{"id":273,"date":"2026-07-25T15:05:33","date_gmt":"2026-07-25T13:05:33","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=273"},"modified":"2026-07-25T15:05:33","modified_gmt":"2026-07-25T13:05:33","slug":"le-paysan-de-paris","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-paysan-de-paris","title":{"rendered":"le Paysan de Paris"},"content":{"rendered":"<p>Paysan de Paris (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PAYSAN DE PARIS (le). R\u00e9cit po\u00e9tique de Louis Aragon (1897-1982), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1926. \u00abLe Passage de l\u2019Op\u00e9ra\u00bb et \u00able Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont\u00bb parurent en extraits dans la Revue europ\u00e9enne de juin 1924 \u00e0 juin 1925; pour l\u2019\u00e9dition en volume, Aragon les encadra de deux courts \u00e9crits (\u00abPr\u00e9face \u00e0 une mythologie moderne\u00bb, \u00able Songe du paysan\u00bb) favorisant la compr\u00e9hension de leur port\u00e9e th\u00e9orique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8le \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019Une vague de r\u00eave (\u00abart po\u00e9tique\u00bb d\u2019Aragon publi\u00e9 dans le num\u00e9ro\u00a02 du Commerce, \u00e0 l\u2019automne\u00a01924), contemporain du premier Manifeste du surr\u00e9alisme (voir Manifestes du surr\u00e9alisme) d\u2019Andr\u00e9 Breton, le Paysan de Paris s\u2019inscrit dans le travail de d\u00e9finition du surr\u00e9alisme. Par le jeu d\u2019un regard neuf, pareil \u00e0 celui d\u2019un \u00abpaysan\u00bb, pos\u00e9 sur le paysage parisien, Aragon souhaitait montrer la lib\u00e9ration de l\u2019imaginaire et plaider pour un \u00abmerveilleux quotidien\u00bb apte \u00e0 d\u00e9gager l\u2019esprit de la ge\u00f4le du \u00absot rationalisme humain\u00bb. Mais, \u00e9tendue sur deux ann\u00e9es de formation et de recherche, l\u2019\u00e9criture du Paysan de Paris se ressent des variations d\u2019une pens\u00e9e acharn\u00e9e \u00e0 se saisir dans son mouvement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Description minutieuse d\u2019un des lieux favoris des surr\u00e9alistes, \u00able Passage de l\u2019Op\u00e9ra\u00bb explore la s\u00e9rie des commerces \u00e9tendus sur deux galeries depuis le \u00abmeubl\u00e9\u00bb au \u00abd\u00e9cor de lieu commun\u00bb jusqu\u2019au \u00abTh\u00e9\u00e2tre Moderne\u00bb, \u00abcet alhambra de putains\u00bb. Ainsi la plus triviale r\u00e9alit\u00e9 laisse-t-elle s\u2019\u00e9vader une v\u00e9ritable h\u00e9morragie de songes pour peu qu\u2019on sache la contempler: en effet, par son exc\u00e8s m\u00eame, la description se d\u00e9r\u00e9alise peu \u00e0 peu (apparition d\u2019une sir\u00e8ne, puis de \u00abtoute la mer\u00bb \u00e0 partir d\u2019une pipe d\u2019\u00e9cume) pour laisser place \u00e0 des vagues de lyrisme: hymne \u00e0 la blondeur, \u00e0 la mort, c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019amour lors de la description du salon de massage, etc. Au centre du texte, la \u00abfable des r\u00e9alit\u00e9s\u00bb, la sayn\u00e8te \u00abL\u2019homme converse avec ses facult\u00e9s\u00bb et le \u00abDiscours de l\u2019imagination\u00bb surtout: pastichant le boniment du bateleur, le narrateur annonce l\u2019apparition d\u2019un \u00abnouveau vice,\u00a0[&#8230;] un vertige de plus\u00a0[&#8230;]: le surr\u00e9alisme\u00bb, entendu ici par Aragon comme \u00abl\u2019emploi d\u00e9r\u00e9gl\u00e9 et passionnel du stup\u00e9fiant image\u00bb, qui oblige dans ses surprises \u00e0 r\u00e9viser \u00e0 chaque instant \u00abtout l\u2019univers\u00bb.<\/p>\n<p>Avec \u00able Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont\u00bb, la m\u00e9ticulosit\u00e9 tourne \u00e0 la parodie de guide touristique. Dans la section\u00a0XIII, les collages incrust\u00e9s dans le texte (selon le proc\u00e9d\u00e9 du \u00abPassage de l\u2019Op\u00e9ra\u00bb avec les consommations du bar Certa, les extraits de presse) se multiplient au point de briser le mouvement de la description, voire la surface m\u00eame de la page, envahie d\u2019encarts. L\u2019\u00e9nigmatique apparition de la \u00abfemme des Buttes-Chaumont\u00bb (XIV) fait alors d\u00e9vier le texte vers un hymne exalt\u00e9 \u00e0 l\u2019amour: \u00ab\u00e9clipse totale\u00bb, il est le sommet de l\u2019intensit\u00e9 que la po\u00e9sie cherchait, et lib\u00e8re l\u2019\u00e9criture du vertige de sa gratuit\u00e9: \u00abMais ce que tu veux, ce que tu aimes, ce serpent sonore, c\u2019est une phrase o\u00f9 les mots \u00e9pris de tout toi-m\u00eame aient l\u2019inflexion heureuse, et le poids du baiser.\u00bb Apr\u00e8s cette mont\u00e9e en puissance, le texte agresse le lecteur (XVI) puis l\u2019\u00e9diteur (Philippe Soupault,\u00a0XVII), en proclamant la d\u00e9route de son projet initial: \u00abJ\u2019avais donc entrepris\u00a0[&#8230;] d\u2019exposer une imagination que j\u2019avais du divin, et des lieux o\u00f9 il se manifeste.\u00a0[&#8230;] Mes mirages ne sont plus pour vous. Alors tant pis, si \u00e7a a l\u2019air inachev\u00e9\u00a0[&#8230;].\u00bb Dans la derni\u00e8re section (XVIII), le narrateur revient encore une fois sur l\u2019inanit\u00e9 de la \u00abvoie\u00a0[propos\u00e9e] au frisson\u00bb qu\u2019il voulait offrir: \u00abEt l\u2019homme ne fut plus qu\u2019un signe entre les constellations.\u00bb<\/p>\n<p>En ouverture du livre, la \u00abPr\u00e9face \u00e0 une mythologie moderne\u00bb semble en donner la le\u00e7on: \u00abJe ne veux plus me retenir des erreurs de mes doigts, des erreurs de mes yeux\u00bb, puisqu\u2019\u00ab\u00e0 toute erreur des sens correspondent d\u2019\u00e9tranges fleurs de la raison\u00bb. Plaidoyer donc pour un \u00abprintemps\u00bb du plaisir et de l\u2019imagination, mais que les fluctuations du livre ont transform\u00e9, obligeant \u00e0 une autre explication th\u00e9orique au finale: \u00able Songe du paysan\u00bb o\u00f9, dans un ultime d\u00e9fil\u00e9 d\u2019aphorismes, le paradis d\u2019\u00abune mythologie moderne\u00bb constitu\u00e9e \u00e0 la \u00ablumi\u00e8re de l\u2019insolite\u00bb fait place \u00e0 la revendication agressive, voire brutale, de l\u2019image comme moyen de connaissance po\u00e9tique: \u00abPoussez \u00e0 la limite l\u2019id\u00e9e de destruction des personnes, et d\u00e9passez-la.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Soumis \u00e0 toutes les variations de la sensibilit\u00e9, rebondissant sur une r\u00eaverie, coulant soudain dans l\u2019\u00e9chapp\u00e9e d\u2019une m\u00e9taphore, le Paysan de Paris fait sinuer un sens aussi fuyant que d\u00e9lectable. Il est d\u2019ailleurs significatif qu\u2019Aragon n\u2019ait pas choisi, pour son propre \u00abmanifeste\u00bb, la voie du trait\u00e9 ch\u00e8re \u00e0 Breton, o\u00f9 la d\u00e9finition pr\u00e9existe \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9: la recherche s\u2019effectue ici dans et par le texte, ce qui en explique, en partie tout du moins, les oscillations. Ainsi le projet initial de susciter l\u2019imaginaire \u00e0 partir d\u2019une description outranci\u00e8rement minutieuse de la r\u00e9alit\u00e9 est-il pouss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 son terme dans \u00able Passage de l\u2019Op\u00e9ra\u00bb, pour \u00eatre contest\u00e9 dans \u00able Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont\u00bb au profit d\u2019une valorisation de la passion reprise par \u00able Songe du paysan\u00bb. Non pas codification d\u2019une po\u00e9tique, mais bien exp\u00e9rience scripturale, le texte trouve alors son unit\u00e9 dans la tension permanente entre le r\u00e9f\u00e9rentiel et le m\u00e9taphorique, entre la logique du r\u00e9cit et celle du po\u00e8me. C\u2019est sur cette opposition (propre peut-\u00eatre au r\u00e9cit po\u00e9tique, mais plus encore au surr\u00e9aliste alors en proie \u00e0 la \u00abtentation du roman\u00bb, voir le Con d\u2019Ir\u00e8ne) que viennent se greffer les antagonismes, mis en place par le texte, de la jubilation et du d\u00e9sespoir, de la gratuit\u00e9 assum\u00e9e comme plaisir et du sentiment de la vanit\u00e9, en bref d\u2019un surr\u00e9alisme scintillant, n\u00e9 d\u2019un univers de surfaces miroitantes (les verreries des \u00abgaleries\u00bb) et d\u2019un surr\u00e9alisme de la profondeur, h\u00e9ritier pour une part du romantisme et de l\u2019id\u00e9alisme allemand, ancr\u00e9 dans la description de la \u00abnature\u00bb, de la nuit et de la femme.<\/p>\n<p>Ces deux versions du surr\u00e9alisme selon Aragon se r\u00e9unissent dans la vision lyrique du monde qu\u2019elles exaltent: \u00abLes hommes vivent les yeux ferm\u00e9s au milieu des pr\u00e9cipices magiques.\u00bb Seule la puissance musicale d\u2019une \u00e9criture alliant le phras\u00e9 d\u2019un classicisme feint aux jeux d\u2019\u00e9chos des vers blancs et des anaphores permet alors de conjoindre les fragments, parfois paradoxaux, d\u2019une esth\u00e9tique moins propos\u00e9e qu\u2019interrog\u00e9e. S\u2019il permet ainsi de comprendre les divergences, radicales mais compl\u00e9mentaires, s\u00e9parant et unissant Aragon et Breton (n\u00e9cessit\u00e9 du jeu contre d\u00e9dain de l\u2019\u00e9criture pour \u00abelle-m\u00eame\u00bb, temps friable contre pr\u00e9sent pur, \u00e9miettement du sujet contre tentation de l\u2019unit\u00e9, manipulation du r\u00e9el contre l\u2019essai de son d\u00e9passement pour une r\u00e9alit\u00e9 \u00absup\u00e9rieure\u00bb), le Paysan de Paris aide aussi \u00e0 comprendre les renversements de la cr\u00e9ation aragonienne durant cette p\u00e9riode depuis le monde \u00e9clat\u00e9 de Dada (qui continue \u00e0 peser sur le livre) jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9couverte de la dialectique, \u00e0 la fin des ann\u00e9es vingt. Jacqueline Ch\u00e9nieux a pu tr\u00e8s justement analyser l\u2019antagonisme des deux parties comme le passage d\u2019un criticisme kantien \u00e0 un id\u00e9alisme absolu, li\u00e9 \u00e0 la lecture de Schelling et de Hegel auxquels \u00able Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont\u00bb fait \u00e0 plusieurs reprises allusion. Par ailleurs, la mise en place d\u2019une \u00abvie po\u00e9tique\u00bb, qui constitue le v\u00e9ritable enjeu de l\u2019\u00e9criture surr\u00e9aliste, s\u2019\u00e9tait aussi enrichie de la rencontre d\u2019une femme (\u00abHier \u00e0 t\u00e2tons je me prenais \u00e0 des abstractions vides. Aujourd\u2019hui une personne me domine, et je l\u2019aime\u00a0[&#8230;]\u00bb) qui explique le r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019amour comme synth\u00e8se: \u00abL\u2019amour est un \u00e9tat de confusion du r\u00e9el et du merveilleux.\u00bb Ajoutons que divers brisements dans le texte annoncent d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9sarroi du Trait\u00e9 du style (1928) par l\u2019agressivit\u00e9 verbale tentant de compenser l\u2019inutilit\u00e9 ressentie de l\u2019\u00e9criture, et que \u00able Songe du paysan\u00bb propose une qu\u00eate du \u00abconcret\u00bb aux contours encore assez impr\u00e9cis, mais qui d\u00e9passe la conclusion initiale pour une \u00abplus r\u00e9elle r\u00e9alit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Le Paysan de Paris constitue d\u2019abord, par-del\u00e0 un lexique philosophique assez fragile, fait le plus souvent de lectures r\u00e9centes\u00a0\u2014 et impos\u00e9 non sans ironie\u00a0\u2014, un des chants les plus \u00e9tincelants du surr\u00e9alisme conqu\u00e9rant, au sein duquel le d\u00e9ferlement d\u2019une langue satur\u00e9e d\u2019images et de trilles tendait surtout \u00e0 circonscrire les rapports d\u2019un sujet et du monde: \u00abCar je suis le passage\u00a0[&#8230;]\u00bb, dit ainsi, comme incidemment, la fin du \u00abPassage de l\u2019Op\u00e9ra\u00bb. Par la description, il s\u2019agissait donc en premier lieu de se d\u00e9finir, et probablement de se conqu\u00e9rir dans l\u2019exercice vertigineux et d\u00e9brid\u00e9 d\u2019une langue: \u00abVoici le palais qu\u2019il te faut, grande m\u00e9canique pensante, pour savoir enfin qui tu es.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>O.\u00a0BARBARANT<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-273","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/273","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=273"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}