{"id":296,"date":"2026-07-25T18:36:29","date_gmt":"2026-07-25T16:36:29","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=296"},"modified":"2026-07-25T18:36:29","modified_gmt":"2026-07-25T16:36:29","slug":"degas-danse-dessin","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=degas-danse-dessin","title":{"rendered":"Degas Danse Dessin"},"content":{"rendered":"<p>Degas Danse Dessin<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>DEGAS DANSE DESSIN. Essai de Paul Val\u00e9ry (1871-1945), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Ambroise Vollard en 1936, dans une \u00e9dition illustr\u00e9e de vingt-six gravures de Maurice Potin d\u2019apr\u00e8s les compositions d\u2019Edgar Degas. La quasi-totalit\u00e9 du texte avait paru dans diff\u00e9rentes revues avant la publication.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Au r\u00e9cit des souvenirs personnels de Val\u00e9ry (il avait rencontr\u00e9 Degas vers\u00a01893 chez Henri Rouart), viennent se m\u00ealer, comme au fil de la plume, des r\u00e9flexions sur la peinture et sur l\u2019art, des anecdotes rapport\u00e9es par divers t\u00e9moins de la vie du peintre ainsi que les souvenirs \u00e9crits d\u2019Ernest Rouart et de Berthe Morisot. Le tout composant en une prose limpide et pleine d\u2019humour un portrait vivant de l\u2019\u00abartiste pur\u00bb.<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Val\u00e9ry dit tout net qu\u2019il ne pense pas \u00abtrop de bien des biographies\u00bb; quant \u00e0 Degas, il a toujours marqu\u00e9 une f\u00e9roce aversion \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la critique d\u2019art: \u00abLes Muses dansent, elles ne parlent pas.\u00bb Comment, alors, \u00e9voquer par un livre le souvenir de Degas sans le trahir ou se trahir? Val\u00e9ry opte pour la solution que choisit son Faust: unir les M\u00e9moires et le trait\u00e9 en un seul volume. \u00abJe trouve que c\u2019est une mani\u00e8re de falsification que de s\u00e9parer la pens\u00e9e, m\u00eame la plus abstraite, de la vie, m\u00eame\u00a0[&#8230;] la plus v\u00e9cue\u00a0[&#8230;]; donc j\u2019ai r\u00e9solu d\u2019ins\u00e9rer purement et simplement, comme elles me vinrent, mes observations, mes sp\u00e9culations, mes th\u00e8ses, mes id\u00e9es, dans le r\u00e9cit\u00bb (voir Mon Faust). Ainsi peut s\u2019\u00e9laborer une esquisse de Degas qui emprunte sa forme \u00e0 l\u2019art du dessinateur: \u00abComme il arrive qu\u2019un lecteur \u00e0 demi distrait crayonne aux marges d\u2019un ouvrage et produise, au gr\u00e9 de l\u2019absence et de la pointe, de petits \u00eatres ou de vagues ramures, en regard des masses lisibles, ainsi ferai-je\u00a0[&#8230;] aux environs de ces quelques \u00e9tudes d\u2019Edgar Degas.\u00bb<\/p>\n<p>Le portrait de Degas, que constituent l\u2019ensemble des divers t\u00e9moignages dont l\u2019ouvrage se nourrit, est celui d\u2019un misanthrope dont les opinions absolues, les jugements d\u00e9finitifs, dissimulent cependant un immense \u00abdoute de soi-m\u00eame et\u00a0[le] d\u00e9sespoir de se satisfaire\u00bb. La description du personnage ne nous \u00e9pargne ni son c\u00f4t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9, ni ses \u00e9tranges v\u00eatements \u00e0 la mode des vieillards de son temps, ni son manque de sens pratique, ni son chauvinisme et ses id\u00e9es politiques \u00e9troites (il fut antidreyfusard). \u00c0 la fois g\u00e9n\u00e9reux et maniaque, il \u00e9tait justement c\u00e9l\u00e8bre pour ses bons mots parfois cruels: il disait par exemple de Meissonier, tr\u00e8s en vogue alors et qui \u00e9tait de petite taille: \u00abC\u2019est le g\u00e9ant des nains!\u00bb Cependant, cette personnalit\u00e9 souvent impr\u00e9visible appara\u00eet comme \u00abuniquement soumis[e] \u00e0 l\u2019id\u00e9e absolue qu\u2019il avait de son art\u00bb. Une \u0153uvre, pour lui, n\u2019\u00e9tait jamais consid\u00e9r\u00e9e comme d\u00e9finitivement achev\u00e9e. On retiendra \u00e0 ce propos le m\u00e9morable \u00e9pisode du pastel achet\u00e9 par Henri Rouart que Degas voulut \u00e0 tout prix emporter pour le retoucher. Nul ne le revit jamais et le peintre finit par avouer que, insatisfait de cette \u0153uvre, il l\u2019avait d\u00e9truite. Pour d\u00e9dommager son ami, il lui offrit les Danseuses \u00e0 la barre. Quelque temps plus tard, la pr\u00e9sence d\u2019un arrosoir, qu\u2019il jugeait, r\u00e9trospectivement, incongrue sur le tableau, commen\u00e7a \u00e0 le tourmenter; mais cette fois on ne le laissa plus approcher. Ainsi, par petites touches, est bross\u00e9 le portrait sans concessions d\u2019un h\u00e9ros de la \u00abcom\u00e9die de l\u2019esprit\u00bb qui a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper cette \u00abmystique des sensations\u00bb que Val\u00e9ry caract\u00e9rise dans Autour de Corot et gr\u00e2ce \u00e0 laquelle la \u00abvie ext\u00e9rieure\u00bb se charge soudain de toute l\u2019intensit\u00e9 et des profondeurs de la vie int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Degas Danse Dessin prolonge la r\u00e9flexion sur les diff\u00e9rents arts amorc\u00e9e dans Eupalinos (l\u2019architecture et la musique) et dans l\u2019\u00c2me et la Danse (1921). On sait que cette r\u00e9flexion constitue une des lignes de force de la pens\u00e9e de Val\u00e9ry. Si la danse, abord\u00e9e ici par l\u2019interm\u00e9diaire des sujets privil\u00e9gi\u00e9s du peintre, est \u00e0 la fois \u00abornement de la dur\u00e9e\u00bb et \u00abornement de l\u2019\u00e9tendue\u00bb, son mouvement constitutif \u00abnous donne l\u2019id\u00e9e d\u2019une autre existence toute capable des moments les plus rares de la n\u00f4tre\u00bb. Ainsi pour Val\u00e9ry, les \u00abdanseuses absolues\u00bb ne sont pas des femmes, mais ces grandes m\u00e9duses qu\u2019il a pu voir un jour sur un \u00e9cran. Parall\u00e8lement, les clich\u00e9s de Muybridge, premi\u00e8res photographies instantan\u00e9es du cheval au galop et \u00e0 partir desquels a travaill\u00e9 le peintre, ont bien mis en \u00e9vidence l\u2019inexactitude de la repr\u00e9sentation picturale. \u00c0 partir du choix d\u2019un th\u00e8me pur\u00a0\u2014 le cheval de course, les danseuses, la femme surprise au bain ou dans ses t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res\u00a0\u2014 peut se r\u00e9v\u00e9ler la \u00absensibilit\u00e9 pour la mimique\u00bb d\u2019un peintre pr\u00e9occup\u00e9 de prendre ses sujets sur le vif et de les rendre \u00abintelligibles\u00bb. Le dessin trouve alors sa v\u00e9ritable dimension: celle d\u2019une vision non tant pr\u00e9occup\u00e9e de la forme que de la \u00abmani\u00e8re de voir la forme\u00bb.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 cette \u00e9poque l\u2019art moderne, asservi \u00e0 une esth\u00e9tique du choc et \u00e0 une pr\u00e9dominance de la \u00absensibilit\u00e9 sensorielle\u00bb, a boulevers\u00e9 le syst\u00e8me des valeurs en supprimant les difficult\u00e9s conventionnelles (anatomie, perspective, etc.). L\u2019esquisse vaut d\u00e9sormais l\u2019\u0153uvre, et \u00abla partie intellectuelle de l\u2019art\u00bb se r\u00e9duit comme une peau de chagrin. Face \u00e0 cette intoxication par la nouveaut\u00e9, l\u2019acad\u00e9misme appara\u00eet paradoxalement comme le lieu de la conservation des crit\u00e8res des jugements objectifs. C\u2019est pourquoi Degas appara\u00eet, malgr\u00e9 son attachement \u00e0 la tradition, comme \u00abde la famille des artistes abstraits qui distinguent la forme, de la couleur ou de la mati\u00e8re\u00bb. De m\u00eame, l\u2019art de Val\u00e9ry trouve comme naturellement son expression dans ce \u00abcaprice de l\u2019esprit\u00bb qui po\u00e9tise l\u2019abstraction et o\u00f9 la digression \u00e9pouse le cheminement m\u00eame de la connaissance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHAFFNER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-296","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/296","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=296"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}