fran\u00e7ais et dont les exub\u00e9rances linguistiques seraient dues \u00e0 ses maladresses d\u2019apprentie, tandis que son roman, pr\u00e9tendument r\u00e9dig\u00e9 dans sa langue natale, introduit \u00e0 une Irlande de fantaisie dont les activistes r\u00e9publicains appartiennent surtout \u00e0 la r\u00e9publique des Lettres. Dans B\u00e2tons, Chiffres et Lettres, Queneau avait affirm\u00e9 qu\u2019il serait \u00abint\u00e9ressant de voir jusqu\u2019o\u00f9 peuvent aller les possibilit\u00e9s d\u2019une langue\u00bb. Par leur dimension ludique, les \u0152uvres compl\u00e8tes de Sally Mara sont \u00e0 n\u2019en pas douter parmi les plus savoureuses des exp\u00e9rimentations de Queneau sur le langage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Journal intime. Sally est une jeune Irlandaise de dix-huit ans qui ne conna\u00eet de la langue fran\u00e7aise que ce que lui en a appris son professeur, Michel Presle, lequel manifestait dans son enseignement une inclination particuli\u00e8re pour les mots crus. En hommage \u00e0 son ma\u00eetre, apr\u00e8s le d\u00e9part de celui-ci, Sally entreprend de r\u00e9diger un journal intime en fran\u00e7ais. Forte d\u2019un lexique plein d\u2019ing\u00e9nuit\u00e9s retorses, elle raconte, tour \u00e0 tour avec na\u00efvet\u00e9, perplexit\u00e9 et avec la froideur d\u2019un entomologiste, sa d\u00e9couverte de la vie, c\u2019est-\u00e0-dire du sexe en g\u00e9n\u00e9ral et de son anatomie en particulier. Ainsi, pour Sally, les hommes se r\u00e9partissent en obs\u00e9d\u00e9s libidineux, dont il faut contrer les assauts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, et en sujets d\u2019exp\u00e9rimentation qu\u2019il faut observer scientifiquement; la difficult\u00e9 \u00e9tant pour elle de trouver avec les moyens de l\u2019enqu\u00eate positiviste la cl\u00e9 de l\u2019extase qu\u2019elle a v\u00e9cue, \u00abdu rez-de-chauss\u00e9e de\u00a0[son] s\u00e9ant au sixi\u00e8me \u00e9tage de\u00a0[son] bulbe\u00bb, par l\u2019entremise d\u2019un gentleman exhibitionniste (tout en ignorant qu\u2019il en f\u00fbt un). Aussi, parall\u00e8lement \u00e0 ses \u00e9tudes de ga\u00e9lique entreprises en vue de composer un roman en irlandais, d\u00e9gagera-t-elle progressivement et m\u00e9thodiquement les grandes lois de l\u2019accouplement; mais lorsque enfin Sally d\u00e9couvrira l\u2019amour, elle aura trouv\u00e9 ce qu\u2019elle cherchait, mais pas sous la forme qu\u2019elle esp\u00e9rait.<\/p>\n<p>On est toujours trop bon avec les femmes. Le lundi de P\u00e2ques\u00a01916, jour de l\u2019insurrection nationaliste irlandaise, un bureau de poste dublinois est attaqu\u00e9 par sept activistes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 en d\u00e9coudre avec les forces anglaises. Coups de feu, coups de pied, le bureau est prestement vid\u00e9 de son personnel. Barricad\u00e9s, les r\u00e9publicains repoussent les assauts anglais. Mais l\u2019h\u00e9ro\u00efque d\u00e9termination de ces jeunes gens, soutenue par force \u00abouisqui\u00bb, est bient\u00f4t entrav\u00e9e par la pr\u00e9sence d\u2019une employ\u00e9e, Gertie Girdle, rest\u00e9e sur place, qui leur cause bien des tourments: la pr\u00e9sence d\u2019une femme ne compromet-elle pas la gloire, m\u00eame posthume, de leur action? Autre probl\u00e8me: si ordre leur a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de rester corrects, certains d\u2019entre eux n\u2019en trouvent pas moins Gertie attirante, d\u2019autant plus que de son c\u00f4t\u00e9 Gertie, quoique fianc\u00e9e \u00e0 un officier anglais, est d\u2019un temp\u00e9rament ardent. Ainsi, au cours de cette nuit d\u2019insurrection, entre les balles qui sifflent, les obus qui pleuvent et le \u00abouisqui\u00bb qui coule, chacun perdra quelque chose: Gertie sa virginit\u00e9, son fianc\u00e9 ses illusions et les sept insurg\u00e9s leur vie pour avoir \u00e9t\u00e9 trop bons avec une femme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Publi\u00e9s d\u2019abord s\u00e9par\u00e9ment et \u00e0 trois ans d\u2019intervalle, Journal et roman peuvent certes se lire ind\u00e9pendamment, chacun d\u2019eux ob\u00e9issant \u00e0 des proc\u00e9dures d\u2019\u00e9criture, sinon \u00e0 des intentions, diff\u00e9rentes. Mais en prenant soin de les r\u00e9\u00e9diter ensemble, Queneau n\u2019a pas seulement voulu cr\u00e9er l\u2019illusion de la r\u00e9union d\u2019\u0153uvres disparates d\u2019un m\u00eame auteur. \u00c0 premi\u00e8re lecture pourtant les deux ouvrages, malgr\u00e9 leur puissance comique commune, sont manifestement divergents: le Journal raconte l\u2019histoire de deux ann\u00e9es de la vie (tr\u00e8s) priv\u00e9e d\u2019une jeune fille qui ne sort gu\u00e8re et se contente de d\u00e9couvrir ce qu\u2019elle est: une femme. Le roman au contraire transporte le lecteur dans l\u2019Histoire, le jour de l\u2019insurrection de Dublin. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 donc, l\u2019insignifiance de l\u2019aventure intime, de l\u2019autre, l\u2019irruption de l\u2019\u00e9pop\u00e9e. Or ce passage du particulier au g\u00e9n\u00e9ral, de l\u2019individuel \u00e0 l\u2019universel, Queneau l\u2019a d\u00e9j\u00e0 exploit\u00e9 (le Dimanche de la vie) et le syst\u00e9matisera dans les Fleurs bleues. De sorte qu\u2019on peut lire ces \u0152uvres compl\u00e8tes comme une m\u00e9ditation romanesque sur l\u2019Histoire, mais aussi sur les effets perturbateurs de la sexualit\u00e9 du double point de vue de l\u2019histoire personnelle (le Journal) et de l\u2019Histoire universelle (le roman), puisque les apprentis h\u00e9ros seront passablement troubl\u00e9s dans leur volont\u00e9 h\u00e9ro\u00efque par les puissants attraits de Gertie Girdle.<\/p>\n<p>Une autre lecture est encore possible. Comme tout travail critique y inviterait si l\u2019on avait affaire \u00e0 un auteur r\u00e9el, il s\u2019agit de saisir, \u00e0 travers la confrontation de ce qui est suppos\u00e9 \u00eatre la transcription du quotidien (le Journal) et le travail de la fiction (le roman), les processus cr\u00e9atifs d\u2019un artiste, \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019ici l\u2019auteur de la fiction, Sally Mara, d\u00e9rive elle-m\u00eame de l\u2019univers de la fiction. Or lorsque l\u2019on sait que Queneau a lui-m\u00eame tenu un journal, dont seuls quelques fragments sont actuellement publi\u00e9s (Journal,\u00a01939-1940, publi\u00e9 en\u00a01986), on est amen\u00e9 \u00e0 voir dans les \u0152uvres compl\u00e8tes de Sally Mara une figure exemplaire du d\u00e9doublement ironique de soi, en m\u00eame temps que la r\u00e9flexion oblique de Queneau sur les rapports suppos\u00e9s entre le r\u00e9el et la fiction, ou, en d\u2019autres termes, sur l\u2019autobiographique et ses r\u00e9sonances dans l\u2019ordre de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire. De fait, Queneau a multipli\u00e9 les points de passage entre le Journal de Sally et son suppos\u00e9 roman irlandais, \u00e0 commencer par la date de naissance de Sally, le\u00a016\u00a0avril\u00a01916, c\u2019est-\u00e0-dire le jour de l\u2019insurrection de Dublin qui sert de cadre au roman. On apprend aussi que le titre du roman est fourni par une remarque incidente de Jo\u00ebl, le fr\u00e8re de Sally, au cours d\u2019une dispute (le\u00a016\u00a0janvier\u00a01935, confirm\u00e9 par le rappel de cette dispute, le\u00a05\u00a0mai). Si le lieu de l\u2019action du roman est un bureau de poste, c\u2019est que Mary, la s\u0153ur de Sally, occupe une place de \u00abdemoiselle des postes\u00bb (18\u00a0avril\u00a01935), laquelle Mary est indirectement \u00e9voqu\u00e9e au d\u00e9but du r\u00e9cit. De m\u00eame le go\u00fbt prononc\u00e9 de Sally pour les sous-v\u00eatements (Michel Presle lui offre une gaine Scandale, son fr\u00e8re l\u2019incite \u00e0 porter des bas de soie) se retrouve doublement r\u00e9investi dans le personnage de Gertie, et dans certaines descriptions f\u00e9tichistes dues au \u00abnarrateur\u00bb: le pansexualisme du Journal domine d\u2019ailleurs le roman sous une forme toutefois moins insidieuse, du fait m\u00eame qu\u2019elle ob\u00e9it \u00e0 des protocoles d\u2019\u00e9criture pr\u00e9cis\u00e9ment li\u00e9s \u00e0 la fiction, mais aussi aux pr\u00e9suppos\u00e9s linguistiques diff\u00e9rents qui commandent la r\u00e9daction du Journal (en fran\u00e7ais) et celle du roman (\u00abtraduit\u00bb de l\u2019irlandais). Enfin, la surench\u00e8re d\u2019humour noir et d\u2019invraisemblance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e du roman ne vient-elle pas d\u2019un lieu commun d\u00e9velopp\u00e9 par Sally dans le Journal: \u00abLa vie se montre beaucoup plus bizarre qu\u2019un roman. C\u2019est un probl\u00e8me qui se posera \u00e0 moi lorsque j\u2019\u00e9crirai le mien: faut-il \u00eatre plus ou moins incroyable que la r\u00e9alit\u00e9?\u00a0[&#8230;] Faut-il en remettre ou en enlever? Ah! foutre! que l\u2019art est difficile\u00bb (18\u00a0mars\u00a01935). Sous couvert d\u2019une \u0153uvre comique, qu\u2019elles sont aussi, les \u0152uvres compl\u00e8tes de Sally Mara mettent donc en place un probl\u00e8me classique: celui des processus qui lient le v\u00e9cu \u00e0 sa transposition litt\u00e9raire. Mais il est ici renouvel\u00e9, rendu vertigineux par un jeu de d\u00e9doublements successifs et pour ainsi dire ironis\u00e9 par ce jeu m\u00eame. D\u2019ailleurs, ce qui d\u2019embl\u00e9e frappe dans les \u0152uvres compl\u00e8tes, c\u2019est la s\u00e9rie de masques derri\u00e8re laquelle l\u2019auteur se dissimule (On est toujours trop bon avec les femmes est le roman irlandais de Sally suppos\u00e9 traduit par Michel Presle). Certes la crainte des foudres de la \u00abmorale publique\u00bb peut en expliquer le recours (Boris Vian publie \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque J\u2019irai cracher sur vos tombes sous le pseudonyme de Vernon Sullivan). Cette crainte ne suffit cependant pas \u00e0 expliquer pourquoi, lors de la r\u00e9\u00e9dition de\u00a01962, la Pr\u00e9face, loin de faire tomber les masques, en complique davantage la configuration. La mise \u00e0 distance n\u2019a sans doute pas non plus comme seul but d\u2019instaurer un cycle romanesque autonome, celui des \u00ab\u0152uvres gaillardes\u00bb d\u2019un Raymond \u00abchien\u00bb par opposition \u00e0 un Queneau \u00abch\u00eane\u00bb (Ch\u00eane et Chien, voir Si tu t\u2019imagines). En fait cette distance revendiqu\u00e9e surd\u00e9termine l\u2019indice d\u2019ironie qui traverse, sur des modes d\u2019\u00e9nonciation diff\u00e9rents, le Journal et le roman tout en assurant le lien entre eux. En outre, elle radicalise simultan\u00e9ment l\u2019effet d\u2019irr\u00e9alisation comique \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le roman et l\u2019effet de connivence entre lecteur et auteur du fait de la na\u00efvet\u00e9 feinte de Sally dans le Journal. De m\u00eame que On est toujours trop bon avec les femmes n\u2019est ni une version un tant soit peu scabreuse de l\u2019insurrection de Dublin, ni un roman \u00e9rotique, ni un roman h\u00e9ro\u00efque, le Journal intime ne se ram\u00e8ne pas non plus au seul traitement comique des questions que se pose une jeune fille sur le sexe. Une ironie toute-puissante se surimpose aux effets parodiques comme aux sous-entendus salaces. Que ce soit les slogans st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s des activistes r\u00e9publicains, leurs paroles h\u00e9ro\u00efques, ou bien les formules conventionnelles d\u00e9tourn\u00e9es de leur sens premier chez Sally, il s\u2019agit toujours de d\u00e9construire les normes du langage dans ce qu\u2019elles ont de fig\u00e9 (certaines pages du Journal semblent presque construites sur la base de la m\u00e9thode Assimil) ou de d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9quivoque, surtout lorsqu\u2019elles portent sur le discours m\u00eame de l\u2019\u00e9quivoque, celui qui concerne la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 le vertigineux m\u00e9lange linguistique mais aussi extralinguistique qui caract\u00e9rise les deux ouvrages: t\u00e9lescopage de registres de langues (maintes phrases combinent le soutenu et l\u2019argotique, le savant et le trivial), r\u00e9f\u00e9rents culturels m\u00ealant les domaines anglais, irlandais et fran\u00e7ais, usage humoristique de la polys\u00e9mie (en particulier l\u2019usage de l\u2019adjectif \u00abvierge\u00bb, qui d\u00e9signe \u00e9galement une \u00abterre qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 ni exploit\u00e9e ni cultiv\u00e9e\u00bb, comme le remarque Sally), mais aussi cr\u00e9ation de n\u00e9ologismes savoureux (Sally ayant assist\u00e9 \u00e0 l\u2019accouplement d\u2019un bouc et d\u2019une ch\u00e8vre craint d\u2019\u00eatre \u00e0 son tour \u00abbouquin\u00e9e\u00bb!). Ce sont les chausse-trapes d\u2019un langage en libert\u00e9 que l\u2019auteur, qui se tient donc r\u00e9solument \u00e0 distance pour n\u2019y pas tomber, ouvre sous les pas de ses personnages et du lecteur. Aussi n\u2019est-il pas surprenant de trouver au d\u00e9tour du Journal comme du roman des allusions \u00e0 Joyce, non seulement du fait de son origine irlandaise, mais encore parce que l\u2019\u0153uvre de Joyce constitue peut-\u00eatre la cl\u00e9 des \u0152uvres compl\u00e8tes. La cl\u00e9 ou le mot de passe, puisque celui des conjur\u00e9s n\u2019est autre que: \u00abFinnegans Wake!\u00bb, tandis que l\u2019un d\u2019eux remarque: \u00abOn en apprend des mots nouveaux aujourd\u2019hui. On voit qu\u2019on est dans le pays de James Joyce.\u00bb Quant \u00e0 Sally, elle apprend que Michel Presle est all\u00e9 voir \u00abun gars de Dublin, un nomm\u00e9 Joyce, un pornographe oblig\u00e9 de faire imprimer ses \u0153uvres \u00e0 Paris\u00bb. On peut ainsi remarquer toute une s\u00e9rie d\u2019\u00e9chos entre l\u2019\u0153uvre de Joyce et celle de Sally. Outre une libert\u00e9 de ton ostentatoire concernant la sexualit\u00e9 commune \u00e0 Sally et \u00e0 Joyce, il y a dans tout Sally Mara une fascination tr\u00e8s joycienne pour les langages un tant soit peu sp\u00e9cialis\u00e9s, pour l\u2019\u00e9rudition parodique. Sally d\u00e9couvre les mots avant de d\u00e9couvrir le monde et tente de combler le foss\u00e9 qui les s\u00e9pare. En outre, en se r\u00e9f\u00e9rant explicitement \u00e0 Finnegans Wake\u00a0[la Veill\u00e9e de Finnegan], Queneau lui emprunte dans le roman \u00e0 la fois son d\u00e9cor (la Liffey, rivi\u00e8re de Dublin) et ses th\u00e8mes: l\u2019\u00e9rotisme, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, la conception de l\u2019histoire. Tout se passe donc comme si Queneau avait pris plaisir \u00e0 multiplier les entr\u00e9es de son \u0153uvre, \u00e0 construire un labyrinthe jubilatoire de significations possibles, parmi lesquelles il n\u2019est pas sans signification pr\u00e9cis\u00e9ment que les allusions \u00e0 Joyce ram\u00e8nent au nom du h\u00e9ros d\u2019Ulysse: Dedalus, encore un constructeur de labyrinthe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J.-M.\u00a0RODRIGUES<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-309","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/309","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=309"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}