{"id":165,"date":"2026-07-25T07:32:53","date_gmt":"2026-07-25T05:32:53","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=165"},"modified":"2026-07-25T07:32:53","modified_gmt":"2026-07-25T05:32:53","slug":"un-coup-de-des-jamais-nabolira-le-hasard","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=un-coup-de-des-jamais-nabolira-le-hasard","title":{"rendered":"Un coup de d\u00e9s jamais n&#8217;abolira le hasard"},"content":{"rendered":"<p>Un coup de d\u00e9s jamais n\u2019abolira le hasard<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>UN COUP DE D\u00c9S JAMAIS N\u2019ABOLIRA LE HASARD. Po\u00e8me de St\u00e9phane Mallarm\u00e9 (1842-1898), publi\u00e9 \u00e0 Paris dans la revue Cosmopolis en mai 1897, et en volume chez Gallimard en 1914.<\/p>\n<p>Peu avant sa mort, le po\u00e8te projetait d\u2019en donner une \u00abgrande \u00e9dition chez Lahure\u00bb, illustr\u00e9e de planches d\u2019Odilon Redon, mais le projet n\u2019aboutit pas. En\u00a01895 (\u00abQuant au livre\u00bb, trois chroniques), puis en\u00a01896 (\u00able Myst\u00e8re dans les lettres\u00bb), le po\u00e8te est revenu sur le projet obs\u00e9dant du \u00abLivre\u00bb, \u0153uvre totale, apparu d\u00e8s\u00a01866: \u00abJe pr\u00e9vois qu\u2019il me faudra vingt ans pour les cinq livres dont se composera l\u2019\u0153uvre\u00bb (Aubanel,\u00a028\u00a0juillet\u00a01866). Dans son Autobiographie envoy\u00e9e \u00e0 Verlaine en\u00a01895, il d\u00e9finit ainsi cette \u0153uvre dont le Coup de d\u00e9s ne sera que le premier jet: \u00abL\u2019explication orphique de la terre qui est le seul devoir du po\u00e8te et le jeu litt\u00e9raire par excellence.\u00bb<\/p>\n<p>Mallarm\u00e9 se montra tr\u00e8s attentif \u00e0 la typographie. C\u2019est dire que le livre est ici un objet mat\u00e9riel: prise comme unit\u00e9 de mesure (Pr\u00e9face), la page devient un espace vierge \u00e0 trois dimensions o\u00f9 sourdent les signes. Les mots, \u00e0 l\u2019image de notes musicales sur une partition, en leur raret\u00e9 ou leur multiplicit\u00e9, imposent au lecteur un rythme de lecture, tandis que la taille des caract\u00e8res employ\u00e9s d\u00e9termine l\u2019intonation. Un coup de d\u00e9s fut con\u00e7u par Mallarm\u00e9 en vue d\u2019une \u00ab\u00e9mission orale\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Les deux premi\u00e8res pages annoncent l\u2019acte (\u00abUN COUP DE D\u00c9S\u00bb) et le cadre hypoth\u00e9tique o\u00f9 il pourrait ne pas s\u2019accomplir (\u00abJAMAIS\u00bb). En une premi\u00e8re supposition toute math\u00e9matique (\u00absoit que\u00bb), l\u2019Ab\u00eeme se creuse en une coque de navire, dont la voile, telle une aile, demeure impuissante \u00e0 s\u2019envoler (page\u00a03). Au-dessus de la temp\u00eate surgit le \u00abMA\u00ceTRE\u00bb qui affronte le destin, mais qui h\u00e9site \u00e0 lancer le Nombre contre le n\u00e9ant, laissant la place \u00e0 une \u00abombre pu\u00e9rile\u00bb. Au bas de la page, \u00abN\u2019ABOLIRA\u00bb, unique proph\u00e9tie, rappelle la vanit\u00e9 folle du geste (5). Le romain est remplac\u00e9 d\u00e8s lors par l\u2019italique, plus a\u00e9rien pour d\u00e9signer l\u2019hypoth\u00e9tique (\u00abcomme si\u00bb), attouchement du gouffre par une \u00abplume\u00bb dont le \u00abprince amer\u00bb (Hamlet?) se coiffe, faisant raison de ce que le vent livrait au hasard (7). Un instant, un \u00e9clat \u00abscintille puis ombrage\u00bb une sir\u00e8ne et un manoir; le spectacle de r\u00eave s\u2019abolit (8), tandis que l\u2019hypoth\u00e8se du Nombre rejaillit, \u00e9nigmatique. La plume sombre dans le gouffre, le romain se m\u00eale \u00e0 l\u2019italique\u00a0\u2014 \u00abLE HASARD\u00bb\u00a0\u2014, puis l\u2019emporte. Le retour \u00e0 l\u2019oc\u00e9an initial, lieu abyssal, s\u2019accomplit. \u00abRIEN N\u2019A EU LIEU\u00bb, que le po\u00e8me de ce cycle du rien, except\u00e9 une constellation in-humaine, projection froide et orgueilleuse de l\u2019Esprit: \u00abToute Pens\u00e9e \u00e9met un Coup de D\u00e9s\u00bb, et tout recommence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Faut-il voir dans le Coup de d\u00e9s un souvenir de \u201cla Bouteille \u00e0 la mer\u201d (voir les Destin\u00e9es de Vigny)? Le po\u00e8me de Mallarm\u00e9 n\u2019est pas ouvert sur un avenir messianique, mais reste un r\u00e9cit clos sur lui-m\u00eame. Les commentateurs ont rappel\u00e9 que \u00abhasard\u00bb signifie, par \u00e9tymologie, \u00abd\u00e9\u00bb. Les d\u00e9s sont d\u00e9j\u00e0 jet\u00e9s. \u00abHyperbole\u00bb (voir \u201cProse pour Des Esseintes\u201d, dans Po\u00e9sies), ce texte se gonfle et se creuse, comme les flots dans la temp\u00eate, pour amplifier dans des motifs secondaires une \u00e9vidence tautologique: \u00abTout passe, par raccourci, en hypoth\u00e8se; on \u00e9vite le r\u00e9cit\u00bb (Pr\u00e9face). Comme tout est jou\u00e9, il ne saurait se produire qu\u2019un r\u00e9cit potentiel, probl\u00e8me quasi math\u00e9matique pos\u00e9 en une suite de suppositions et de tournures hypoth\u00e9tiques (quand bien m\u00eame, soit que, comme si, si, exist\u00e2t-il). Cette syntaxe mentale d\u00e9dramatise l\u2019aventure du \u00abMa\u00eetre\u00bb et de son \u00abombre pu\u00e9rile\u00bb. Mallarm\u00e9 ne songe nullement \u00e0 exalter, dans la grandeur du capitaine ou l\u2019amertume du h\u00e9ros shakespearien, la figure romantique de l\u2019homme luttant contre la toute-puissance des \u00e9l\u00e9ments ou affirmant sa spiritualit\u00e9. L\u2019oc\u00e9an est ici bien proche de la chambre d\u2019Igitur: m\u00eame ab\u00eeme, m\u00eame tombeau d\u2019anc\u00eatre, m\u00eame n\u00e9ant, pour un m\u00eame geste, qui, cette fois, ne sera pas accompli, sinon dans l\u2019\u00e9criture. Hamlet incarne la r\u00e9signation \u00e0 l\u2019impuissance face au destin, \u00abl\u2019antagonisme de r\u00eave chez l\u2019homme avec les fatalit\u00e9s de son existence d\u00e9parties par le malheur\u00bb (voir \u00abHamlet\u00bb, dans Divagations).<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que ce Nombre? Ce qui serait capable d\u2019apaiser la temp\u00eate, de rendre son harmonie \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sordonn\u00e9e. Mais la n\u00e9cessit\u00e9 math\u00e9matique, aux relents mystiques, ne peut \u00eatre jet\u00e9e sur un monde que Dieu a livr\u00e9 au hasard. Le Coup de d\u00e9s accomplit cette formule apparue dans l\u2019Argument d\u2019Igitur: \u00abVous, math\u00e9maticiens expir\u00e2tes-moi projet\u00e9 absolu.\u00bb Le po\u00e8me chante la mort de Dieu et l\u2019\u00e9chec radical de toute tentative humaine. Il se construit, \u00e9difiant des hypoth\u00e8ses qu\u2019il d\u00e9truit, ironisant sur sa propre d\u00e9marche (le prince est \u00abamer\u00bb, mais aussi \u00abombre pu\u00e9rile\u00bb, \u00e0 la \u00abpetite raison virile\u00bb; le Nombre est \u00abhallucination \u00e9parse d\u2019agonie\u00bb et, apr\u00e8s la chute de la plume, il ne reste qu\u2019\u00e0 en \u00abrire\u00bb). En ce mouvement, il essaime les constellations sur les pages (les sept types de caract\u00e8res pour environ sept cents mots \u00e9voquent le \u00abseptuor\u00bb final du \u201cSonnet en -yx\u201d, voir Po\u00e9sies). La fiction po\u00e9tique, divagation plaqu\u00e9e sur l\u2019absence, fait du po\u00e8me un jeu. \u00abLa litt\u00e9rature existe et, si l\u2019on veut, seule, \u00e0 l\u2019exception de tout.\u00a0[&#8230;] \u00c0 quoi sert cela\u00a0\u2014 \u00c0 un jeu\u00bb (\u00abla Musique et les Lettres\u00bb,\u00a01894). Le dernier mouvement du po\u00e8me, en une rupture, introduit un troisi\u00e8me terme par-del\u00e0 l\u2019antagonisme fondamental: sur le rien qui an\u00e9antit l\u2019homme se superpose la constellation po\u00e9tique\u00a0\u2014 le mensonge glorieux de la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Un mensonge donn\u00e9 \u00e0 voir: le blanc de la page est essentiel dans cette \u00e9criture, o\u00f9 les mots, telle la plume de Hamlet, ne s\u2019\u00e9l\u00e8vent que pour mieux retourner au lieu dont ils \u00e9manent. De m\u00eame que la syntaxe allusive et elliptique pose les pr\u00e9mices d\u2019un sens qui exige l\u2019effort du lecteur, de m\u00eame la valeur figurative des caract\u00e8res typographiques (taille, place dans l\u2019espace de la page, contexte&#8230;) redouble souvent le sens \u00e9nonc\u00e9. Mallarm\u00e9 met en page, ou plut\u00f4t en sc\u00e8ne, son po\u00e8me, disposant des rep\u00e8res \u00e9nigmatiques en vue d\u2019une lecture horizontale et verticale, restituant chez le lecteur l\u2019impuissance du Ma\u00eetre ou du Prince \u00e0 d\u00e9ployer de mani\u00e8re continue une phrase enti\u00e8re (le Nombre) du fait de la d\u00e9clinaison de th\u00e8mes adjacents. Divagation, la lecture \u00ab\u00e9l\u00e9vation ordinaire verse l\u2019absence\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-165","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/165","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=165"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}