{"id":168,"date":"2026-07-25T07:38:08","date_gmt":"2026-07-25T05:38:08","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=168"},"modified":"2026-07-25T07:38:08","modified_gmt":"2026-07-25T05:38:08","slug":"fortunes","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=fortunes","title":{"rendered":"Fortunes"},"content":{"rendered":"<p>Fortunes<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FORTUNES. Recueil po\u00e9tique de Robert Desnos (1900-1945), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1942.<\/p>\n<p>Fortunes rassemble des pi\u00e8ces que l\u2019auteur, dans une Postface, jugeait plus ou moins r\u00e9ussies en fonction d\u2019un projet d\u2019\u00e9criture o\u00f9 il tentait de \u00abcoordonner l\u2019inspiration, le langage et l\u2019imagination\u00bb. Ces po\u00e8mes, \u00e9crits de\u00a01927 \u00e0\u00a01937, constituent une petite somme po\u00e9tique, dont la publication donnait \u00e0 Desnos l\u2019\u00abimpression d\u2019enterrer\u00a0[sa] vie de po\u00e8te\u00bb, bref de tirer un trait. Durant cette d\u00e9cennie, Desnos publia peu, bien qu\u2019il continu\u00e2t d\u2019\u00e9crire (\u201cSiramour\u201d, dans la revue Commerce,\u00a01931; \u201cThe Night of Loveless Nights\u201d, hors commerce,\u00a01930; \u201cles Sans cou\u201d, hors commerce,\u00a01934). Son activit\u00e9 journalistique puis son travail \u00e0 Radio-Paris l\u2019accaparent de plus en plus. Il devient ensuite r\u00e9dacteur de messages publicitaires \u00e0 Information et Publicit\u00e9. Ces activit\u00e9s influencent sa production po\u00e9tique: la \u201cComplainte de Fant\u00f4mas\u201d est diffus\u00e9e le\u00a03\u00a0novembre\u00a01933 \u00e0 Radio-Paris dans une adaptation radiophonique de Paul Deharme, Fant\u00f4mas; la \u201cCantate pour l\u2019inauguration du mus\u00e9e de l\u2019Homme\u201d est cr\u00e9\u00e9e le\u00a011\u00a0octobre\u00a01937 par l\u2019orchestre de Radio-Lille sur une musique de Darius Milhaud; plus g\u00e9n\u00e9ralement, Robert Desnos se montre soucieux des rapports qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir entre le texte et son support musical.<\/p>\n<p>La diversit\u00e9 formelle caract\u00e9rise le recueil. Aux longues pi\u00e8ces initiales, o\u00f9 alternent les chansons en vers libres, les quatrains narratifs ou lyriques d\u2019hexasyllabes ou d\u2019alexandrins, les r\u00e9cits en prose d\u2019allure fantastique ou onirique, et qui c\u00e9l\u00e8brent la qu\u00eate de l\u2019amour unique par un sujet partag\u00e9 entre \u00abd\u00e9sir et effroi\u00bb (\u201cSiramour\u201d, \u201cThe Night of Loveless Nights\u201d), succ\u00e8dent des pi\u00e8ces plus br\u00e8ves, en vers libres (\u201cles Sans cou\u201d, \u201cles Portes battantes\u201d) qui tant\u00f4t jouent avec le langage, tant\u00f4t dans un r\u00e9cit onirique ou purement anecdotique conjuguent l\u2019humour et l\u2019attrait pour le myst\u00e8re, la familiarit\u00e9 de ton et le lyrisme. La \u201cComplainte de Fant\u00f4mas\u201d allie la chanson populaire \u00e0 la s\u00e9duction exerc\u00e9e sur Desnos par des h\u00e9ros populaires du mal, effrayants et s\u00e9duisants, capables de prendre mille visages. \u201cLe Satyre\u201d, \u201cL\u2019homme qui a perdu son ombre\u201d, \u201cBacchus et Apollon\u201d, en rythmes assez r\u00e9guliers, perp\u00e9tuent, avec familiarit\u00e9 et humour souvent, cette polymorphie du moi.<\/p>\n<p>\u00abLequel \u00e9tais-je et qu\u2019ai-je dit?\u00bb, demande le po\u00e8te dans \u201cles Hommes sur la terre\u201d. L\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre ne peut se comprendre par rapport \u00e0 son pass\u00e9: seule importe la conscience de participer \u00e0 la vie humaine. Desnos sait go\u00fbter, dans les moments les plus quotidiens, ce qu\u2019ils ont d\u2019unique. Loin d\u2019\u00eatre une concession au prosa\u00efsme facile et d\u00e9magogique, la veine populaire, le go\u00fbt du vin ou le d\u00e9sir de \u00abpisser dans les tr\u00e8fles\u00bb l\u2019unit aux autres (\u00abArr\u00eatez-vous. Je vous rejoins\u00bb). Il est vrai qu\u2019en ces ann\u00e9es trente, face aux p\u00e9rils qui se pr\u00e9cisent et aux tensions sociales qui s\u2019exasp\u00e8rent, le po\u00e8te ressent le besoin d\u2019\u00eatre proche des autres et de se r\u00e9concilier avec le monde.<\/p>\n<p>C\u2019est donc dans un concert de voix que ce monde se construit (\u201cCantate\u201d), que le d\u00e9sir s\u2019\u00e9nonce (\u201cVers le piton noir\u201d), que l\u2019homme se profile. Le pluriel, si souvent pr\u00e9sent d\u00e8s les titres, repris en \u00e9cho dans de longues \u00e9num\u00e9rations, dans la d\u00e9multiplication des actions, des lieux, des \u00e9poques, des \u00e9tats, fait du po\u00e8me le moment d\u2019une concordance magique. L\u2019\u00e9criture lyrique se situe \u00e0 un carrefour: le calembour n\u2019a plus seulement les fonctions subversives apparues dans Corps et Biens, il est source d\u2019\u00e9motions peut-\u00eatre absentes du laboratoire de \u201cLangage cuit\u201d.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te go\u00fbte ainsi pleinement sa \u00ablibert\u00e9 retrouv\u00e9e\u00bb: \u00abAh! joie! ah, rire aux anges! \/ J\u2019\u00e9coute la chanson des oiseaux, pr\u00e8s du lac, dans la for\u00eat, \/ Je sens mon sang, \/ Je devine tous les secrets, \/ J\u2019affronte tous les secrets.\u00bb Mais l\u2019affrontement suppose des risques: s\u2019il arrache au quotidien, il r\u00e9v\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame une humanit\u00e9 d\u00e9doubl\u00e9e. Certes, le d\u00e9sir s\u2019avilit au contact du r\u00e9el. Mais cette boue o\u00f9 se roule \u201cle Satyre\u201d n\u2019est-elle pas le fumier dor\u00e9 de son imagination? Desnos fait de l\u2019amour, en ce satyre dont il accuse les traits pour mieux en dire la tristesse et le tragique, un \u00e9lan qui se perd en l\u2019homme et une force qu\u2019il est impossible d\u2019incarner. L\u2019homme n\u2019est-il que l\u2019ombre d\u2019un double inaccessible? L\u2019amour est en lui, toujours \u00abdevant\u00bb: l\u2019ombre le pr\u00e9c\u00e8de et le dessine, comme le \u00absang qui chante sous la chair \/ Dessine la g\u00e9ographie \/ Du corps, du monde et du myst\u00e8re\u00bb. L\u2019amour et l\u2019aim\u00e9e restent donc inaccessibles (\u201cSiramour\u201d). Car c\u2019est toujours une \u00abautre femme\u00bb qu\u2019aime Don Juan, jusqu\u2019\u00e0 sa destruction. N\u00e9e de cet amour, la po\u00e9sie reste toujours en de\u00e7\u00e0 de son projet qui la m\u00e8ne en avant (\u00abJ\u2019ai \u00e9crit cette chanson qui en vaut bien d\u2019autres\u00bb). Et l\u2019humour avec lequel Desnos traite son texte et son lecteur dissimule mal le point central d\u2019une esth\u00e9tique et d\u2019une \u00e9thique qui font du dire et du faire d\u2019\u00e9ternels \u00e9checs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-168","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/168","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}