{"id":185,"date":"2026-07-25T08:51:30","date_gmt":"2026-07-25T06:51:30","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=185"},"modified":"2026-07-25T08:51:30","modified_gmt":"2026-07-25T06:51:30","slug":"le-mentir-vrai","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-mentir-vrai","title":{"rendered":"le Mentir-vrai"},"content":{"rendered":"<p>Mentir-vrai (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MENTIR-VRAI (le). Recueil de nouvelles de Louis Aragon (1897-1982), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1980.<\/p>\n<p>Compos\u00e9 de quatorze textes r\u00e9unis sous le titre Servitude et Grandeur des Fran\u00e7ais\u00a0\u2014 Sc\u00e8nes des ann\u00e9es terribles\u00a0\u2014 Nouvelles in\u00e9dites (les deux premi\u00e8res parties, rassemblant sept brefs r\u00e9cits de R\u00e9sistance, ayant paru tout d\u2019abord \u00e0 la Biblioth\u00e8que fran\u00e7aise en\u00a01945) pour le tome\u00a0IV des \u0152uvres romanesques crois\u00e9es d\u2019Aragon et d\u2019Elsa Triolet (1964), le recueil s\u2019est augment\u00e9 de quatorze autres nouvelles et a vu son ordonnancement modifi\u00e9 pour l\u2019\u00e9dition de\u00a01980. Pla\u00e7ant notamment en ouverture le texte qui servait de finale en\u00a01964\u00a0\u2014 \u00able Mentir-vrai\u00bb\u00a0\u2014, la nouvelle \u00e9dition transformait son titre, et son sens: non plus recueil achev\u00e9 sur un \u00abart romanesque\u00bb, mais qu\u00eate et enqu\u00eate m\u00ealant l\u2019\u00e9criture \u00e0 sa propre r\u00e9flexion, dans la logique de la \u00abtroisi\u00e8me p\u00e9riode\u00bb de la cr\u00e9ation aragonienne (voir Blanche ou l\u2019Oubli; Henri Matisse, roman).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les\u00a040 pages du \u00abMentir-vrai\u00bb o\u00f9 les souvenirs d\u2019enfance sont \u00e9voqu\u00e9s pour exhiber la d\u00e9formation f\u00e9conde que leur fait subir l\u2019\u00e9criture, \u00able Cahier noir\u00bb (1923) est un discours sur l\u2019amour extrait de la surr\u00e9aliste D\u00e9fense de l\u2019infini (voir le Con d\u2019Ir\u00e8ne) auquel vient r\u00e9pondre \u00able Mauvais Plaisant\u00bb (1926), description lyrique du noctambulisme. Paru dans l\u2019Humanit\u00e9 du\u00a02\u00a0ao\u00fbt\u00a01933, le conte pol\u00e9mique \u00abla Sainte Russie\u00bb (les r\u00e9volutions vues au travers d\u2019une aristocrate futile) marque, comme le v\u00e9ritable manifeste contre la po\u00e9sie \u00abbourgeoise\u00bb de \u00abla Souris rouge\u00bb (Commune,\u00a015\u00a0octobre\u00a01933), l\u2019engagement communiste de leur auteur. Avec \u00abUn roman commence sous vos yeux\u00bb (Europe, mai 1937) repara\u00eet l\u2019explication de la cr\u00e9ation par elle-m\u00eame, t\u00e9moignant de ce qu\u2019un tel souci appara\u00eet chez Aragon bien avant les ann\u00e9es soixante.<\/p>\n<p>Les\u00a07 nouvelles de Servitude et Grandeur des Fran\u00e7ais &#8211; Sc\u00e8nes des ann\u00e9es terribles constituent ensuite un v\u00e9ritable ensemble, o\u00f9 la cruelle machinerie du r\u00e9cit bref favorise la peinture de l\u2019occupation. Premier chapitre d\u2019un roman \u00aben cours\u00bb publi\u00e9 dans les Lettres fran\u00e7aises du\u00a05\u00a0janvier\u00a01956 (qui deviendra apr\u00e8s bien des transformations la Semaine sainte), \u00ables Rendez-vous romains\u00bb (du sculpteur David d\u2019Angers et de la duchesse de Brunswick) introduisent dans le recueil la question de la gen\u00e8se d\u2019un texte.<\/p>\n<p>De \u00abChproumpph\u00bb \u00e0 \u00abla Valse des adieux\u00bb\u00a0\u2014 texte de\u00a01972 paru significativement dans le dernier num\u00e9ro des Lettres fran\u00e7aises qu\u2019Aragon dirigeait\u00a0\u2014, quatorze textes forment alors une section o\u00f9 alternent sc\u00e8nes \u00abde genre\u00bb (\u00abPr\u00e9natalit\u00e9\u00bb; \u00abl\u2019Inconnue du printemps\u00bb; \u00abHistoire de Fred et de Roberto\u00bb), humour politico-social (\u00abla Machine \u00e0 tuer le temps\u00bb; \u00abDamien ou les Confidences\u00bb), r\u00e9cits dont le caract\u00e8re quasi fantastique na\u00eet de la seule perturbation de l\u2019\u00e9criture (\u00able Feu mis\u00bb; \u00abl\u2019Aveugle\u00bb; \u00abTuer n\u2019est pas jouer\u00bb; \u00abMini mini mi\u00bb), enfin des textes absolument inclassables (\u00ables Histoires\u00bb; \u00able Contraire-dit\u00bb; \u00abla Valse des adieux\u00bb) qui tressent la fiction, l\u2019aveu et le discours critique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Dans un d\u00e9sordre compos\u00e9 respectant presque la chronologie, le recueil r\u00e9unit diverses formes br\u00e8ves qui ne r\u00e9pondent pas toutes \u00e0 une stricte d\u00e9finition de la nouvelle, montrant la richesse des moyens du po\u00e8te-romancier et permettant de lire, surtout, les \u00e9tapes de son itin\u00e9raire esth\u00e9tique: surr\u00e9alisme, r\u00e9alisme, r\u00e9alisme \u00absans rivage\u00bb de la fin. \u00c0 la fois prot\u00e9iforme et unitaire, une telle \u00e9volution se traduit dans une perp\u00e9tuelle recherche, dont la mise en rapport du \u00abmentir-vrai\u00bb et du \u00abcontraire-dit\u00bb, par exemple, t\u00e9moigne qu\u2019elle met en jeu la compr\u00e9hension du monde et l\u2019invention de soi. Comme pour les romans du cycle du \u00abMonde r\u00e9el\u00bb\u00a0\u2014 voir par exemple les Voyageurs de l\u2019imp\u00e9riale\u00a0\u2014 ou les autres\u00a0\u2014 de la Mise \u00e0 mort \u00e0 Th\u00e9\u00e2tre\/Roman\u00a0\u2014, la d\u00e9limitation entre les textes r\u00e9f\u00e9rentiels et ceux qui questionnent leur \u00e9criture s\u2019effondre.<\/p>\n<p>Dans certains r\u00e9cits de R\u00e9sistance, l\u2019auteur se contente de jouer des possibilit\u00e9s du genre de la nouvelle (renversement en coup de th\u00e9\u00e2tre pour \u00able Mouton\u00bb ou \u00able Collaborateur\u00bb, s\u00e9cheresse brutale de \u00abLe droit romain n\u2019est plus\u00bb d\u00e9crivant le conflit entre la loi morale et la conception nazie d\u2019un droit mall\u00e9able selon les circonstances). Mais le caract\u00e8re militant des \u00abRencontres\u00bb: (\u00abEt quand il y en a un de tomb\u00e9, il faut que dix autres se l\u00e8vent\u00bb), ou des \u00abJeunes Gens\u00bb de conditions sociales oppos\u00e9es et que l\u2019Histoire fait se r\u00e9unir, s\u2019associe \u00e0 des pauses discursives qui \u00e9l\u00e8vent la r\u00e9flexion \u00e0 la hauteur du po\u00e8me: \u00abS\u2019il y avait quelque chose de commun entre ces trois gar\u00e7ons&#8230; Mais je suis l\u00e0 comme un vannier qui fait ses tresses, et il y a une paille pourrie qui plie entre deux brins plus forts, et c\u2019est lassant ce jeu qui entrelace trois destins s\u00e9par\u00e9s, ce n\u2019est pas un jeu pourtant: vous ne pouvez pas voir comme moi le barreau de chaise o\u00f9 se fixent les joncs, vous ne voyez pas l\u2019horizon o\u00f9 se confondent un instant trois regards&#8230; Vous ne voyez pas le sang qui a la m\u00eame couleur pour tous.\u00bb<\/p>\n<p>En sens inverse, dans un texte comme \u00abla Machine \u00e0 tuer le temps\u00bb, le plaisir d\u2019abord presque gratuit de l\u2019\u00e9criture (description de la \u00abcarri\u00e8re\u00bb d\u2019un gigolo, faux prince polonais, dans une petite ville de province qu\u2019il repeuple vaillamment&#8230;) laisse transpara\u00eetre peu \u00e0 peu l\u2019actualit\u00e9 politique des ann\u00e9es cinquante, puis une v\u00e9ritable r\u00e9flexion sur le temps qui \u00abreste en travers de la gorge\u00bb, pour s\u2019achever sur un douloureux appel: \u00abLes couleurs, on en est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9-couleurs. S\u2019il pouvait faire une bonne fois tout noir, \u00e0 tout jamais tout noir&#8230;\u00bb La juxtaposition ici des deux phrases, leur tension entre trivialit\u00e9 et trag\u00e9die sont embl\u00e9matiques de tout le livre: dans \u00abPr\u00e9natalit\u00e9\u00bb\u00a0\u2014 une enfant de treize ans semant le scandale dans un magasin pour femmes enceintes\u00a0\u2014, ou \u00abHistoire de Fred et Roberto\u00bb\u00a0\u2014 comment une jeune fille peut se faire une place sur une plage noire de monde\u00a0\u2014, la d\u00e9rision des th\u00e8mes r\u00e9v\u00e8le le d\u00e9risoire et l\u2019absurdit\u00e9 de l\u2019existence, pr\u00e9figurant la magistrale et bouleversante le\u00e7on de d\u00e9sespoir de \u00abla Valse des adieux\u00bb. De la m\u00eame fa\u00e7on, l\u2019attention port\u00e9e au \u00abbavardage\u00bb (\u00abl\u2019Inconnue du printemps\u00bb) r\u00e9v\u00e8le, comme dans \u00abPr\u00e9natalit\u00e9\u00bb, mais aussi Blanche ou l\u2019Oubli, sous l\u2019\u00e9volution de la langue, les questions du temps et de la mort: \u00ab\u00d4 vocabulaire des ann\u00e9es soixante-dix\u00a0[&#8230;]. Donne-moi la main, discours \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui ne sera point perp\u00e9tu\u00e9 par les inscriptions tombales, histoire de traverser le temps \u00e0 pieds joints avec ce visage que j\u2019ai dramatiquement pour en finir, et l\u2019air d\u2019en rire.\u00bb Sous le masque de l\u2019humour grin\u00e7ant perce ainsi, dans toutes les derni\u00e8res nouvelles, un regard sur le non-sens que d\u00e9veloppent particuli\u00e8rement \u00abl\u2019Aveugle\u00bb ou \u00able Feu mis\u00bb\u00a0\u2014 le caract\u00e8re kafka\u00efen de ce r\u00e9cit renvoyant d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019interrogatoire courtelinesque des \u00abBons Voisins\u00bb, dans les nouvelles de R\u00e9sistance. Avec \u00abMini mini mi\u00bb notamment, seul le jeu du langage fonde la fable, prenant au pied de la lettre l\u2019expression \u00ab\u00eatre \u00e0 croquer\u00bb (\u00abJe vais te manger, dit-il et tint parole\u00bb), pour parvenir \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9rotisme et l\u2019\u00e9criture comme \u00abacc\u00e8s des possibilit\u00e9s futures\u00bb, \u00abind\u00e9finissable d\u00e9fi\u00bb, que le Mentir-vrai, miroir de toute l\u2019\u0153uvre, incarne.<\/p>\n<p>Renvoyant aussi \u00e0 une existence qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sans susciter les pires pol\u00e9miques, et dont \u00abla Valse des adieux\u00bb dresse un bilan qu\u2019il faudrait apprendre \u00e0 lire, le Mentir-vrai met en sc\u00e8ne, dans l\u2019incomparable musicalit\u00e9 d\u2019une langue, les questions de la cr\u00e9ation, de la personne, et de l\u2019Histoire. Il donne ainsi acc\u00e8s \u00e0 la compr\u00e9hension d\u2019un itin\u00e9raire dont la complexit\u00e9 et les ambigu\u00eft\u00e9s naissent d\u2019abord de l\u2019ambition d\u2019embrasser tout le r\u00e9el et d\u2019\u00e9pouser la vie dans tous ses paradoxes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>O.\u00a0BARBARANT<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-185","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/185","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=185"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}