{"id":207,"date":"2026-07-25T10:11:11","date_gmt":"2026-07-25T08:11:11","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=207"},"modified":"2026-07-25T10:11:11","modified_gmt":"2026-07-25T08:11:11","slug":"en-rade","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=en-rade","title":{"rendered":"En rade"},"content":{"rendered":"<p>En rade<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>EN RADE. Roman de Charles Marie Georges, dit Joris-Karl Huysmans (1848-1907), publi\u00e9 \u00e0 Paris en feuilleton dans la Revue ind\u00e9pendante en novembre 1886, et en volume chez Tresse et Stock en 1887.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par les s\u00e9jours de Huysmans \u00e0 Lourps avec sa ma\u00eetresse Anna Meunier. De nombreux articles ont salu\u00e9 cette publication mais le roman eut peu de succ\u00e8s. En rade applique de fa\u00e7on plus aride encore qu\u2019\u00e0 \u00c0 rebours une technique narrative fond\u00e9e sur la description et l\u2019introspection.<\/p>\n<p>Synopsis<br \/>\nJacques Marle et sa femme Louise, atteinte d\u2019une maladie myst\u00e9rieuse, se r\u00e9fugient apr\u00e8s une faillite chez leur oncle dans le petit village de Lourps. Le paysage et le ch\u00e2teau en ruine angoissent Jacques (chap.\u00a01), qui, la premi\u00e8re nuit, r\u00eave d\u2019une jeune fille impub\u00e8re offerte \u00e0 la concupiscence d\u2019un vieux roi (2). Le jour venu, le ch\u00e2teau se r\u00e9v\u00e8le moins sinistre. Jacques tente de comprendre son r\u00eave qu\u2019il rapproche de l\u2019histoire d\u2019Esther et d\u2019Assu\u00e9rus (3). La nuit suivante, le couple est r\u00e9veill\u00e9 par leur oncle car la vache met bas, sc\u00e8ne qui d\u00e9go\u00fbte les deux citadins. \u00c0 cause de l\u2019isolement, le couple est confront\u00e9 aux difficult\u00e9s d\u2019approvisionnement (4). Jacques fait un nouveau r\u00eave: il se prom\u00e8ne avec sa femme sur la Lune (5). Cependant, une nouvelle crise nerveuse terrasse Louise et chacun des \u00e9poux se rend compte des faiblesses de l\u2019autre (6). Ils n\u2019ont presque plus d\u2019argent. Un dimanche, Jacques accompagne l\u2019oncle au village o\u00f9 il prend conscience de la vulgarit\u00e9 et de la laideur des paysans (7). L\u2019oncle et la tante essaient de les gruger. Louise devant la mis\u00e8re et la mesquinerie de ses parents s\u2019aigrit. Pendant les moissons, la chaleur insoutenable accentue le malaise (8). Les conditions de vie sont de plus en plus insupportables. Seul un vieux chat distrait le couple (9). Jacques fait un nouveau r\u00eave \u00e9trange (10). Le jour il se prom\u00e8ne vers l\u2019\u00e9glise et dans les champs, s\u2019\u00e9loignant ainsi de Louise (11). Le couple attend une rentr\u00e9e d\u2019argent pour partir. Une nuit, le chat meurt dans une crise de paralysie dont les sympt\u00f4mes rappellent la maladie de Louise (12). Le couple s\u2019en va enfin, d\u00e9chir\u00e9 et \u00e9c\u0153ur\u00e9 (13).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Ce roman se d\u00e9veloppe principalement autour de trois axes. L\u2019axe descriptif qui occupe une bonne part du roman est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vocation du monde paysan, o\u00f9 les st\u00e9r\u00e9otypes de la vie rurale sont syst\u00e9matiquement ridiculis\u00e9s: la blondeur des bl\u00e9s n\u2019est plus que \u00abcouleur d\u2019orge sale\u00bb (chap.\u00a08), la saillie d\u2019une vache n\u2019est plus \u00abqu\u2019un amas de deux sortes de viande qu\u2019on battait, qu\u2019on empilait\u00bb. \u00c0 cette nature grotesque, Huysmans oppose la machine et l\u2019artifice: \u00abCombien ce tableau \u201cdes moissons\u201d semblait mesquin en face d\u2019une sc\u00e8ne d\u2019usine ou d\u2019un ventre de paquebot \u00e9clair\u00e9 par des feux de forge!\u00bb (chap.\u00a08).<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me axe est analytique avec l\u2019\u00e9bauche d\u2019une th\u00e9orie du r\u00eave imm\u00e9diatement associ\u00e9e \u00e0 une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l\u2019esprit et aux maladies psychiques. Par l\u00e0, Huysmans insiste sur un point que les naturalistes ont n\u00e9glig\u00e9: hant\u00e9 par l\u2019influence d\u2019une existence suprasensible sur les fonctions du corps, il tente ici de d\u00e9terminer les liens qui unissent corps et esprit. Le r\u00eave, dans ce roman, n\u2019est pas pr\u00e9monitoire et ne semble pas se nourrir d\u2019\u00e9v\u00e9nements de la vie diurne; il est un parfait surgissement de l\u2019inconscient que Huysmans traite avec un ind\u00e9niable brio stylistique. Trois r\u00eaves ponctuent le r\u00e9cit: le r\u00eave d\u2019Assu\u00e9rus (chap.\u00a03), celui de la Lune (chap.\u00a05) et celui des tours de Saint-Sulpice (chap.\u00a010). Ces deux derniers r\u00eaves ne sont pas introduits narrativement: ils occupent tout un chapitre sans annonce pr\u00e9liminaire et semblent continuer sans rupture le fil narratif. Du premier (qui \u00e9voque la technique picturale de Gustave Moreau) au troisi\u00e8me r\u00eave (qui ferait plut\u00f4t penser \u00e0 J\u00e9r\u00f4me Bosch), on note une progressive d\u00e9construction du langage, le dernier r\u00eave pouvant \u00eatre rapproch\u00e9 de la technique de l\u2019\u00e9criture automatique. Ces trois r\u00eaves expriment la m\u00eame obsession sexuelle, du rut sanglant \u00e0 la st\u00e9rilit\u00e9 jusqu\u2019aux pratiques d\u00e9moniaques et sodomites, et ne sont pas sans rapport avec les pr\u00e9occupations conscientes de Jacques concernant sa propre vie amoureuse et sur ses propres angoisses: interrogation sur les myst\u00e8res sexuels li\u00e9s \u00e0 la femme (le motif de la menstruation revient constamment) et r\u00e9flexion sur les tourments existentiels, tristesses et maladies nerveuses. Ce constat d\u00e9sesp\u00e9rant sur la vie de couple pourrait constituer le troisi\u00e8me axe du roman: la femme dans le couple est per\u00e7ue comme source de d\u00e9ch\u00e9ance, de mesquinerie et comme un fardeau que l\u2019on porte irr\u00e9m\u00e9diablement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>H.\u00a0V\u00c9DRINE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-207","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/207","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=207"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}