{"id":219,"date":"2026-07-25T10:57:24","date_gmt":"2026-07-25T08:57:24","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=219"},"modified":"2026-07-25T10:57:24","modified_gmt":"2026-07-25T08:57:24","slug":"fetes-galantes","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=fetes-galantes","title":{"rendered":"F\u00eates galantes"},"content":{"rendered":"<p>F\u00eates galantes<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>F\u00caTES GALANTES. Recueil po\u00e9tique de Paul Verlaine (1844-1896), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Lemerre en 1869. Certains po\u00e8mes avaient \u00e9t\u00e9 auparavant publi\u00e9s dans diverses revues: \u201cClair de lune\u201d, sous le titre de \u201cF\u00eates galantes\u201d, et \u201cMandoline\u201d, sous le titre de \u201cTrumeau\u201d, dans la Gazette rim\u00e9e du\u00a020\u00a0f\u00e9vrier\u00a01867; \u201c\u00c0 la promenade\u201d, \u201cDans la grotte\u201d, \u201cles Ing\u00e9nus\u201d, \u201c\u00c0 Clym\u00e8ne\u201d, \u201cEn sourdine\u201d, \u201cColloque sentimental\u201d dans l\u2019Artiste, le\u00a01er juillet 1868, sous le titre collectif de \u00abNouvelles F\u00eates galantes\u00bb; \u201cCort\u00e8ge\u201d et \u201cl\u2019Amour par terre\u201d dans la m\u00eame revue, en mars 1869, sous le titre \u00abPo\u00e9sie\u00bb.<\/p>\n<p>Verlaine compose les F\u00eates galantes dans les ann\u00e9es\u00a01866-1868, c\u2019est-\u00e0-dire juste apr\u00e8s la publication des Po\u00e8mes saturniens. Tout comme le pr\u00e9c\u00e9dent, ce recueil, \u00e9dit\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur, n\u2019\u00e9veille aucun \u00e9cho. Rimbaud le lit toutefois \u00e0 Charleville et \u00e9crit \u00e0 Georges Izambard, le\u00a025\u00a0ao\u00fbt\u00a01870: \u00abJ\u2019ai les F\u00eates galantes\u00a0[&#8230;]. C\u2019est fort bizarre, tr\u00e8s dr\u00f4le; mais vraiment, c\u2019est adorable.\u00bb<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le recueil comprend vingt-deux po\u00e8mes de formes diverses mais tous divis\u00e9s en strophes identiques, \u00e0 l\u2019exception de \u201cl\u2019All\u00e9e\u201d (constitu\u00e9 d\u2019un ensemble continu de quatorze alexandrins aux rimes crois\u00e9es) et de \u201cLettre\u201d (po\u00e8me aux rimes plates compos\u00e9 de cinq strophes d\u2019in\u00e9gale longueur). Les titres de certains textes sugg\u00e8rent, de m\u00eame que celui du recueil, une atmosph\u00e8re festive, par le biais d\u2019activit\u00e9s, d\u2019objets ou de personnages associ\u00e9s au divertissement: \u201cPantomime\u201d, \u201cCort\u00e8ge\u201d, \u201cFantoche\u201d, \u201cMandoline\u201d, \u201cColombine\u201d. Dans l\u2019univers des F\u00eates galantes r\u00e8gnent l\u2019oisivet\u00e9 et les plaisirs: \u201c\u00c0 la promenade\u201d, \u201cEn patinant\u201d, \u201cEn bateau\u201d, \u201cles Indolents\u201d. Un \u00abpaysage choisi\u00bb (\u201cClair de lune\u201d), soigneusement polic\u00e9 et artistement agenc\u00e9\u00a0\u2014 voir aussi \u201cl\u2019All\u00e9e\u201d, \u201cDans la grotte\u201d\u00a0\u2014 sert de cadre \u00e0 ces \u00abf\u00eates\u00bb, \u00abgalantes\u00bb dans la mesure o\u00f9\u00a0\u2014 des titres tels que \u201cCyth\u00e8re\u201d, \u201cl\u2019Amour par terre\u201d ou \u201cColloque sentimental\u201d en t\u00e9moignent\u00a0\u2014 elles sont domin\u00e9es par les jeux du d\u00e9sir et la qu\u00eate du plaisir amoureux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Inspir\u00e9 des peintures de Watteau et de Fragonard, l\u2019univers des F\u00eates galantes rappelle, tant par ses personnages que par ses d\u00e9cors, celui d\u2019un\u00a0XVIIIe si\u00e8cle sensuel, spirituel, libertin, ironique, \u00e9l\u00e9gant, d\u00e9sinvolte. La nature est domestiqu\u00e9e en parcs\u00a0\u2014 pourvus d\u2019avenues, de boulingrins, de bassins, de grottes, de pavillons et de statues\u00a0\u2014 dans lesquels \u00e9voluent des figures dont les noms conventionnels \u00e9voquent les jeux de la Pr\u00e9ciosit\u00e9, par exemple Clitandre dans \u201cPantomime\u201d, Clym\u00e8ne dans \u201cDans la grotte\u201d et \u201c\u00c0 Clym\u00e8ne\u201d, Atys, \u00c9gl\u00e9 et Chloris dans \u201cEn bateau\u201d, ou Tircis et Aminte dans \u201cMandoline\u201d.<\/p>\n<p>Le corps est mis en repr\u00e9sentation, par\u00e9 avec artifice, gr\u00e2ce \u00e0 des masques (\u201cClair de lune\u201d) ou \u00e0 une mouche qui \u00abravive l\u2019\u00e9clat\u00a0[&#8230;] de l\u2019\u0153il\u00bb (\u201cl\u2019All\u00e9e\u201d). V\u00eatements et parures sont somptueux, destin\u00e9s \u00e0 solliciter les regards et \u00e0 aiguiser les d\u00e9sirs: \u00abLes hauts talons luttaient avec les longues jupes, \/ En sorte que, selon le terrain et le vent, \/ Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent \/ Intercept\u00e9s!\u00a0\u2014 Et nous aimons ce jeu de dupes\u00bb (\u201cles Ing\u00e9nus\u201d). Raffin\u00e9, tant dans ce qu\u2019il met en sc\u00e8ne que dans sa facture po\u00e9tique, l\u2019art verlainien se pla\u00eet, l\u2019exemple pr\u00e9c\u00e9dent en t\u00e9moigne, \u00e0 de subtils rejets qui soulignent le sens, non sans humour, et conf\u00e8rent au vers une musicalit\u00e9 particuli\u00e8re. Fr\u00e9quemment \u00e9voqu\u00e9e dans le recueil car elle fait partie de l\u2019environnement coutumier des personnages, la musique fonde aussi le charme et l\u2019originalit\u00e9 de la po\u00e9sie des F\u00eates galantes. Ainsi \u201cSur l\u2019herbe\u201d, faisant fi de toute logique, voire du langage lui-m\u00eame, mime l\u2019euphorie d\u2019un chant suscit\u00e9 par l\u2019ivresse: \u00ab\u2014 Ma flamme&#8230;\u00a0\u2014 Do, mi, sol, la, si.\/\u00a0[&#8230;]\u00a0\u2014 Messieurs, eh bien? \/\u00a0\u2014 Do, mi, sol.\u00a0\u2014 H\u00e9! bonsoir, la Lune!\u00bb Ailleurs, ce sont la vari\u00e9t\u00e9, le caract\u00e8re inhabituel et la bri\u00e8vet\u00e9 des m\u00e8tres, cette derni\u00e8re entra\u00eenant un retour rapide de la rime et de nombreux rejets, qui engendrent une m\u00e9lodie in\u00e9dite et typiquement verlainienne: \u00abArlequin aussi \/ Cet aigrefin si \/ Fantasque \/ Aux costumes fous, \/ Ses yeux luisant sous \/ Son masque\u00bb (\u201cColombin\u201d). L\u2019utilisation fr\u00e9quente de l\u2019assonance et de l\u2019allit\u00e9ration contribue \u00e9galement \u00e0 la musicalit\u00e9, souvent ludique, du vers: \u00abEt filons!\u00a0\u2014 et bient\u00f4t Fanchon \/ Nous fleurira\u00a0\u2014 quoi qu\u2019on caquette!\u00bb (\u201cEn patinant\u201d).<\/p>\n<p>Le comportement des personnages qui peuplent les F\u00eates galantes est cod\u00e9 et \u00e9tudi\u00e9 (\u00abAvec mille fa\u00e7ons et mille aff\u00e9teries\u00bb, \u201cl\u2019All\u00e9e\u201d). Le para\u00eetre est savamment orchestr\u00e9 et appelle un d\u00e9cryptage sur ce th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u2014 nombreuses sont d\u2019ailleurs les r\u00e9f\u00e9rences aux personnages de la commedia dell\u2019arte\u00a0\u2014 du badinage \u00e9rotique: \u00abOn est puni par un regard tr\u00e8s sec, \/ Lequel contraste, au demeurant, avec \/ La moue assez cl\u00e9mente de la bouche\u00bb (\u201c\u00c0 la promenade\u201d). Toujours teint\u00e9 d\u2019un l\u00e9ger humour\u00a0\u2014 ainsi, \u00abun baiser sur l\u2019extr\u00eame phalange \/ Du petit doigt\u00bb est une chose \u00abimmens\u00e9ment excessive et farouche\u00bb dans \u201c\u00c0 la promenade\u201d\u00a0\u2014, le marivaudage se fait parfois plus audacieux, sinon parodique, par exemple lorsqu\u2019une belle, \u00abgant\u00e9e avec art\u00bb et drap\u00e9e dans sa \u00ablourde robe\u00bb attire l\u2019\u00abinsolent suffrage\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire attise le br\u00fblant et sauvage d\u00e9sir de ses compagnons familiers, un singe et un n\u00e9grillon. Dans \u201cles Coquillages\u201d, le jeu de la m\u00e9taphore pr\u00e9cieuse, qui associe les coquillages d\u2019une grotte \u00e0 diverses parties du corps de l\u2019amante, se termine par une chute o\u00f9 se m\u00ealent humour, galanterie et \u00e9rotisme: \u00abMais un, entre autres, me troubla.\u00bb<\/p>\n<p>La fantaisie du recueil, son aspect badin, voire anodin, ne sauraient masquer la pr\u00e9sence d\u2019une tristesse qui y imprime comme un voile permanent. Ainsi, le premier po\u00e8me invite d\u00e9j\u00e0 \u00e0 rep\u00e9rer un d\u00e9calage ou une discordance au sein de la voix qui chante, \u00e0 percevoir une d\u00e9tresse exprim\u00e9e en sourdine derri\u00e8re l\u2019apparence: \u00abTout en chantant sur le mode mineur \/ L\u2019amour vainqueur et la vie opportune, \/ Ils n\u2019ont pas l\u2019air de croire \u00e0 leur bonheur \/ Et leur chanson se m\u00eale au clair de lune\u00bb (\u201cClair de lune\u201d). Certes, l\u2019amour et le bonheur sont offerts mais leur appropriation ne s\u2019effectue pas pleinement. Toujours balanc\u00e9e au rythme d\u2019un \u00absouffle berceur\u00bb (\u201cEn sourdine\u201d), soumise \u00e0 des principes contradictoires et traduite volontiers par des images oxymoriques, l\u2019exp\u00e9rience verlainienne ressemble \u00e0 ces jets d\u2019eau que l\u2019on voit \u00absangloter d\u2019extase\u00bb d\u00e8s le po\u00e8me initial.<\/p>\n<p>Le plaisir est ins\u00e9parable d\u2019une m\u00e9lancolie inspir\u00e9e sans doute par la conscience du caract\u00e8re provisoire et p\u00e9rissable de toute chose. Ainsi le d\u00e9cor m\u00eame des F\u00eates galantes para\u00eet parfois fragile, menac\u00e9. Dans \u201c\u00c0 la promenade\u201d, par exemple, les adjectifs conf\u00e8rent avec insistance au d\u00e9cor une inqui\u00e9tante pr\u00e9carit\u00e9\u00a0\u2014 \u00abLe ciel si p\u00e2le et les arbres si gr\u00eales\u00bb\u00a0\u2014 qui le porte au bord de l\u2019\u00e9vanescence. Les derniers po\u00e8mes des F\u00eates galantes confirment et aggravent cette impression d\u2019angoisse, sensible d\u00e8s \u201cClair de lune\u201d et perceptible dans divers autres textes. L\u2019\u00abexquise mort\u00bb, qui consisterait, pour les amants, \u00e0 mourir d\u2019amour ensemble, est trait\u00e9e, dans \u201cles Indolents\u201d, sur un mode franchement comique; elle ne s\u2019accomplit pas puisque les protagonistes \u00abEurent l\u2019inexpiable tort \/ D\u2019ajourner une exquise mort. \/ Hi! hi! hi! les amants bizarres.\u00bb Ce po\u00e8me, iconoclaste en ce qu\u2019il d\u00e9sacralise le sentiment, semble pr\u00e9figurer \u201cl\u2019Amour par terre\u201d qui dit peu apr\u00e8s, sur un mode grave, la destruction de l\u2019Amour dont \u00able vent de l\u2019autre nuit a jet\u00e9 bas\u00bb la statue: l\u2019exclamation \u00abOh! c\u2019est triste!\u00bb vient \u00e0 deux reprises souligner le caract\u00e8re douloureux du spectacle. Cette fois, le rire n\u2019est plus de mise et tout se passe comme si l\u2019univers des F\u00eates galantes, un moment surgi du n\u00e9ant, des temps anciens et de l\u2019imagination du po\u00e8te, s\u2019abolissait \u00e0 tout jamais. Dans le dernier po\u00e8me, \u201cColloque sentimental\u201d, le parc est d\u00e9sormais \u00absolitaire et glac\u00e9\u00bb. Les personnages ne sont plus que \u00abdeux formes\u00bb fantomatiques, \u00abdeux spectres\u00bb: \u00abLeurs yeux sont morts et leurs l\u00e8vres sont molles, \/ Et l\u2019on entend \u00e0 peine leurs paroles.\u00bb Le recueil choisit de se clore sur cette parole qui s\u2019an\u00e9antit et sur une note d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e: \u00abL\u2019espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.\u00bb La magie et les mirages des F\u00eates galantes ne sauraient masquer, dans la po\u00e9sie de Verlaine, la \u00abvoix\u00a0[du] d\u00e9sespoir\u00bb (\u201cEn sourdine\u201d).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-219","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/219","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}