{"id":307,"date":"2026-07-25T19:03:46","date_gmt":"2026-07-25T17:03:46","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=307"},"modified":"2026-07-25T19:03:46","modified_gmt":"2026-07-25T17:03:46","slug":"paroles","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=paroles","title":{"rendered":"Paroles"},"content":{"rendered":"<p>Paroles<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PAROLES. Recueil po\u00e9tique de Jacques Pr\u00e9vert (1900-1977), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1949.<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Bertel\u00e9 rassembla, apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, les textes que le po\u00e8te avait diss\u00e9min\u00e9s dans diff\u00e9rentes revues depuis les ann\u00e9es trente (le Commerce, Bifur, Cahiers GLM, Soutes, les Cahiers d\u2019Art). Le titre du recueil, par le pluriel, assume cette multiplicit\u00e9 et cette diversit\u00e9 des po\u00e8mes, tout en les dotant d\u2019une unit\u00e9 de ton et d\u2019une spontan\u00e9it\u00e9 caract\u00e9ristiques d\u2019un langage po\u00e9tique toujours en prise sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>On pourrait opposer deux types de po\u00e8mes. La pi\u00e8ce br\u00e8ve est un instantan\u00e9 (\u201cl\u2019\u00c9cole des Beaux-arts\u201d, \u201cle Cheval rouge\u201d), parfois dat\u00e9 et localis\u00e9 (\u201cla Belle Saison\u201d). Cette po\u00e9sie de l\u2019imm\u00e9diat, qu\u2019elle exprime la d\u00e9tresse d\u2019un \u00eatre ou chante l\u2019amour (\u201cle Jardin\u201d), unit souvent un lieu pr\u00e9cis au cosmos (\u201cl\u2019Automne\u201d) et rend solidaires dans la joie ou la souffrance les diff\u00e9rentes parties de l\u2019univers. La syntaxe tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9e, les m\u00e8tres brefs (\u201cAlicante\u201d), la justesse du trait servent au mieux ce projet. Les po\u00e8mes longs, plus nombreux, int\u00e8grent et donnent toute leur extension \u00e0 ces proc\u00e9d\u00e9s. Le titre, tant\u00f4t antiphrastique (\u201cAux champs&#8230;\u201d), tant\u00f4t annonciateur d\u2019un genre traditionnel (\u201cTentative de description\u201d, \u201cSouvenirs de famille\u201d), pr\u00e9c\u00e8de un po\u00e8me souvent narratif (reportage, conte, fable), o\u00f9 la fantaisie et la satire c\u00f4toient les emprunts \u00e0 l\u2019Histoire et aux clich\u00e9s culturels. L\u2019accumulation\u00a0\u2014 r\u00e9p\u00e9titions, \u00e9num\u00e9rations avec ou sans rupture (\u201cInventaire\u201d en serait le prototype)\u00a0\u2014 caract\u00e9rise cette po\u00e9sie, qui recourt \u00e0 la charge et non plus \u00e0 la s\u00e9cheresse, pour d\u00e9noncer un monde scandaleux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Jacques Pr\u00e9vert ne reste pas insensible face \u00e0 l\u2019Histoire. Nul doute que la crise de\u00a01929 et son cort\u00e8ge de ch\u00f4meurs (\u201cla Grasse Matin\u00e9e\u201d fait suite \u00e0 \u201cRiviera\u201d) ou la mont\u00e9e des fascismes (\u201cla Crosse en l\u2019air\u201d tourne en d\u00e9rision Mussolini et le pape; \u201cl\u2019Ordre nouveau\u201d d\u00e9nonce les horreurs commises par les SA) ont \u00e9mu et r\u00e9volt\u00e9 un po\u00e8te militant qui proph\u00e9tise volontiers la r\u00e9volution (fin d\u2019\u201c\u00c9v\u00e9nements\u201d, parus en\u00a01937). Le soleil, source de chaleur, de lumi\u00e8re, d\u2019une vie retrouvant son cours naturel, concentre sur lui les aspirations d\u2019un monde de travailleurs opprim\u00e9s et exploit\u00e9s. Sa venue symbolise une rupture et une lib\u00e9ration (\u00abMais un jour le vrai soleil viendra \/ Un vrai soleil dur qui r\u00e9veillera le paysage trop mou \/ Et les travailleurs sortiront\u00bb).<\/p>\n<p>Lib\u00e9rer est bien le ma\u00eetre mot du projet \u00e9thique de Jacques Pr\u00e9vert. Loin de tout esprit de syst\u00e8me, il exalte tour \u00e0 tour le cancre qui pr\u00e9f\u00e8re le r\u00eave aux r\u00e8gles, la fille-m\u00e8re tortur\u00e9e par sa famille (\u201cla Lessive\u201d); il condamne l\u2019\u00e9cole et la morale qui interdisent de voir la beaut\u00e9 du monde tel qu\u2019il est. Le retour, on ne peut plus r\u00e9gressif, \u00e0 la mati\u00e8re primitive (\u00abLes vitres redeviennent sable \/ l\u2019encre redevient eau\u00bb \u201cPage d\u2019\u00e9criture\u201d), est l\u2019ultime cons\u00e9quence du rejet d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 castratrice (\u201cle Combat avec l\u2019ange\u201d). \u201cJe suis comme je suis\u201d: ce titre, \u00e0 lui seul, proclame cette volont\u00e9 d\u2019authenticit\u00e9, qui s\u2019affirme aussi dans la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019amour de la femme dans un lit, \u00abdoux pr\u00e9sent du pr\u00e9sent\u00bb (\u201cDans ma maison\u201d); l\u2019amour qui lib\u00e8re les corps, la femme qui oblige \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 (\u201cRue de Seine\u201d). Ainsi s\u2019ouvre le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9vidence de l\u2019\u00eatre, \u00e0 l\u2019\u00e9merveillement: il faut non pas savoir, comme les adultes cruels ou les ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole, mais vivre, aimer (\u201cChanson\u201d), laisser faire, regarder avec tol\u00e9rance (\u00abJe les regarde \/ je les laisse faire \/ tous les oiseaux font de leur mieux\u00bb, \u201cAu hasard des oiseaux\u201d).<\/p>\n<p>Pour mener \u00e0 bien son \u0153uvre, Pr\u00e9vert se donne l\u2019innocence: non pas seulement celle des h\u00e9ros de ses po\u00e8mes (\u201cla Promenade de Picasso\u201d), mais aussi celle du langage ressourc\u00e9 au r\u00e9el, d\u00e9cant\u00e9 de toutes les connotations qui le chargent et de toute l\u2019hypocrisie qui le recouvre. Il questionne les signes (\u201c Dans ma maison\u201d), \u00e0 la recherche de l\u2019\u00abimage simple et vraie\u00bb (\u201cAux champs&#8230;\u201d). Ce retour \u00e0 la litt\u00e9ralit\u00e9 est souvent brutal et agressif \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tous les discours d\u2019oppression: ceux de l\u2019\u00e9cole, de l\u2019arm\u00e9e et surtout de la religion. L\u2019injure trouve sa place dans cette po\u00e9sie. Qu\u2019il combatte ses adversaires sur le terrain de leur propre langage (\u201cPater noster\u201d, \u201c\u00c9critures saintes\u201d) sans reculer devant le calembour: \u00abPrendre le Messie pour une lanterne\u00bb; \u201cMartyr c\u2019est pourrir un peu\u201d, qu\u2019il se montre irrespectueux jusqu\u2019au blasph\u00e8me, Pr\u00e9vert, tente toujours de conserver, au moins en apparence, humour et insouciance. Pourtant, comme chez les surr\u00e9alistes dont il fut proche, le jeu n\u2019est pas gratuit: telle la petite fille qui, lasse de jouer au cerceau, veut \u00abjouer \u00e0 l\u2019assassin\u00bb, il rend \u00e0 travers les mots leur libert\u00e9 aux fantasmes et aux pulsions. Le \u00abrire enfantin\u00bb, le \u00abrire brut\u00bb est lib\u00e9rateur: il renverse les fausses valeurs, ces faux dieux, et permet le cri o\u00f9 s\u2019impose l\u2019\u00e9vidence de la vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-307","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/307","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=307"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}