{"id":226,"date":"2026-07-25T11:43:54","date_gmt":"2026-07-25T09:43:54","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=226"},"modified":"2026-07-25T11:43:54","modified_gmt":"2026-07-25T09:43:54","slug":"le-spleen-de-paris","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-spleen-de-paris","title":{"rendered":"Le Spleen de Paris"},"content":{"rendered":"<p>Spleen de Paris (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>SPLEEN DE PARIS (le). Recueil de po\u00e8mes en prose de Charles Baudelaire (1821-1867), publi\u00e9 dans le tome\u00a0IV des \u0152uvres compl\u00e8tes \u00e0 Paris chez Michel L\u00e9vy fr\u00e8res en 1869. De nombreux po\u00e8mes avaient, \u00e0 partir de\u00a01855, paru dans diverses revues, notamment dans la Presse en ao\u00fbt et septembre 1862. Au fil des publications de ses po\u00e8mes en prose, Baudelaire a h\u00e9sit\u00e9 entre plusieurs titres: Po\u00e8mes nocturnes, la Lueur et la Fum\u00e9e, le Promeneur solitaire, le R\u00f4deur parisien. C\u2019est sous le titre de Petits Po\u00e8mes en prose que paraissent les vingt pi\u00e8ces publi\u00e9es dans la Presse en\u00a01862. Ce titre est toutefois trop peu attest\u00e9 pour que l\u2019on puisse le consid\u00e9rer comme refl\u00e9tant l\u2019intention d\u00e9finitive du po\u00e8te: Baudelaire, durant les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, utilisait en effet l\u2019expression le Spleen de Paris pour d\u00e9signer son recueil, et la plupart des \u00e9diteurs ont conserv\u00e9 ce dernier titre.<\/p>\n<p>Dans le Spleen de Paris, Baudelaire exp\u00e9rimente un genre nouveau, inaugur\u00e9 peu auparavant par Aloysius Bertrand: \u00abC\u2019est en feuilletant pour la vingti\u00e8me fois au moins, le fameux Gaspard de la nuit, d\u2019Aloysius Bertrand\u00a0[&#8230;] que l\u2019id\u00e9e m\u2019est venue de tenter quelque chose d\u2019analogue, et d\u2019appliquer \u00e0 la description de la vie moderne, ou plut\u00f4t d\u2019une vie moderne et plus abstraite, le proc\u00e9d\u00e9 qu\u2019il avait appliqu\u00e9 \u00e0 la peinture de la vie ancienne, si \u00e9trangement pittoresque\u00bb (\u00ab\u00c0 Ars\u00e8ne Houssaye\u00bb, d\u00e9dicace du recueil). Les po\u00e8mes en prose de Baudelaire, diff\u00e9rents dans leur inspiration et leur facture de ceux de son devancier, imposent le genre, lequel deviendra particuli\u00e8rement florissant dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du\u00a0XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le Spleen de Paris contient cinquante textes que Baudelaire n\u2019a pas eu la volont\u00e9 ou le temps de rassembler et d\u2019organiser en diverses parties. Ses notes contiennent des projets de regroupements mais la d\u00e9dicace \u00ab\u00c0 Ars\u00e8ne Houssaye\u00bb fait de la libre ordonnance des po\u00e8mes un principe esth\u00e9tique: \u00abMon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu\u2019il n\u2019a ni queue ni t\u00eate, puisque tout, au contraire, y est \u00e0 la fois t\u00eate et queue, alternativement et r\u00e9ciproquement.\u00a0[&#8230;] Enlevez une vert\u00e8bre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister \u00e0 part.\u00bb Discontinuit\u00e9, libert\u00e9 et diversit\u00e9 caract\u00e9risent le recueil. Le ton et l\u2019atmosph\u00e8re sont vari\u00e9s, depuis l\u2019agressivit\u00e9: \u201cla Femme sauvage et la Petite Ma\u00eetresse\u201d, \u201cAssommons les pauvres!\u201d, et le sarcasme: \u201cUn plaisant\u201d, \u201cle Chien et le Flacon\u201d, \u201cle Galant tireur \u201d, jusqu\u2019au path\u00e9tique: \u201cles Veuves\u201d, \u201cle Vieux Saltimbanque\u201d; ces diff\u00e9rents aspects peuvent d\u2019ailleurs cohabiter dans un m\u00eame po\u00e8me comme \u201cles Yeux des pauvres\u201d. La plupart des pi\u00e8ces sont narratives, et certaines s\u2019apparentent m\u00eame \u00e0 des contes: \u201cUne mort h\u00e9ro\u00efque\u201d, \u201cla Corde\u201d, ou \u00e0 des fables sataniques: \u201cles Tentations, ou \u00c9ros, Plutus et la Gloire\u201d, \u201cle Joueur g\u00e9n\u00e9reux\u201d, alors que d\u2019autres, qui se terminent parfois par une moralit\u00e9: \u201cla Fausse Monnaie\u201d, tiennent plut\u00f4t de l\u2019exemplum m\u00e9di\u00e9val: \u201cles Dons des f\u00e9es\u201d, \u201cles Vocations\u201d. Les th\u00e8mes sont eux aussi vari\u00e9s mais quelques-uns dominent: le destin et le pouvoir du po\u00e8te dans \u201cle Confiteor de l\u2019artiste\u201d, \u201cla Chambre double\u201d, \u201cle Fou et la V\u00e9nus\u201d, \u201cles Foules\u201d, \u201cEnivrez-vous\u201d, \u201cles Fen\u00eatres\u201d; les exclus, tous ces \u00eatres d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s ou bizarres qui \u00e9veillent la compassion dans \u201cle D\u00e9sespoir de la vieille\u201d, \u201cles Veuves\u201d, \u201cle Vieux Saltimbanque\u201d, \u201cle G\u00e2teau\u201d, \u201cMademoiselle Bistouri\u201d; le d\u00e9sir d\u2019\u00e9vasion dans \u201cl\u2019\u00c9tranger\u201d, \u201cl\u2019Invitation au voyage\u201d, \u201cles Projets\u201d, \u201cD\u00e9j\u00e0\u201d, \u201cAny where out of the world\u201d; la femme enfin, \u00e0 la fois myst\u00e9rieuse et d\u00e9risoire, fascinante et ha\u00efe dans \u201cla Femme sauvage et la Petite-Ma\u00eetresse\u201d, \u201cUn h\u00e9misph\u00e8re dans une chevelure\u201d, \u201cla Belle Doroth\u00e9e\u201d, \u201cle Galant tireur\u201d.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Ce recueil en prose s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre en vers: \u00abEn somme, c\u2019est encore les Fleurs du mal, mais avec beaucoup plus de libert\u00e9, et de d\u00e9tail et de raillerie\u00bb, \u00e9crivait Baudelaire \u00e0 J.\u00a0Troublat le\u00a019\u00a0f\u00e9vrier\u00a01866. Certaines pi\u00e8ces du Spleen de Paris peuvent m\u00eame appara\u00eetre comme des doublets de po\u00e8mes des Fleurs du mal (l\u2019exemple le plus frappant est celui de \u201cl\u2019Invitation au voyage\u201d, dans les deux ouvrages). L\u2019expression \u00able Spleen de Paris\u00bb souligne cette filiation puisque le terme \u00abspleen\u00bb sert de titre \u00e0 la premi\u00e8re section des Fleurs du mal, elle-m\u00eame intitul\u00e9e \u00abSpleen et Id\u00e9al\u00bb. L\u2019ennui, l\u2019angoisse, le sens aigu et douloureux du n\u00e9ant de toute chose, demeurent au centre de l\u2019exp\u00e9rience baudelairienne. L\u2019id\u00e9al est ailleurs, r\u00eav\u00e9, entrevu, toujours inaccessible \u00e0 l\u2019homme prisonnier de la r\u00e9alit\u00e9 mesquine et d\u00e9cevante. Perceptible pour le po\u00e8te en quelques instants privil\u00e9gi\u00e9s, il fait de l\u2019univers un spectacle r\u00e9versible dont \u201cla Chambre double\u201d offre l\u2019image symbolique. Dans ce po\u00e8me en effet, la m\u00eame chambre est d\u2019abord d\u00e9crite comme un lieu merveilleux\u00a0\u2014 \u00abchambre v\u00e9ritablement spirituelle\u00bb, \u00abchambre paradisiaque\u00bb\u00a0\u2014 avant d\u2019\u00eatre rendue \u00e0 sa dimension r\u00e9elle de sordide \u00abs\u00e9jour de l\u2019\u00e9ternel ennui\u00bb. La contemplation de la nature n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette fatale r\u00e9versibilit\u00e9: \u00abGrand d\u00e9lice que celui de noyer son regard dans l\u2019immensit\u00e9 du ciel et de la mer!\u00a0[&#8230;] \/ Et maintenant la profondeur du ciel me consterne; sa limpidit\u00e9 m\u2019exasp\u00e8re. L\u2019insensibilit\u00e9 de la mer, l\u2019immuabilit\u00e9 du spectacle, me r\u00e9voltent&#8230; Ah! faut-il \u00e9ternellement souffrir, ou fuir \u00e9ternellement le beau?\u00bb (\u201cle Confiteor de l\u2019artiste\u201d). Ce pouvoir visionnaire m\u00eal\u00e9 \u00e0 une extr\u00eame lucidit\u00e9 fonde l\u2019intol\u00e9rable frustration du po\u00e8te et sa misanthropie souvent cruelle, le choix du mal n\u2019\u00e9tant que l\u2019envers d\u2019un d\u00e9sespoir. Ainsi, alors que dans maints po\u00e8mes du Spleen de Paris le po\u00e8te fraternise avec les d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, il fait preuve, dans \u201cle Mauvais Vitrier\u201d, d\u2019\u00abune haine aussi soudaine que despotique\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un \u00abpauvre homme\u00bb: il d\u00e9truit m\u00e9chamment la marchandise d\u2019un vitrier ambulant parce que celui-ci ne poss\u00e8de que des \u00abverres de couleur\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00abvitres qui\u00a0[font] voir la vie en beau\u00bb.<\/p>\n<p>Le titre le Spleen de Paris met en outre l\u2019accent sur la dimension urbaine de l\u2019entreprise po\u00e9tique, explicit\u00e9e d\u00e8s la D\u00e9dicace: \u00abC\u2019est surtout de la fr\u00e9quentation des villes \u00e9normes, c\u2019est du croisement de leurs innombrables rapports que na\u00eet cet id\u00e9al obs\u00e9dant\u00bb (celui de la \u00abprose po\u00e9tique\u00bb). Paris ne constitue pas toutefois le d\u00e9cor de tous les po\u00e8mes du recueil: \u201cle G\u00e2teau\u201d a par exemple pour cadre les Pyr\u00e9n\u00e9es, \u201cle Joujou du pauvre\u201d, la campagne, et \u201cla Belle Doroth\u00e9e\u201d, les \u00eeles Mascareignes. En r\u00e9alit\u00e9, le monde urbain est moins affaire de d\u00e9cor que de regard. Dans une \u00e9tude sur Constantin Guys intitul\u00e9e le Peintre de la vie moderne (1863), Baudelaire lie la notion de modernit\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne de la grande ville. La sensibilit\u00e9 du po\u00e8te moderne, sa saisie du monde, son spleen sont pour ainsi dire form\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience urbaine.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re enseigne les injustices et la mis\u00e8re dont le po\u00e8te se fait le porte-parole: \u00abJe chante les chiens calamiteux\u00a0[&#8230;] les pauvres chiens, les chiens crott\u00e9s, ceux-l\u00e0 que chacun \u00e9carte, comme pestif\u00e9r\u00e9s et pouilleux, except\u00e9 le pauvre dont ils sont les associ\u00e9s, et le po\u00e8te qui les regarde d\u2019un \u0153il fraternel\u00bb (\u201cles Bons Chiens\u201d). Le po\u00e8te moderne dit la marge et l\u2019exclusion. La ville, sorte de concentr\u00e9 de toute l\u2019humanit\u00e9, est un r\u00e9v\u00e9lateur privil\u00e9gi\u00e9; mais la mis\u00e8re et les barri\u00e8res sociales sont partout: aussi bien \u00e0 la campagne, comme en t\u00e9moigne \u201cle Joujou du pauvre\u201d, avec cette grille symbolique qui s\u00e9pare l\u2019enfant riche et l\u2019enfant pauvre, \u00abun de ces marmots-parias\u00bb.<\/p>\n<p>La ville est aussi une \u00e9cole de solitude et de vanit\u00e9. L\u2019\u00e9go\u00efsme, l\u2019illusion, l\u2019apparence, la fatuit\u00e9 y gouvernent les rapports humains, d\u2019o\u00f9 le ton railleur et cynique de nombreux textes. La po\u00e9sie permet \u00e0 peine d\u2019\u00e9chapper \u00e0 cet engrenage pervers: \u00ab\u00c2mes de ceux que j\u2019ai aim\u00e9s, \u00e2mes de ceux que j\u2019ai chant\u00e9s, fortifiez-moi, soutenez-moi, \u00e9loignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde; et vous, Seigneur mon Dieu! accordez-moi la gr\u00e2ce de produire quelques beaux vers qui me prouvent \u00e0 moi-m\u00eame que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inf\u00e9rieur \u00e0 ceux que je m\u00e9prise!\u00bb (\u201c\u00c0 une heure du matin\u201d).<\/p>\n<p>Infernal, le monde urbain est \u00e9galement fascinant dans la mesure o\u00f9 y r\u00e8gnent le hasard et la diversit\u00e9. Il offre au po\u00e8te, disponible, vigilant, qui \u00abjouit de cet incomparable privil\u00e8ge, qu\u2019il peut \u00e0 sa guise \u00eatre lui-m\u00eame et autrui\u00bb, une in\u00e9puisable mati\u00e8re: \u00abLe promeneur solitaire et pensif tire une singuli\u00e8re ivresse de cette universelle communion.\u00a0[&#8230;] Il adopte comme siennes toutes les professions, toutes les joies et toutes les mis\u00e8res que la circonstance lui pr\u00e9sente\u00bb (\u201cles Foules\u201d). Le choix du po\u00e8me en prose r\u00e9pond \u00e0 la volont\u00e9 de trouver une \u00e9criture ad\u00e9quate \u00e0 l\u2019int\u00e9riorisation de ce fourmillement qui caract\u00e9rise la m\u00e9tropole: \u00abQuel est celui de nous qui n\u2019a pas, dans ses jours d\u2019ambition, r\u00eav\u00e9 le miracle d\u2019une prose po\u00e9tique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurt\u00e9e pour s\u2019adapter aux mouvements lyriques de l\u2019\u00e2me, aux ondulations de la r\u00eaverie, aux soubresauts de la conscience?\u00bb (D\u00e9dicace). Plus libre et imm\u00e9diate que le vers, la prose se pr\u00eate mieux \u00e0 l\u2019\u00e9vocation du monde moderne: \u00abJ\u2019invoque la muse famili\u00e8re, la citadine, la vivante\u00bb (\u201cles Bons Chiens\u201d); un monde multiple, changeant, voire h\u00e9t\u00e9roclite. Genre aux lois peu rigoureuses et contraignantes, le po\u00e8me en prose offre \u00e0 l\u2019\u00e9criture une spontan\u00e9it\u00e9 en accord avec cette posture de \u00abpromeneur\u00bb ou de \u00abr\u00f4deur\u00bb qu\u2019adopte le po\u00e8te du Spleen de Paris.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-226","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/226","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=226"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}