{"id":174,"date":"2026-07-25T08:18:21","date_gmt":"2026-07-25T06:18:21","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=174"},"modified":"2026-07-25T08:18:21","modified_gmt":"2026-07-25T06:18:21","slug":"les-fleurs-bleues","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=les-fleurs-bleues","title":{"rendered":"les Fleurs bleues"},"content":{"rendered":"<p>Fleurs bleues (les)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FLEURS BLEUES (les). Roman de Raymond Queneau (1903-1976), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1965.<\/p>\n<p>Si le principe des rimes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un roman est au c\u0153ur de l\u2019esth\u00e9tique cr\u00e9ative de Queneau, il en va de m\u00eame d\u2019un roman \u00e0 l\u2019autre, comme si, depuis le Chiendent, l\u2019\u00e9crivain n\u2019en avait jamais fini d\u2019encha\u00eener les figures du d\u00e9doublement. Les Fleurs bleues n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 cette r\u00e8gle: les formes de la duplicit\u00e9 \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 nombreuses dans Zazie, elles le sont davantage dans ce p\u00e9nulti\u00e8me roman. Multipliant d\u2019ailleurs les indices du d\u00e9doublement, Queneau a pris soin, d\u00e8s le Pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer, d\u2019en signaler le m\u00e9canisme, abandonnant au lecteur le plaisir d\u2019en tenter l\u2019impossible (?) d\u00e9montage: \u00abOn conna\u00eet le c\u00e9l\u00e8bre apologue chinois: Tchouang-tseu r\u00eave qu\u2019il est un papillon, mais n\u2019est-ce point le papillon qui r\u00eave qu\u2019il est Tchouang-tseu? De m\u00eame dans ce roman, est-ce le duc d\u2019Auge qui r\u00eave qu\u2019il est Cidrolin ou Cidrolin qui r\u00eave qu\u2019il est le duc d\u2019Auge?\u00bb Racontant donc deux histoires entrelac\u00e9es mettant en sc\u00e8ne deux personnages qui n\u2019en forment peut-\u00eatre qu\u2019un, les Fleurs bleues pr\u00e9sentent sous une apparence burlesque (rien n\u2019emp\u00eache d\u2019en faire une lecture simplement fac\u00e9tieuse), la m\u00eame volont\u00e9 de construire une architecture raisonn\u00e9e, fond\u00e9e sur l\u2019alternance et la sym\u00e9trie, sauf que, l\u00e0 o\u00f9 dans certains romans ant\u00e9rieurs elle \u00e9tait effac\u00e9e, la proc\u00e9dure est rendue ici \u00e0 la fois manifeste et prolif\u00e9rante, contaminant aussi bien la structure d\u2019ensemble que la th\u00e9matique; de sorte que les fleurs dont il est question dans le titre sont sans doute autant celles de la rh\u00e9torique que celles du c\u0153ur. Elles forment en tout cas un bouquet savant, les Fleurs bleues mettant en question aussi bien l\u2019\u00e9criture, le r\u00eave, la science et surtout l\u2019Histoire, puisque lorsqu\u2019il publiera Une histoire mod\u00e8le (1966), r\u00e9flexion th\u00e9orique sur les cycles historiques, Queneau en parlera comme d\u2019un \u00absuppl\u00e9ment d\u2019information\u00bb \u00e0 verser au dossier des Fleurs bleues.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Du donjon de son ch\u00e2teau, le duc d\u2019Auge contemple la situation historique: en cette ann\u00e9e\u00a01264, elle est plut\u00f4t floue. M\u00e9lancolique, il d\u00e9cide donc de voyager hors de son pays o\u00f9 la boue est faite de fleurs bleues. Rencontrant saint Louis lors d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 Paris, il refuse de participer \u00e0 une croisade et s\u2019appr\u00eate \u00e0 subir l\u2019assaut des troupes royales. En attendant, il discute avec son chapelain du langage des animaux, de l\u2019Histoire universelle et des r\u00eaves; or le duc r\u00eave de p\u00e9niche et de sieste. Du pont de sa p\u00e9niche amarr\u00e9e pr\u00e8s d\u2019un camping, o\u00f9 il se livre \u00e0 son activit\u00e9 essentielle, la sieste, Cidrolin r\u00eave. Outre l\u2019absorption d\u2019essence de fenouil, sa seule occupation consiste \u00e0 repeindre sa cl\u00f4ture souill\u00e9e par des graffitis injurieux. On retrouve le duc cent soixante-quinze ans plus tard, en\u00a01439. Auge s\u2019entretient, avec son chapelain, de son ami Gilles de Rais dont il se pr\u00e9pare \u00e0 aller demander au roi la gr\u00e2ce. Il ach\u00e8te aussi des canons, participe \u00e0 une conspiration contre le souverain, va \u00e0 la chasse et trouve refuge dans une chaumi\u00e8re o\u00f9 il joue toute la nuit avec la fille d\u2019un b\u00fbcheron. Apr\u00e8s le mariage de sa fille Lam\u00e9lie, Cidrolin, qui n\u2019a plus personne pour tenir la p\u00e9niche, trouve en Lalix sa nouvelle gouvernante, fille de b\u00fbcheron, une oreille peu complaisante pour \u00e9couter le r\u00e9cit de ses r\u00eaves: elle trouve mal \u00e9lev\u00e9 qu\u2019on les raconte. En\u00a01614, Auge s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019alchimie: faute de d\u00e9couvrir la pierre philosophale, son alchimiste Timoleo Timolei met au point l\u2019essence de fenouil, une boisson ap\u00e9ritive. En\u00a01789, Sth\u00e8ne, le cheval du duc qui est dou\u00e9 de parole, proph\u00e9tise la R\u00e9volution, mais Auge ne se pr\u00e9occupe que de la date de la cr\u00e9ation du monde et s\u2019en va dans le P\u00e9rigord sur les traces des pr\u00e9adamites. Apr\u00e8s avoir visit\u00e9 quelques grottes et discut\u00e9 de la qualit\u00e9 des peintures rupestres, le duc, apprenant la prise de la Bastille, s\u2019enfuit en Espagne o\u00f9 il est re\u00e7u par le comte Altaviva. Ayant contract\u00e9 la fi\u00e8vre apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la nuit \u00e0 guetter vainement le graffitomane, Cidrolin est soign\u00e9 par Lalix et re\u00e7oit la visite de sa fille Lam\u00e9lie qui rentre du P\u00e9rigord.\u00a01964: Cidrolin, gu\u00e9ri, repeint sa cl\u00f4ture lorsqu\u2019il est interpell\u00e9 par Auge et ses amis venus visiter Paris et qui recherchent un camping. Celui-ci \u00e9tant ferm\u00e9, tout le monde s\u2019installe pour la nuit sur la p\u00e9niche. Le lendemain, pendant que les invit\u00e9s sont en ville, Cidrolin fait la sieste; elle est sans r\u00eave. Le duc qui s\u2019est propos\u00e9 de pourchasser le graffitomane capture l\u2019ex-gardien du camping, Labal, qui, pour se disculper, pr\u00e9tend que Cidrolin est en fait le v\u00e9ritable responsable des inscriptions. Lalix, d\u00e9pit\u00e9e, s\u2019en va, mais Cidrolin r\u00e9ussit \u00e0 la convaincre de revenir aupr\u00e8s de lui. Le lendemain matin, les chevaux du duc ayant \u00e9t\u00e9 embarqu\u00e9s sur la p\u00e9niche, ainsi que de nouveaux venus, Auge rompt les amarres et prend la barre. Tandis que le canot o\u00f9 sont mont\u00e9s Lalix et Cidrolin rejoint la rive, la p\u00e9niche s\u2019\u00e9loigne: elle finira par s\u2019\u00e9chouer apr\u00e8s des jours et des jours de pluie sur le sommet d\u2019un donjon au pied duquel, parmi la vase, poussent de petites fleurs bleues.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Si le principe de composition du roman, l\u2019alternance, nous est donn\u00e9 d\u2019embl\u00e9e par le Pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer et l\u2019\u00e9pigraphe tir\u00e9e de Platon: \u00abOnar anti oneiratos\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00abr\u00eave pour r\u00eave\u00bb, sous quelque angle qu\u2019on l\u2019aborde, ce roman ne laisse d\u2019\u00eatre d\u00e9routant et \u00e9veille plus d\u2019incertitudes que d\u2019assurances. Certes, ce qui frappe d\u2019embl\u00e9e, c\u2019est le caract\u00e8re burlesque des personnages et du ton: Auge, truculente baderne batailleuse, est une caricature du h\u00e9ros de roman de cape et d\u2019\u00e9p\u00e9e, tandis que Cidrolin, l\u2019anti-h\u00e9ros abusant dans le farniente d\u2019essence de fenouil, se rattache manifestement \u00e0 l\u2019univers suburbain des romans de Queneau (voir Pierrot mon ami ou le Dimanche de la vie), le contraste que forment leurs vies parall\u00e8les contribuant pour une part non n\u00e9gligeable au plaisir de la lecture. Parall\u00e8lement, de la bonne humeur sous forme de calembours, de bons mots, de cocasseries verbales (la premi\u00e8re page constitue en cela un floril\u00e8ge des jeux de mots les plus \u00e9cul\u00e9s) et de canulars assure l\u2019unit\u00e9 de ton du r\u00e9cit. C\u2019est \u00e9videmment \u00e0 Rabelais que l\u2019on songe: comme dans Pantagruel, l\u2019histoire ne para\u00eet qu\u2019un pr\u00e9texte \u00e0 \u00abfanfreluches antidot\u00e9es\u00bb et joyeuses calembredaines; comme dans Gargantua, l\u2019inscription inaugurale du texte, ici les premi\u00e8res pages, semble un avertissement au lecteur: nul n\u2019entre dans les Fleurs bleues s\u2019il n\u2019est pr\u00eat \u00e0 jouer avec les mots. Mais le d\u00e9cor y est trop manifestement artificiel, trop agressivement indigent pour ne pas cacher un envers. C\u2019est d\u2019ailleurs tout le sens d\u2019une remarque d\u2019Auge: \u00abTant d\u2019histoires pour quelques calembours, pour quelques anachronismes, je trouve cela mis\u00e9rable. On n\u2019en sortira donc jamais?\u00bb Or, chemin faisant, se multiplient les indices d\u2019un plus haut sens, qui, comme chez Rabelais encore, se d\u00e9fend de l\u2019esprit de s\u00e9rieux et en d\u00e9gonfle les pr\u00e9tentions. Ainsi en va-t-il du syst\u00e8me de collages, r\u00e9f\u00e9rences et citations d\u00e9tourn\u00e9es qui sous-tend l\u2019ensemble du r\u00e9cit: qu\u2019ils appartiennent \u00e0 la culture \u00abclassique\u00bb (on reconna\u00eet un vers de \u201cMoesta et errabunda\u201d dans \u00abici la boue est faite de nos fleurs\u00bb, mais outre Baudelaire, le roman emprunte \u00e0 Rabelais, Verlaine, Apollinaire, Lewis Carroll, etc.) ou, par autoparodie, \u00e0 l\u2019\u0153uvre m\u00eame de Queneau (et surtout Zazie), ces collages, ou r\u00e9\u00e9nonciations concourent de toute \u00e9vidence \u00e0 l\u2019effet comique tout en d\u00e9non\u00e7ant par leur caract\u00e8re fig\u00e9 les bouffissures de la litt\u00e9rature. Mais ils permettent \u00e9galement, par effet de miroir, d\u2019inscrire le th\u00e8me de la dualit\u00e9 au c\u0153ur m\u00eame du roman, puisque celui-ci est tout entier fond\u00e9 sur la r\u00e9p\u00e9tition; et enfin d\u2019accro\u00eetre par anachronisme la confusion sur la temporalit\u00e9 dans un r\u00e9cit o\u00f9 le temps est \u00e0 la fois surd\u00e9termin\u00e9 et brouill\u00e9. C\u2019est un principe analogue, oscillant entre effet comique et indice d\u2019une probl\u00e9matique philosophique, qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre avec le motif de l\u2019essence de fenouil. Abondamment absorb\u00e9e, comme le vin dans l\u2019\u0153uvre rabelaisienne, elle a pour fonction d\u2019assurer jovialit\u00e9 et sociabilit\u00e9, cette alacrit\u00e9 qui est la marque du r\u00e9cit, mais aussi de faire acc\u00e9der \u00e0 une connaissance autre, remettant en question les certitudes acquises, voire \u00e0 une forme de sagesse; d\u2019ailleurs l\u2019alchimiste, s\u2019il ne d\u00e9couvre pas la pierre philosophale, d\u00e9couvre avec l\u2019essence de fenouil ce qui en est peut-\u00eatre un avatar. De fait l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 est partout, ce qu\u2019il y a de plus futile \u00e9tant peut-\u00eatre le masque du s\u00e9rieux. Ainsi, les effets de parall\u00e9lisme syst\u00e9matique et de rapprochements progressivement plus serr\u00e9s entre les deux s\u00e9ries homologues sugg\u00e8rent, comme dans La Vie est un songe, que les valeurs du r\u00eave et de la r\u00e9alit\u00e9 sont interchangeables. La vie suppos\u00e9e r\u00e9elle de Cidrolin et celle d\u2019Auge, suppos\u00e9e r\u00eav\u00e9e, finissent par s\u2019intervertir, car \u00e0 l\u2019inactivit\u00e9 de Cidrolin fig\u00e9 dans un pr\u00e9sent sans surprise r\u00e9pond la d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie et l\u2019\u00e9paisseur humaine d\u2019Auge; de sorte que le lecteur est amen\u00e9 \u00e0 douter: quel est le plus \u00abr\u00e9el\u00bb des deux? Si l\u2019un est le r\u00eave de l\u2019autre, rien ne permet de v\u00e9ritablement trancher dans un r\u00e9cit retors, qui joue des diff\u00e9rents niveaux de narration pour en \u00e9puiser les possibilit\u00e9s. Roman de la r\u00e9flexion, \u00ablitt\u00e9ralement et dans tous les sens\u00bb, les Fleurs bleues proposent, entre autres, une interrogation sur ces fronti\u00e8res tremblantes o\u00f9 coexistent dans un m\u00eame espace\u00a0\u2014 celui du r\u00e9cit\u00a0\u2014, r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9; en sorte que le r\u00eave de Cidrolin appara\u00eet comme l\u2019exercice de la pens\u00e9e, sinon de la connaissance, mais poursuivie par d\u2019autres moyens, comme le montre sa conversation apparemment anodine avec Labal. Or cette question \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 envisag\u00e9e sous le mode romantique par Georges du Maurier dans un roman, Peter Ibbetson, pr\u00e9cis\u00e9ment traduit par Queneau en\u00a01947.<\/p>\n<p>\u00c0 cette h\u00e9sitation globale sur la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction s\u2019ajoute une confrontation entre r\u00e9cit et histoire, par le biais des conversations entre Auge et Biroton sur l\u2019\u00abhistoire universelle en g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale en particulier\u00bb auxquelles r\u00e9pondent sym\u00e9triquement celles entre Cidrolin et ses enfants sur la \u00abt\u00e9v\u00e9\u00bb (\u00abLes actualit\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019Histoire de demain\u00bb), au terme desquelles les r\u00e9ponses \u00e9vasives des uns et des autres n\u2019ont pour effet que d\u2019en rendre la probl\u00e9matique plus aigu\u00eb. Or la persistance des personnages dans le temps\u00a0\u2014 malgr\u00e9 ses bonds de cent soixante-quinze ans, Auge ne vieillit pas\u00a0\u2014 de m\u00eame que l\u2019anamn\u00e8se onirique de Cidrolin, ou encore les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9chos entre les \u00e9pisodes et les \u00e9poques induisent une conception cyclique de l\u2019Histoire o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements se r\u00e9p\u00e8tent ind\u00e9finiment; le \u00absuppl\u00e9ment d\u2019information\u00bb que constitue Une histoire mod\u00e8le apportant une armature r\u00e9flexive \u00e0 cette conception, centrale dans l\u2019\u0153uvre de Queneau. Cependant, cette structure cyclique entre en concurrence avec la lin\u00e9arit\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit orient\u00e9 par une chronologie hyper-r\u00e9f\u00e9renci\u00e9e, de sorte que le roman appara\u00eet \u00e9galement comme une tentative pour r\u00e9soudre par la litt\u00e9rature les apories de l\u2019Histoire, puisque cette concurrence des deux structures trouve finalement sa r\u00e9solution dans une sortie hors de l\u2019Histoire, rendue sensible par le glissement op\u00e9r\u00e9 entre la formule inaugurale, \u00abLoin! Loin! ici la boue est faite de nos fleurs&#8230;\u00a0\u2014 bleues, je le sais&#8230;\u00bb, et celle qui cl\u00f4t sans l\u2019achever le roman: \u00abUne couche de vase couvrait encore la terre, mais ici et l\u00e0, s\u2019\u00e9panouissaient d\u00e9j\u00e0 de petites fleurs bleues.\u00bb Renversement capital: la boue n\u2019est plus faite de la d\u00e9composition naus\u00e9euse des fleurs, mais au contraire fertilise une nouvelle floraison eschatologique.<\/p>\n<p>\u00c0 la question \u00abcomment en sortir?\u00bb pos\u00e9e par Auge \u00e0 propos des anachronismes entendus comme pauvres calembours, le roman r\u00e9pond donc par un \u00abcomment sortir de l\u2019histoire\u00bb, entendu aux deux sens du terme. Une des r\u00e9ponses possibles est fournie par la jonction, dans le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9criture, de la m\u00e9moire des hommes (\u00e0 travers les images d\u2019\u00c9pinal que sont \u00absaint Louis sous son ch\u00eane\u00bb ou Jeanne d\u2019Arc) et de la m\u00e9moire du livre (qui est aussi la m\u00e9moire de tous les livres, du fait d\u2019une intertextualit\u00e9 \u00abflorissante\u00bb). Une autre est apport\u00e9e par l\u2019ouverture sur une nouvelle aurore du monde, o\u00f9, comme dans la Gen\u00e8se (la p\u00e9niche de Cidrolin ne s\u2019appelle pas impun\u00e9ment l\u2019Arche, de m\u00eame qu\u2019il ne pleut pas sans raison des jours et des jours apr\u00e8s qu\u2019Auge a rompu les amarres et charg\u00e9 l\u2019Arche), l\u2019ordre ancien est aboli, ce que symbolise l\u2019\u00e9croulement d\u2019un immeuble en construction, tandis que le monde \u00e0 na\u00eetre est encore ind\u00e9fini, mais sem\u00e9 d\u2019autant de promesses d\u2019une innocence retrouv\u00e9e qu\u2019il y a de fleurs bleues poussant sur une vase m\u00e9taphorique. Les Fleurs bleues ne sont pas pour autant un roman initiatique, ni l\u2019illustration comique d\u2019une le\u00e7on sur l\u2019Histoire, ni une enqu\u00eate sur la connaissance par les r\u00eaves, mais d\u2019abord un syst\u00e8me narratif complexe o\u00f9 s\u2019\u00e9labore lentement une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de questions abstraites qui resteront sans r\u00e9ponse d\u00e9finitive. En somme, Queneau \u00e9labore avec les Fleurs bleues une all\u00e9gorie sans cl\u00e9, non par manque mais par exc\u00e8s\u00a0\u2014 encyclop\u00e9die humoristique, parodie multiforme, \u00e9pop\u00e9e h\u00e9ro\u00ef-comique, apologue\u00a0\u2014 et qui exige qu\u2019on les essaie toutes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J.-M.\u00a0RODRIGUES<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-174","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/174","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=174"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}