{"id":308,"date":"2026-07-25T19:06:04","date_gmt":"2026-07-25T17:06:04","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=308"},"modified":"2026-07-25T19:06:04","modified_gmt":"2026-07-25T17:06:04","slug":"courir-les-rues","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=courir-les-rues","title":{"rendered":"Courir les rues"},"content":{"rendered":"<p>Courir les rues<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>COURIR LES RUES. Recueil po\u00e9tique de Raymond Queneau (1903-1976), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1967.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019il fit pour ses recueils ant\u00e9rieurs (Si tu t\u2019imagines et le Chien \u00e0 la mandoline), Queneau n\u2019a pas rassembl\u00e9 ici des po\u00e8mes \u00e9pars dont la cr\u00e9ation se serait \u00e9tal\u00e9e dans le temps; il s\u2019agit d\u2019une composition rapide\u00a0\u2014 un an tout au plus\u00a0\u2014 et concert\u00e9e en vue d\u2019un recueil, mais aussi d\u2019une mani\u00e8re plus large dans la perspective d\u2019un triptyque, dont Courir les rues constitue le premier volet: viendront ensuite Battre la campagne (1967) etFendre les flots (1968). C\u2019est donc un itin\u00e9raire qui s\u2019indique, tant \u00e0 travers un paysage qu\u2019\u00e0 travers une vie, selon le principe d\u2019une anabase jusqu\u2019aux lieux les plus anciens de la m\u00e9moire, si l\u2019on veut bien admettre comme point d\u2019origine la jeunesse havraise de l\u2019\u00e9crivain; comme si, depuis Ch\u00eane et Chien, Queneau \u00e9prouvait r\u00e9guli\u00e8rement le besoin de dresser un bilan, d\u2019\u00e9prouver la distance parcourue de soi \u00e0 soi par le biais des d\u00e9tours les plus impr\u00e9vus et les plus buissonniers.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine de Courir les rues, Queneau semble op\u00e9rer sur le mode po\u00e9tique une reprise de la rubrique tenue entre\u00a01936 et\u00a01983 dans l\u2019Intransigeant: \u00abConnaissez-vous Paris?\u00bb Il s\u2019agissait alors de proposer par un jeu de questions et de r\u00e9ponses la d\u00e9couverte d\u2019un Paris insolite. Ce mat\u00e9riau, dont il reste de nombreuses traces dans le recueil, n\u2019en forme pas pour autant le propos, puisque comme le souligne le pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer de l\u2019auteur: \u00abCeci n\u2019est pas un recueil de po\u00e8mes, mais le r\u00e9cit d\u2019all\u00e9es et venues dans un Paris qui n\u2019est ni le \u201cParis myst\u00e9rieux\u201d ni le \u201cParis inconnu des sp\u00e9cialistes\u201d. Il n\u2019y est question que des petits faits quotidiens, des pigeons, du nom des rues, de touristes \u00e9gar\u00e9s: une sorte de promenade id\u00e9ale dans un Paris qui ne l\u2019est pas, une promenade qui commencerait \u00e0 la Pentec\u00f4te et qui finirait \u00e0 la Toussaint, avec les feuilles mortes.\u00bb Les deux axes principaux du recueil sont donc l\u2019observation d\u2019un quotidien anodin et l\u2019apparent d\u00e9sordre des impressions qui seront \u00e9nonc\u00e9es sans souci d\u2019une autre direction que celle que la fl\u00e2nerie impose. \u00abFarrago\u00bb, l\u2019un des titres que Queneau avait envisag\u00e9s, insiste d\u2019ailleurs sur cet aspect, puisqu\u2019il signifie \u00abun m\u00e9lange confus de choses disparates\u00bb. On sait que depuis le Chien \u00e0 la mandoline se manifeste chez Queneau un besoin de retour au concret. Aussi l\u2019espace urbain est-il ici morcel\u00e9, et comme absorb\u00e9, par l\u2019attention \u00e0 ces \u00abchoses vues\u00bb qui toutes ont en commun leur manque apparent de substance, leur banalit\u00e9 antih\u00e9ro\u00efque: ce sera une \u00abptite m\u00e8re\u00a0[qui] \u00e9crit aux C\u0153urs malheureux\u00bb (\u201cles C\u0153urs malheureux\u201d), le silence dans une rame de m\u00e9tro qui tombe en panne (\u201cEn cas d\u2019arr\u00eat m\u00eame prolong\u00e9\u201d), tout un menu peuple d\u2019\u00ab\u00e9rat\u00e9pistes\u00bb, de chauffeurs de taxi, mais aussi des chantiers de d\u00e9molition, des fa\u00e7ades qu\u2019on ravale, sans qu\u2019on y puisse soup\u00e7onner la m\u00e9tamorphose qu\u2019imposait \u00e0 un r\u00e9el d\u00e9cevant la po\u00e9sie baudelairienne du Spleen de Paris, l\u2019antilyrisme de Queneau s\u2019accommodant tout au plus de tendresse et de modestie. Ce parti pris ne va pourtant pas sans ambitions, au compte desquelles figure d\u2019abord cette attention port\u00e9e \u00e0 tout ce qui est marqu\u00e9 par la diss\u00e9mination et la disparition. Il n\u2019est pas question pour autant d\u2019une quelconque nostalgie du temps pass\u00e9 sous les gravats d\u2019un Paris qu\u2019on d\u00e9molit, mais de la conscience du flux perp\u00e9tuel du temps, comme l\u2019indiquent l\u2019\u00e9pigraphe emprunt\u00e9 \u00e0 H\u00e9raclite, mais aussi la place symbolique, au centre du recueil, accord\u00e9e aux trois pi\u00e8ces \u201cla Toussaint g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u201d, \u201c Lundi de Pentec\u00f4te\u201d et \u201cGen\u00e8se\u00a0XXXII,\u00a024\u201d, tandis que le titre de l\u2019un des po\u00e8mes renvoie clairement \u00e0 la pens\u00e9e h\u00e9raclit\u00e9enne \u00e0 travers un jeu de mots: \u201cLut\u00e8ce (L\u00e9th\u00e9)\u201d. Au service d\u2019un enjeu proprement m\u00e9taphysique, ici encore discret mais qui se d\u00e9ploiera dans Fendre les flots, les jeux de mots et les jeux savants constituent sans doute l\u2019autre dimension du recueil. Au titre de l\u2019\u00e9rudition, on croisera ainsi quelques pi\u00e9tons consid\u00e9rables de la capitale: Baudelaire (\u201cConcordances baudelairiennes\u201d), Flaubert (\u201cD\u00e9fense d\u2019afficher\u201d), Proust (\u201cIndex Proust\u201d), Breton (\u201cH\u00f4tel Hilton\u201d), Pr\u00e9vert (\u201cle Paris de paroles\u201d). Que ce soit sur le mode du pastiche (\u201cRue Paul-Verlaine\u201d) ou du calembour (\u201cle Quai Lembour\u201d), de la litanie (\u201cUn beau si\u00e8cle\u201d) ou du croquis rapide (\u201cAutre temps autres m\u0153urs\u201d), de l\u2019humour (\u201cSquare de la Trinit\u00e9\u201d) ou de la compassion (\u201cBoucherie \u00e0 la une\u201d), cette fl\u00e2nerie dans la ville est aussi une fl\u00e2nerie dans les mots et l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J.-M.\u00a0RODRIGUES<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-308","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/308","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=308"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}