{"id":295,"date":"2026-07-25T18:34:28","date_gmt":"2026-07-25T16:34:28","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=295"},"modified":"2026-07-25T18:34:28","modified_gmt":"2026-07-25T16:34:28","slug":"la-jeune-parque","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=la-jeune-parque","title":{"rendered":"la Jeune Parque"},"content":{"rendered":"<p>Jeune Parque (la)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JEUNE PARQUE (la). Po\u00e8me de Paul Val\u00e9ry (1871-1945), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1917.<\/p>\n<p>De la publication de cet ouvrage date la v\u00e9ritable notori\u00e9t\u00e9 de Val\u00e9ry: \u00abSon obscurit\u00e9 me mit en lumi\u00e8re: ni l\u2019une ni l\u2019autre n\u2019\u00e9taient des effets de ma volont\u00e9. Mais ceci n\u2019alla pas sans m\u2019induire, ou me s\u00e9duire \u00e0 me dissiper r\u00e9guli\u00e8rement dans le monde.\u00bb<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>La Jeune Parque est le monologue d\u2019une jeune femme qui vient de s\u2019\u00e9veiller au bord de la mer, sous un ciel \u00e9toil\u00e9. Elle est en proie \u00e0 une douleur ind\u00e9termin\u00e9e, r\u00e9elle ou onirique, qu\u2019elle attribue \u00e0 la morsure d\u2019un serpent. Le reptile est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart par la conscience vigile, r\u00e9fractaire \u00e0 ses tentations. Mais la morsure r\u00e9pand un feu ardent laissant croire \u00e0 la mort prochaine du MOI. S\u2019ensuit une m\u00e9ditation sur le \u00abgo\u00fbt de p\u00e9rir\u00bb et la force du d\u00e9sir amoureux. La prochaine venue du printemps ne laisse le choix qu\u2019entre la mort et l\u2019assouvissement d\u2019un d\u00e9sir raviv\u00e9. Toute une nuit, la conscience, avide de puret\u00e9, lutte et se m\u00e9tamorphose. Au lever du jour, le combat int\u00e9rieur se d\u00e9noue par la mort d\u2019un \u00abmonstre de candeur\u00bb et par la renaissance d\u2019une \u00abvierge de sang\u00bb qui opte finalement pour l\u2019accord avec le monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le travail sur l\u2019Album de vers anciens avait redonn\u00e9 le go\u00fbt de la po\u00e9sie \u00e0 Val\u00e9ry qui d\u00e9sirait \u00e9toffer d\u2019une quarantaine de vers ce recueil, \u00e0 ses yeux trop mince. \u00abPour me contraindre \u00e0 travailler, j\u2019imaginai de leur imposer les r\u00e8gles les plus strictes de la po\u00e9tique dite classique\u00bb: vers r\u00e9guliers, c\u00e9sur\u00e9s, sans enjambements ni rimes faibles. Au prix d\u2019un travail ardu de plus de quatre ans\u00a0\u2014 destin\u00e9 en partie \u00e0 tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart les angoisses de la guerre\u00a0\u2014, il obtient un ouvrage dix fois plus long (plus de cinq cents alexandrins) et \u00abcent fois plus difficile \u00e0 lire qu\u2019il n\u2019e\u00fbt convenu\u00bb. Cette obscurit\u00e9, Val\u00e9ry la con\u00e7oit comme se situant \u00e0 l\u2019intersection de la difficult\u00e9 de son propos et du grand nombre de contraintes qu\u2019il s\u2019\u00e9tait impos\u00e9es. Le r\u00e9sultat est n\u00e9anmoins, toujours selon lui, un texte \u00abtrop dense\u00bb, dont la versification est \u00able v\u00e9ritable sujet et le v\u00e9ritable sens\u00bb, et qui requiert du lecteur une attention extr\u00eame.<\/p>\n<p>Pourtant s\u2019il subsiste des obscurit\u00e9s de d\u00e9tail, une lecture attentive permet de suivre ais\u00e9ment le mouvement de la m\u00e9ditation, \u00abmouvement du sang\u00bb selon Alain. \u00abLe sujet v\u00e9ritable du po\u00e8me est la peinture d\u2019une suite de substitutions psychologiques et, en somme, le changement d\u2019une conscience pendant la dur\u00e9e d\u2019une nuit\u00bb, \u00e9crit Val\u00e9ry. Cette \u00abf\u00eate de l\u2019Intellect\u00bb devait s\u2019intituler \u00abPsych\u00e9\u00bb, titre que Val\u00e9ry refuse finalement d\u2019emprunter \u00e0 Pierre Lou\u00ffs qui l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 choisi pour une de ses \u0153uvres. Le drame de \u00abla conscience consciente\u00bb qui s\u2019y joue est celui de cette \u00absombre soif de la limpidit\u00e9\u00bb, menac\u00e9e par l\u2019irruption de l\u2019amour. Toute la complexit\u00e9 humaine est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans cette dualit\u00e9 inextricable: la vierge \u00ab\u00e0 soi-m\u00eame enlac\u00e9e\u00bb est \u00abd\u2019intelligence\u00bb avec les p\u00e9rils qui la menacent. Face \u00e0 cette ali\u00e9nation par le d\u00e9sir naissant, la volont\u00e9 toute pure veut r\u00e9sister par son immense et narcissique \u00aborgueil\u00bb \u00e0 la d\u00e9possession de soi; mais la descente au royaume des morts o\u00f9 le sommeil l\u2019avait conduite s\u2019ach\u00e8ve dans l\u2019all\u00e9gresse d\u2019une renaissance \u00e0 contrec\u0153ur (\u00abmalgr\u00e9 moi-m\u00eame\u00bb).<\/p>\n<p>Le monologue de la jeune Parque, en cette nuit d\u00e9cisive o\u00f9 elle passe de l\u2019enfance \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, constitue un v\u00e9ritable drame int\u00e9rieur. \u00abMa lassitude est parfois un th\u00e9\u00e2tre\u00bb, s\u2019\u00e9crie la jeune femme au d\u00e9but de sa longue prise de parole. Et, en effet, son d\u00e9chirement prend souvent la forme d\u2019une prise \u00e0 partie (exclamations, invocations, apostrophes) de ces divers interlocuteurs que sont les divinit\u00e9s, la nature et surtout cette autre elle-m\u00eame qu\u2019elle ignorait: \u00abDieux! Dans ma lourde plaie une secr\u00e8te s\u0153ur\/ Br\u00fble, qui se pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019extr\u00eame attentive.\u00bb Si la jeune femme est progressivement guid\u00e9e vers une alternative tragique (\u00abLumi\u00e8re!&#8230; Ou toi, la Mort! Mais le plus prompt me prenne!&#8230;\u00bb), au d\u00e9nouement il n\u2019y a plus qu\u2019une \u00abvictime inachev\u00e9e\u00bb. \u00abConduite, offerte et consum\u00e9e\u00bb, la jeune Parque semble une h\u00e9ro\u00efne racinienne men\u00e9e au sacrifice, et miraculeusement \u00e9pargn\u00e9e par la promesse d\u2019une vie nouvelle.<\/p>\n<p>Ce drame tout int\u00e9rieur n\u00e9cessitait l\u2019invention d\u2019un langage nouveau, qui rapproch\u00e2t l\u2019art du po\u00e8te de celui du musicien. \u00abLa Jeune Parque fut une recherche, litt\u00e9ralement ind\u00e9finie, de ce qu\u2019on pourrait tenter en po\u00e9sie qui f\u00fbt analogue \u00e0 ce qu\u2019on nomme \u201cmodulation\u201d en musique\u00bb \u00e9crit Val\u00e9ry dans les M\u00e9moires d\u2019un po\u00e8te. Les nombreux changements de ton, ainsi que le choix d\u2019un vocabulaire tant\u00f4t abstrait tant\u00f4t concret (\u00abViens mon sang, viens rougir la p\u00e2le circonstance\u00bb) \u00e9tayent cette affirmation. La charpente du po\u00e8me est \u00e9difi\u00e9e par les images r\u00e9currentes et les m\u00e9taphores fil\u00e9es: la larme coulant sur la joue, le serpent tentateur, les diamants des \u00e9toiles, le fil des Parques ou d\u2019Ariane (\u00abDu noir retour reprends le fil visqueux\u00bb, le \u00abfil dont la finesse aveugl\u00e9ment suivie \/ Jusque sur cette rive a ramen\u00e9 ta vie\u00bb). La m\u00e9taphore marine est poursuivie jusque dans les ondes des cheveux de la jeune fille; l\u2019or y est relay\u00e9 par le soleil d\u2019Apollon tandis que l\u2019ombre froide (\u00abGlisse, barque fun\u00e8bre\u00bb) n\u2019est que l\u2019autre face de la br\u00fblure infernale du d\u00e9sir.<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 une lettre de Gide, Val\u00e9ry \u00e9crit qu\u2019il a trouv\u00e9 \u00abapr\u00e8s coup, dans le po\u00e8me fini, quelque air d\u2019autobiographie\u00a0\u2014 intellectuelle s\u2019entend.\u00bb Alain est plus sensible \u00e0 son aspect de po\u00e8me \u00e9pique: \u00abC\u2019est dans les astres\u00a0[que la jeune Parque] s\u2019interroge.\u00bb R\u00e9citatif ou trag\u00e9die de l\u2019esprit, \u00e9chappant \u00e0 toute d\u00e9finition, cette \u00ab\u0153uvre inactuelle\u00bb reste ce que Paul Val\u00e9ry avait d\u00e9sir\u00e9 en faire dans les circonstances difficiles de la Premi\u00e8re Guerre mondiale: \u00abUn petit tombeau sans date\u00a0\u2014 sur les bords mena\u00e7ants de l\u2019oc\u00e9an du Charabia.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHAFFNER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-295","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/295","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}