{"id":306,"date":"2026-07-25T19:01:23","date_gmt":"2026-07-25T17:01:23","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=306"},"modified":"2026-07-25T19:01:23","modified_gmt":"2026-07-25T17:01:23","slug":"histoires","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=histoires","title":{"rendered":"Histoires"},"content":{"rendered":"<p>Histoires<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>HISTOIRES. Recueil po\u00e9tique de Jacques Pr\u00e9vert (1900-1977), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1946.<\/p>\n<p>Dans Histoires, publi\u00e9 en m\u00eame temps que Paroles, les po\u00e8mes longs et les po\u00e8mes courts alternent, sans que le po\u00e8te ait recherch\u00e9 un quelconque effet de rythme. La m\u00eame insouciance caract\u00e9rise la forme des textes, puisque les m\u00e8tres les plus divers y sont employ\u00e9s (le vers \u00e9pouse le mouvement de la pens\u00e9e et de la phrase), puisque les r\u00e9cits en prose ou les sc\u00e8nes th\u00e9\u00e2trales c\u00f4toient les histoires versifi\u00e9es: il s\u2019agit, dans ces textes, de raconter et d\u2019amuser en racontant. Cependant, l\u2019autonomie de chaque po\u00e8me ne s\u2019oppose pas \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de liens avec ceux qui l\u2019entourent imm\u00e9diatement: la dynamique du recueil na\u00eet de la proximit\u00e9 th\u00e9matique qui unit certains textes, et des effets de contraste que ces ensembles produisent avec d\u2019autres ensembles. Par exemple, \u201cle Matin\u201d et \u201cle R\u00e9veil en fanfare\u201d proposent deux formes d\u2019asservissement; \u201cQuelqu\u2019un\u201d, \u201cles Prodiges de la libert\u00e9\u201d, \u201cOn frappe\u201d, \u201cle L\u00e9zard\u201d, \u201cles Chansons les plus courtes\u201d chantent la libert\u00e9 et l\u2019amour, ultime et unique consolation du mourant pour qui les \u00abyeux aim\u00e9s\u00bb sont \u201cles Derniers Sacrements\u201d. Une critique acerbe de la religion est annonc\u00e9e, que \u201cToile de fond\u201d, \u201cles Petits Plats dans les grands\u201d, \u201cComme par miracle\u201d d\u00e9veloppent. Le recueil poss\u00e8de donc bien une unit\u00e9 de ton et de m\u00e9lodie, due tant \u00e0 l\u2019humour du po\u00e8te qu\u2019\u00e0 l\u2019entrecroisement des th\u00e8mes (amour, d\u00e9sir, cruaut\u00e9, libert\u00e9, adultes et enfants, \u00e9veil et r\u00eave, richesse et mis\u00e8re).<\/p>\n<p>Le projet du po\u00e8te est volontiers moralisateur: le recours \u00e0 des mod\u00e8les litt\u00e9raires qui sont traditionnellement porteurs d\u2019un message \u00e9thique (la fable \u201cle Chat et l\u2019Oiseau\u201d; le conte \u201cContes pour enfants sages\u201d; le tableau ou r\u00e9cit exemplaire, hypotypose o\u00f9 se conjuguent la mis\u00e8re et le d\u00e9sespoir \u201cToile de fond\u201d) suffirait \u00e0 faire de Jacques Pr\u00e9vert un censeur de son \u00e9poque. Et il est vrai que ces po\u00e8mes refl\u00e8tent l\u2019inqui\u00e9tude humaine face aux probl\u00e8mes contemporains, que ce soit la barbarie nazie (\u201cEncore une fois sur le fleuve\u201d), le nationalisme exacerb\u00e9 (\u201cle R\u00e9veil en fanfare\u201d), ou le risque d\u2019extermination repr\u00e9sent\u00e9 par le nucl\u00e9aire (\u201cCharmes de Londres\u201d,\u00a0III). Le po\u00e8te parle alors au nom des autres, stigmatisant l\u2019ordre bourgeois qui fait de la richesse mat\u00e9rielle sa valeur supr\u00eame (\u00abL\u2019ordre des grandes puissances d\u2019argent\u00bb), condamnant les parents qui accablent l\u2019enfant, l\u2019emp\u00eachent de voir le monde comme il le d\u00e9sire (\u00abCet enfant n\u2019en fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate \/ Nous voulons qu\u2019il en fasse \u00e0 la n\u00f4tre\u00bb). D\u00e9fenseur d\u2019une Marianne avilie, veuve des valeurs qui sont sa substance (la libert\u00e9, l\u2019amour, le d\u00e9sir) et d\u2019un enfant que la soci\u00e9t\u00e9 prive de son regard et de sa parole po\u00e9tiques, mais qui reste fid\u00e8le au merveilleux quotidien des surr\u00e9alistes (\u00ab\u00c0 tous les coins du monde il rencontre les merveilles du monde et leur dit bonjour\u00bb), parlant m\u00eame au nom des animaux victimes, derri\u00e8re leurs barreaux, de l\u2019\u00ab\u00e9pouvantable b\u00eatise humaine\u00bb, Jacques Pr\u00e9vert reprend \u00e0 Hugo le flambeau d\u2019une po\u00e9sie messianique qui r\u00e9habilite la mis\u00e8re et le paria, en qui se dessine une figure du po\u00e8te.<\/p>\n<p>Mais si le r\u00e9cit est, \u00e0 l\u2019occasion, travers\u00e9 de souvenirs \u00e9piques (\u201cEncore une fois sur le fleuve\u201d), l\u2019auteur sait aussi \u00e9chapper aux dangers d\u2019une parole pontifiante. Il cite avec humour ses illustres pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Hugo et Rimbaud par exemple (\u00abEt la m\u00e8re contre le mur \/ ronflait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \/ Enfin toute la lyre \/ comme on dit en po\u00e9sie\u00bb), r\u00e9sumant avec prosa\u00efsme la mis\u00e8re et souriant face \u00e0 sa complaisance. Une lyre en r\u00e9volte exige du po\u00e8te agressivit\u00e9 et conscience des pouvoirs du langage: l\u2019humour est souvent grin\u00e7ant, et r\u00e9v\u00e8le combien la beaut\u00e9 du monde et de la vie est menac\u00e9e par des intentions diverses dissimul\u00e9es dans les artifices du langage (\u00abLa titubante petite lueur de l\u2019appellation contr\u00f4l\u00e9e\u00bb). Jacques Pr\u00e9vert joue avec les discours typiques de ce si\u00e8cle (le t\u00e9l\u00e9gramme comme la publicit\u00e9), avec les st\u00e9r\u00e9otypes culturels (les \u00abFraternit\u00e9 \u00c9galit\u00e9 Libert\u00e9\u00bb de la Mis\u00e8re qui re\u00e7oit avec bont\u00e9 les suicid\u00e9s), avec les topoi emprunt\u00e9s \u00e0 d\u2019autres genres (\u00abBarbe bleue blanc rouge \/ Impassible et souriant \/ Remettant les clefs de la ville \/ Les clefs tach\u00e9es de sang\u00bb), avec les \u00e9quivoques (\u00abLa b\u00fbche de No\u00ebl pour les jockeys d\u2019obstacle tomb\u00e9s dans la mis\u00e8re\u00bb), avec les registres (\u201cR\u00eaverie\u201d). Il lib\u00e8re les mots, rappelant tant\u00f4t les brutales r\u00e9alit\u00e9s qu\u2019ils enrobent, introduisant tant\u00f4t, par la subversion, une folie qui laisse libre cours au r\u00eave et \u00e0 l\u2019amour, parfois tendre, souvent cruel. Il rend \u00e0 la langue sa richesse, il rend au monde sa vie faite de contradictions: \u00ab&#8230; et voil\u00e0.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-306","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}