{"id":169,"date":"2026-07-25T07:40:41","date_gmt":"2026-07-25T05:40:41","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=169"},"modified":"2026-07-25T07:40:41","modified_gmt":"2026-07-25T05:40:41","slug":"corps-et-biens","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=corps-et-biens","title":{"rendered":"Corps et biens"},"content":{"rendered":"<p>Corps et Biens<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CORPS ET BIENS. Recueil po\u00e9tique de Robert Desnos (1900-1945), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1930. Il rassemble des po\u00e8mes compos\u00e9s en\u00a01919 (\u201cle Fard des Argonautes\u201d, \u201cl\u2019Ode \u00e0 Coco\u201d) et des po\u00e8mes \u00e9crits pendant la p\u00e9riode surr\u00e9aliste du po\u00e8te qui prit fin en\u00a01929. Certains de ces po\u00e8mes parurent une premi\u00e8re fois en revue, dans Litt\u00e9rature (\u201cRrose S\u00e9lavy\u201d, \u201cl\u2019Aumonyme\u201d) ou dans la R\u00e9volution surr\u00e9aliste (\u201cLangage cuit\u201d,\u00a05 et\u00a011; \u201c\u00c0 la myst\u00e9rieuse\u201d,\u00a07 et\u00a011). Les derni\u00e8res parties du recueil, \u00e9crites en alexandrins, pour lequel Andr\u00e9 Breton dit son horreur dans le Second Manifeste du surr\u00e9alisme (voir Manifestes du surr\u00e9alisme), ne sont pas dat\u00e9es et sont contemporaines du d\u00e9tachement, puis de la rupture avec surr\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Premiers po\u00e8mes importants, \u201cle Fard des Argonautes\u201d et \u201cl\u2019Ode \u00e0 Coco\u201d, \u00e9crits en alexandrins et en heptasyllabes m\u00ealent la d\u00e9rision et l\u2019attrait pour le myst\u00e8re. Embarqu\u00e9s sur une \u00abvieille gabare\u00bb, Jason et ses compagnons partent \u00e0 la conqu\u00eate de \u00abl\u2019horizon lin\u00e9aire et roussi\u00bb. Le perroquet Coco, exil\u00e9 de son \u00e9quateur, m\u00e8ne une existence factice, mais sa substance, nouvelle drogue, conduit \u00e0 des spectacles apocalyptiques et des horizons inconnus.<\/p>\n<p>Avec \u201cRrose S\u00e9lavy\u201d, \u201cl\u2019Aumonyme\u201d, \u201cLangage cuit\u201d (1922-1923), le po\u00e8te joue avec les mots qu\u2019il met en libert\u00e9. La po\u00e9sie et le myst\u00e8re jaillissent de ces coups port\u00e9s \u00e0 la logique que pr\u00e9tend refl\u00e9ter la langue. C\u2019est pourquoi \u201c\u00c0 la myst\u00e9rieuse\u201d (1926) et \u201cles T\u00e9n\u00e8bres\u201d (1927) les prolongent heureusement: aux prouesses verbales se substituent le sommeil, la foi dans la nuit, le r\u00eave et ses pouvoirs de m\u00e9tamorphose pour que l\u2019amant fid\u00e8le puisse partir \u00e0 la recherche de son amour inaccessible.<\/p>\n<p>\u201cSir\u00e8ne-An\u00e9mone\u201d, grand po\u00e8me lyrique en hexasyllabes et alexandrins, r\u00e9p\u00e8te cette qu\u00eate de la femme-fleur au chant merveilleux, inspiratrice fascinante et dangereuse du souffle po\u00e9tique. \u201cL\u2019Aveugle\u201d dit encore la foi dans les t\u00e9n\u00e8bres, qui, pareilles \u00e0 la mer du po\u00e8me \u201cDe silex et de feu\u201d, garde le \u00abr\u00eave prisonnier\u00bb: par la c\u00e9cit\u00e9 au monde est atteint l\u2019amour, que \u201cles Mouchoirs au nadir\u201d chantent \u00e0 leur tour. Le \u201cPo\u00e8me \u00e0 Florence\u201d, qui cl\u00f4t le recueil, dit l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 de l\u2019apparition ign\u00e9e de Florence et donne \u00e0 la po\u00e9sie sa mission de perp\u00e9tuation douloureuse et exaltante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui sombre, \u00abcorps et biens\u00bb, dans le recueil? Le monde quotidien, per\u00e7u dans l\u2019\u00e9veil et la conscience, le monde trop connu et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par les id\u00e9ologies et les religions, vilipend\u00e9 par les surr\u00e9alistes. Les aphorismes de Rrose S\u00e9lavy d\u00e9noncent l\u2019alliance de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019argent (\u00abRrose S\u00e9lavy glisse le c\u0153ur de J\u00e9sus dans le jeu de Cr\u00e9sus\u00bb) ou donnent un \u00abconseil aux catholiques\u00bb. Les armes utilis\u00e9es par le po\u00e8te pour couler le navire de la soci\u00e9t\u00e9 sont nombreuses, mais ont en commun de donner libre cours aux puissances inconnues, qu\u2019elles habitent l\u2019homme ou qu\u2019elles soient latentes dans la langue. \u201cRrose S\u00e9lavy\u201d, \u00abjeux de mots, d\u2019un type lyrique tout \u00e0 fait nouveau\u00bb (A.\u00a0Breton, Entretiens), o\u00f9 Desnos affiche une ma\u00eetrise \u00e9tonnante des sons et des signes, utilisant, par exemple, l\u2019anagramme (cr\u00e2ne\/nacre; \u00e9toile\/\u00e9tiole) ou le parall\u00e9lisme avec variante phonique (\u00abla solution d\u2019un sage est-elle la pollution d\u2019un page?\u00bb) \u00e0 des fins subversives \u00e9videntes (4,\u00a031,\u00a039,\u00a049), mais aussi humoristiques (37) et\/ou po\u00e9tiques (cr\u00e9ation par anagrammes d\u2019une image inattendue,\u00a027), est issue des sommeils hypnotiques introduits parmi les surr\u00e9alistes par Ren\u00e9 Crevel en\u00a01922 et d\u2019une communication t\u00e9l\u00e9pathique \u00e9tablie avec Marcel Duchamp, \u00able marchand de sel\u00bb (13). Ces aphorismes, tr\u00e8s brefs, annoncent la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve qui sera impos\u00e9e au langage dans les po\u00e8mes plus longs de \u201cl\u2019Aumonyme\u201d et de \u201cLangage cuit\u201d, o\u00f9 la syntaxe (absence de sujet verbal), les clich\u00e9s (\u00abHommes mang\u00e9s aux mythes \/ il est trop tard pour soupeser vos tares\u00bb), les proc\u00e9d\u00e9s po\u00e9tiques (l\u2019allit\u00e9ration dans \u201cChanson de chasse\u201d) sont subvertis, comme sont exploit\u00e9s la sonorit\u00e9 des seules lettres (Aime haine M\u00a0N) ou le code musical (\u201cl\u2019Asile Ami\u201d).<\/p>\n<p>Ces proc\u00e9d\u00e9s, cependant, ne sont pas gratuits. Ils t\u00e9moignent d\u2019un abandon de soi au \u00abmerveilleux hasard\u00bb, porte ouverte sur le myst\u00e8re, comme peut le faire le sommeil: \u00abLes sommes nocturnes r\u00e9v\u00e8lent \/ la somme des myst\u00e8res des hommes.\u00bb D\u00e8s \u201cl\u2019Ode \u00e0 Coco\u201d, si diff\u00e9rente de l\u2019apollinarien \u201cFard des Argonautes\u201d, parodie du po\u00e8me-r\u00e9cit de qu\u00eate \u00e0 la mani\u00e8re des symbolistes, la saveur empoisonn\u00e9e du r\u00eave \u00e9tait pr\u00e9sente. Le sommeil se d\u00e9ploie en espaces int\u00e9rieurs, offerts aux regards aveugles au monde (motif de l\u2019aveugle), et le po\u00e8te se fait conteur (\u00abJe conte et d\u00e9cris le sommeil\u00bb), en des textes qui doivent leur allure narrative et d\u00e9sordonn\u00e9e au r\u00eave dont l\u2019univers est en constante m\u00e9tamorphose. \u00abVoici le po\u00e8me des m\u00e9tamorphoses\u00bb, voici toute une dynamique convoqu\u00e9e par \u00abla voix de Robert Desnos\u00bb, o\u00f9 le r\u00e9el s\u2019engouffre pour \u00eatre d\u00e9truit. Du reste, le po\u00e8te ne manque pas de souligner, avec humour, l\u2019incoh\u00e9rence de certaines situations (\u00abQui es-tu toi qui prends la flamme pour un insecte?\u00bb): car il reste conscient de la distance qui le s\u00e9pare de l\u2019impuissance de la langue po\u00e9tique \u00e0 restituer l\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p>Si le r\u00eave traduit un d\u00e9sir, alors le po\u00e8me de Desnos est r\u00eave. Port\u00e9e par un amour qu\u2019il clame haut, la voix du po\u00e8te s\u2019\u00e9l\u00e8ve pour d\u00e9truire un monde, construire le vide \u00e9tabli et le d\u00e9construire, tendue vers un but qu\u2019elle n\u2019atteint jamais. Une femme hante ces po\u00e8mes, ou plut\u00f4t un fant\u00f4me, sir\u00e8ne charmeuse et terrible: \u00abpr\u00e9sente dans mes r\u00eaves (tu) (t\u2019) obstine(s) \u00e0 (t\u2019)y laisser deviner sans y para\u00eetre.\u00bb M\u00eame en son point culminant, au nadir, l\u2019amant n\u2019\u00e9treint que le reflet de l\u2019unique. L\u2019exp\u00e9rience peut \u00eatre heureuse, et les vers t\u00e9moigner de la passion et sauver le nom de l\u2019anonymat \u00abo\u00f9 tant d\u2019amants ont sombr\u00e9 corps \u00e2me et biens\u00bb (\u201cle Po\u00e8me \u00e0 Florence\u201d): le couple, malgr\u00e9 ses extases, appartient au pass\u00e9, plac\u00e9 en retrait par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9ternel pr\u00e9sent de l\u2019amour inaccessible. Cet amour est la po\u00e9sie, situ\u00e9e au-del\u00e0 des limites, dans l\u2019inconnu qui emporte le po\u00e8te en se d\u00e9robant et le laisse \u00abseul seul seul\u00bb. Aussi cet amour est-il indissociable d\u2019\u00e9preuves et de \u00abdouleurs\u00bb, impos\u00e9es par les \u00abmuses exigeantes\u00bb o\u00f9 se nourrit le lyrisme de Desnos qui invoque, prie, r\u00e9p\u00e8te les m\u00eames formules (anaphores, reprises lexicales ou syntaxiques), questionne son r\u00eave et se r\u00e9signe \u00e0 r\u00eaver seulement. Expression d\u2019une passion douloureuse et d\u00e9\u00e7ue, le po\u00e8me est pareil \u00e0 un v\u00eatement jet\u00e9 sur un corps refus\u00e9, \u00abfard\u00bb, \u00abpoudre\u00bb, \u00abpantalon de soie\u00bb ou \u00abfine chemise\u00bb qui rendent l\u2019absente encore plus d\u00e9sirable. Le recueil n\u2019est qu\u2019un pis-aller, rose \u00abeffeuill\u00e9e sur ton tapis\u00bb qui ailleurs \u00abrefleurira toujours\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-169","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/169","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=169"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}