{"id":164,"date":"2026-07-25T07:28:09","date_gmt":"2026-07-25T05:28:09","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=164"},"modified":"2026-07-25T07:28:09","modified_gmt":"2026-07-25T05:28:09","slug":"le-soulier-de-satin","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-soulier-de-satin","title":{"rendered":"le Soulier de satin"},"content":{"rendered":"<p>Soulier de satin (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>SOULIER DE SATIN (le) ou Le pire n\u2019est pas toujours s\u00fbr. Drame en quatre journ\u00e9es et en prose de Paul Claudel (1868-1955). La \u00abPremi\u00e8re journ\u00e9e\u00bb fut publi\u00e9e en\u00a01925 dans le Roseau d\u2019or, n\u00b0\u00a05; la version int\u00e9grale, \u00e0 Paris chez Gallimard en 1929. La pi\u00e8ce fut cr\u00e9\u00e9e le\u00a027\u00a0novembre 1943 \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, dans une mise en sc\u00e8ne de Jean-Louis Barrault, avec une musique d\u2019Arthur Honegger: cette version \u00abpour la sc\u00e8ne\u00bb, consid\u00e9rablement abr\u00e9g\u00e9e, parut chez Gallimard en\u00a01944.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>\u00abLa sc\u00e8ne de ce drame\u00bb, pr\u00e9cise l\u2019Annoncier, \u00abest le monde et plus sp\u00e9cialement l\u2019Espagne \u00e0 la fin du\u00a0XVIe si\u00e8cle, \u00e0 moins que ce ne soit le commencement du\u00a0XVIIe si\u00e8cle.\u00bb Attach\u00e9 au m\u00e2t d\u2019un vaisseau en perdition au milieu de l\u2019oc\u00e9an Altantique, un p\u00e8re j\u00e9suite supplie Dieu de d\u00e9tourner son fr\u00e8re Rodrigue du p\u00e9ch\u00e9 (Prologue).<br \/>\nPremi\u00e8re journ\u00e9e. En Espagne, Don P\u00e9lage, aust\u00e8re juge du Roi, court au chevet de sa cousine mourante, m\u00e8re de Do\u00f1a Musique. Sa femme, Do\u00f1a Prouh\u00e8ze, converse avec Don Camille. Ce Castillan au teint basan\u00e9, cet aventurier, aime la jeune femme: il lui demande de sauver son \u00e2me et lui propose l\u2019aventure du n\u00e9ant en Afrique. Prouh\u00e8ze refuse. Elle a adress\u00e9 une lettre \u00e0 Rodrigue, qu\u2019elle aime depuis qu\u2019elle l\u2019a recueilli apr\u00e8s un naufrage sur les c\u00f4tes d\u2019Afrique. Rodrigue est celui qui la d\u00e9finit comme elle est: celle qui lui apporte la \u00abjoie\u00bb essentielle. Elle remet son soulier de satin \u00e0 la statue de la Vierge et lui demande protection: \u00abquand j\u2019essayerai de m\u2019\u00e9lancer vers le mal, que ce soit avec un pied boiteux!\u00bb Dans son palais, sur les bords du Tage, le roi d\u2019Espagne m\u00e9dite: son royaume r\u00e9unit le double espace de l\u2019Europe et de l\u2019Am\u00e9rique. Mais des troubles agitent le Nouveau Monde et il faut y envoyer un homme de passion, Don Rodrigue. Do\u00f1a Musique s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9e au bord de la mer, dans une auberge; elle se croit destin\u00e9e au roi de Naples. Prouh\u00e8ze est parvenue dans la m\u00eame auberge. Les poursuivants de Musique s\u2019appr\u00eatent \u00e0 attaquer l\u2019auberge. Prouh\u00e8ze s\u2019est sauv\u00e9e et son ange gardien l\u2019accompagne. Les attaquants prennent l\u2019auberge d\u2019assaut mais Musique vogue vers Naples sous la conduite d\u2019un pittoresque \u00abSergent napolitain\u00bb.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me journ\u00e9e. Prouh\u00e8ze s\u2019est rendue au ch\u00e2teau de Do\u00f1a Honoria, la m\u00e8re de Rodrigue, o\u00f9 celui-ci, bless\u00e9 dans un combat, a \u00e9t\u00e9 conduit. Don P\u00e9lage avoue \u00e0 Do\u00f1a Honoria qu\u2019il a aim\u00e9 dans son \u00e9pouse la lumi\u00e8re qu\u2019elle irradie. \u00abC\u2019est vous qui la retranchez de Dieu\u00bb, lui r\u00e9pond Do\u00f1a Honoria. Don P\u00e9lage, face \u00e0 Prouh\u00e8ze, la justifie de son \u00e9loignement pour lui. Il doit, cependant, continuer la Croisade, et la nomme gouverneur de Mogador, place forte africaine o\u00f9 r\u00e8gne Don Camille. Il ne la reverra plus jamais. Dans la campagne romaine, au coucher du soleil, le vice-roi de Naples se consid\u00e8re comme le gardien du lieu central de la Chr\u00e9tient\u00e9. Dans la nuit, la figure gigantesque de saint Jacques occupe tout l\u2019espace: l\u2019espace infini figure l\u2019universalit\u00e9 catholique, r\u00e9unit l\u2019Afrique et l\u2019Am\u00e9rique, le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, le visible et l\u2019invisible. Dans son palais de l\u2019Escurial, le roi d\u2019Espagne annonce \u00e0 Don P\u00e9lage que Rodrigue n\u2019accepte de partir en Am\u00e9rique que si Prouh\u00e8ze revient. En pleine mer et face \u00e0 Mogador, Rodrigue imagine que Prouh\u00e8ze, qu\u2019il a suivie, a c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Camille. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de la forteresse, Camille et Prouh\u00e8ze se d\u00e9chirent. En Sicile, Do\u00f1a Musique rencontre, par hasard, le vice-roi de Naples, qui entend la petite \u00abmusique\u00bb qui \u00e9mane du c\u0153ur de la jeune femme: \u00abMon chant est celui que je fais na\u00eetre.\u00bb \u00c0 Mogador, Don Camille remet \u00e0 Rodrigue la r\u00e9ponse de Prouh\u00e8ze: \u00abJe reste. Partez.\u00bb Camille reproche \u00e0 Rodrigue de s\u2019\u00eatre, d\u2019embl\u00e9e, donn\u00e9 la tentation comme interdite. Mais Rodrigue demande plus que l\u2019amour humain; il veut l\u2019union pareille des \u00e2mes et des corps. Prouh\u00e8ze restera avec Camille, comme une figure de la destin\u00e9e de ce dernier. La lune \u00e9claire \u00abl\u2019ombre double\u00bb des amants; Prouh\u00e8ze sait que leur s\u00e9paration physique ne peut emp\u00eacher leur union mystique dans l\u2019absence essentielle qui d\u00e9finit la cr\u00e9ature. \u00abJamais je ne pourrai plus cesser d\u2019\u00eatre sans lui et jamais il ne pourra plus cesser d\u2019\u00eatre sans moi.\u00bb<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me journ\u00e9e. Dix ans plus tard, peu apr\u00e8s la bataille de la Montagne-Blanche (1620). En hiver, dans l\u2019\u00e9glise de Saint-Nicolas, \u00e0 Prague, Do\u00f1a Musique, enceinte, prie Dieu et le loue. Les Saints d\u00e9filent et s\u2019expriment chacun \u00e0 leur tour; les Saxons et Luther incarnent la contradiction vivante de l\u2019Europe, la n\u00e9gation qui entra\u00eene les soldats du Christ; car l\u2019ordre parfait, l\u2019harmonie ne se trouvent qu\u2019en Dieu. Do\u00f1a Musique attend, certaine que l\u2019avenir se d\u00e9roulera selon l\u2019ordre du Grand Livre. Au large de l\u2019Am\u00e9rique se d\u00e9roule une sc\u00e8ne burlesque: Don L\u00e9opold Auguste remet en cause toutes les d\u00e9couvertes. Son interlocuteur, Don Fernand apporte la lettre de Prouh\u00e8ze \u00e0 Rodrigue, qui ne lui est jamais parvenue (voir Premi\u00e8re Journ\u00e9e). Au large de l\u2019Or\u00e9noque, Don Rodrigue, vice-roi des Indes, envoie Almagro prendre par l\u2019\u00e9p\u00e9e l\u2019Am\u00e9rique du Sud, en franchissant l\u2019isthme de Panama. Dans une longue sc\u00e8ne, Prouh\u00e8ze ou plut\u00f4t l\u2019\u00e2me de Prouh\u00e8ze, guid\u00e9e par son ange gardien, voyage aux confins de la vie et de la mort. Elle aspire \u00e0 rejoindre le n\u00e9ant mais l\u2019appel secret de Rodrigue la retient\u00a0\u2014 \u00abSans mains, sans yeux, il y a quelqu\u2019un qui m\u2019a rejointe am\u00e8rement dans le d\u00e9sert!\u00bb\u00a0\u2014, passion qui, par la tentation m\u00eame du p\u00e9ch\u00e9, les rapproche de Dieu. Prouh\u00e8ze se m\u00e9tamorphosera en \u00e9toile, en guide spirituel de son \u00e9poux mystique, Rodrigue. Celui-ci a reli\u00e9 l\u2019Ancien au Nouveau Monde; mais, au-del\u00e0 de l\u2019isthme de Panama, franchissant l\u2019Oc\u00e9an Pacifique, il devra aussi parcourir l\u2019Asie pour faire na\u00eetre au seul Dieu les populations ignorantes de la bonne parole. Derri\u00e8re Prouh\u00e8ze et l\u2019Ange, un \u00e9cran g\u00e9ant renvoie l\u2019image du Ciel o\u00f9 se dessine l\u2019image de l\u2019Immacul\u00e9e Conception. Dans son palais de Panama, Rodrigue re\u00e7oit, enfin, la lettre \u00e9crite par Prouh\u00e8ze dix ans plus t\u00f4t. \u00c0 Mogador, apr\u00e8s la mort de Don P\u00e9lage et lors d\u2019une r\u00e9volte des troupes, Prouh\u00e8ze s\u2019est mari\u00e9e avec Camille. Sa fille, Do\u00f1a Sept-\u00c9p\u00e9es, ressemble \u00e0 Rodrigue. Camille, surnomm\u00e9 Ochiali le ren\u00e9gat, a embrass\u00e9 l\u2019islam et renie le Christ: \u00abJe suis la brebis bien perdue que les cent autres \u00e0 jamais ne suffisent pas \u00e0 compenser.\u00bb Rodrigue arrive devant les c\u00f4tes de Mogador. Prouh\u00e8ze vient en ambassadrice lui transmettre le message d\u2019Ochiali: si Rodrigue retire ses troupes, elle partira avec lui; sinon, elle mourra avec les Mores dans l\u2019incendie de la citadelle. Elle demande \u00e0 Rodrigue de la d\u00e9lier de la promesse qui les unit, de la laisser rena\u00eetre en esprit, purifi\u00e9e de l\u2019amour qui l\u2019emp\u00eache d\u2019atteindre l\u2019au-del\u00e0. Il ne dit pas le mot qui l\u2019aurait retenue et elle laisse sa fille sous sa garde.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8me journ\u00e9e. \u00abSous le vent des \u00eeles Bal\u00e9ares\u00bb. Dix ans plus tard, alors que Prouh\u00e8ze est morte, Rodrigue, \u00e0 bord d\u2019un vieux bateau, fabrique et vend des images saintes apr\u00e8s la disgr\u00e2ce royale que lui valut son d\u00e9part du Nouveau Monde. Il a perdu une jambe au Japon. Quant \u00e0 Do\u00f1a Sept-\u00c9p\u00e9es, avec son amie la gentille Bouch\u00e8re, elle projette de d\u00e9livrer les Espagnols captifs des pirates barbaresques en Afrique. Le Roi a d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 Jean d\u2019Autriche, le fils de Do\u00f1a Musique, combattre les Turcs. Sept-\u00c9p\u00e9es et Jean semblent devoir s\u2019aimer d\u2019un amour impossible. Le Roi met \u00e0 profit les rumeurs de victoire de l\u2019Invincible Armada pour tromper ce Rodrigue infirme dont la superbe l\u2019indispose: il imagine un subterfuge pour le convaincre de prendre en charge le gouvernement de l\u2019Angleterre. Rodrigue, circonvenu par l\u2019Actrice, semble se laisser tenter, quand Sept-\u00c9p\u00e9es l\u2019appelle \u00e0 l\u2019aide en \u00e9voquant le douloureux souvenir de Prouh\u00e8ze. Mais, par l\u2019offre du Roi, il se sent appel\u00e9 \u00e0 une plus vaste t\u00e2che: \u00ab\u00e9largir le monde\u00bb, restaurer l\u2019harmonie cosmique. Dans sa cour fig\u00e9e et hypocrite, le Roi remet \u00e0 Rodrigue la charge postiche de vice-roi d\u2019Angleterre. Sept-\u00c9p\u00e9es se sauve \u00e0 la nage du vaisseau de son p\u00e8re. La m\u00eame nuit, Rodrigue, encha\u00een\u00e9 \u00e0 un m\u00e2t, subit les moqueries du soldat auquel il appartient apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 fourvoy\u00e9 par le Roi. Sept-\u00c9p\u00e9e lui a \u00e9crit une lettre: quand elle atteindra le vaisseau de Jean d\u2019Autriche, sur le point de livrer la bataille de L\u00e9pante elle fera tirer un coup de canon. Rodrigue se plaint de sa destin\u00e9e au p\u00e8re qui maria Prouh\u00e8ze et Camille: \u00abTout cela un jour vous sera expliqu\u00e9\u00bb, lui r\u00e9plique ce dernier. Une vieille religieuse ach\u00e8te Rodrigue, d\u00e9chu, pour qu\u2019il serve, au plus bas degr\u00e9, les \u0153uvres de sainte Th\u00e9r\u00e8se. On entend un coup de canon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Paul Claudel \u00e9crit le Soulier de satin de mai 1919 \u00e0 d\u00e9cembre 1924. Sur le double plan de l\u2019action et de la dramaturgie, la pi\u00e8ce accomplit l\u2019\u0153uvre tout enti\u00e8re de Claudel, qui y voyait son \u00abtestament sentimental et dramatique\u00bb (1926). Le drame du sacrifice, qui sous-tend l\u2019ensemble de son \u0153uvre, trouve enfin son explication et sa justification: Rodrigue et Prouh\u00e8ze sont r\u00e9unis malgr\u00e9, voire \u00e0 cause de leur s\u00e9paration; ils donnent un sens \u00e0 la contradiction essentielle qui d\u00e9chirait Mesa et Ys\u00e9 dans Partage de midi et Sygne dans l\u2019Otage. Dans le Soulier de satin, se rejoignent toutes les exp\u00e9riences dramaturgiques d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9es dans une perspective anticlassique, dans la continuit\u00e9 de Shakespeare ainsi que de Calder\u00f3n et par le recours \u00e0 des techniques cin\u00e9matographiques. Le Soulier de satin les r\u00e9unit, les r\u00e9sume et les d\u00e9passe en une somme qui sugg\u00e8re l\u2019invisible au travers du visible frapp\u00e9 d\u2019illusion\u00a0\u2014 comme en t\u00e9moigne le caract\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment artificiel de la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Le n\u0153ud de l\u2019intrigue et l\u2019\u00e9volution de l\u2019action sont contenus en germe dans la tirade initiale du j\u00e9suite (Prologue). L\u2019exposition lance les grands th\u00e8mes de l\u2019\u0153uvre: la po\u00e9sie des \u00e9l\u00e9ments naturels (l\u2019eau, le souffle, le feu et le ciel) et la grande pulsion primordiale de la mer rythmant l\u2019ouverture et l\u2019unification de l\u2019espace (les continents, l\u2019oc\u00e9an, le ciel et les constellations). Crucifi\u00e9\u00a0\u2014 tel le Christ sur sa croix\u00a0\u2014 sur la mer, figure de l\u2019illimit\u00e9 et milieu originel, le j\u00e9suite veut interc\u00e9der en faveur de Rodrigue. La forme dramatique renvoie \u00e0 la messe: le j\u00e9suite c\u00e9l\u00e8bre la Cr\u00e9ation; choisir le mal, c\u2019est se s\u00e9parer de la Cr\u00e9ation, choisir le bien, c\u2019est la c\u00e9l\u00e9brer po\u00e9tiquement. Tout d\u00e9sir traduit un manque r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une qu\u00eate de l\u2019\u00catre. Tel est le sujet du drame: c\u2019est bien par les voies d\u00e9tourn\u00e9es de la passion pour une femme interdite que Rodrigue ira vers le spirituel. Au d\u00e9nouement, il se retrouvera encha\u00een\u00e9, lui aussi, \u00e0 un m\u00e2t. L\u2019action est donc encadr\u00e9e par ces deux \u00e9pisodes, o\u00f9 les deux fr\u00e8res compl\u00e9mentaires, le j\u00e9suite et le conqu\u00e9rant, sont crucifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Quand la pi\u00e8ce commence, le destin des personnages est d\u00e9j\u00e0 scell\u00e9: Rodrigue et Prouh\u00e8ze se sont d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9s et ils s\u2019aiment de toute \u00e9ternit\u00e9. Ils veulent trouver la Joie mais ils comprendront que le corps demeure impuissant \u00e0 la leur accorder: leur mariage mystique se r\u00e9alisera dans l\u2019au-del\u00e0. La progression de l\u2019action suit le d\u00e9pouillement de Rodrigue qui \u00e9pure sa passion pour Prouh\u00e8ze. Dieu utilise la femme et le d\u00e9sir pour guider l\u2019homme selon ses voies: Rodrigue aime dans Prouh\u00e8ze son essence, donc Dieu. Elle incarne la promesse du Christ qui est venu annoncer la Bonne Nouvelle: au terme du p\u00e9lerinage qu\u2019est la vie, l\u2019homme r\u00e9int\u00e9grera l\u2019\u00c9den, le lieu de la supr\u00eame harmonie dont il fut chass\u00e9 \u00e0 cause du p\u00e9ch\u00e9 originel. Au c\u0153ur de la pi\u00e8ce, l\u2019intensit\u00e9 dramatique culmine dans la troisi\u00e8me journ\u00e9e (sc\u00e8ne\u00a013). Dix ans se sont \u00e9coul\u00e9s apr\u00e8s leur premi\u00e8re s\u00e9paration; Rodrigue r\u00e9pond \u00e0 la fameuse lettre de Prouh\u00e8ze et la revoit une derni\u00e8re fois avant sa disparition. Triomphant de sa jalousie et de ses ranc\u0153urs contre Ochiali, il la reconna\u00eet pour ce qu\u2019elle est et il accepte que la femme m\u00e9diatrice soit aussi la femme interdite, l\u2019\u00ab\u00e9toile\u00bb \u00e0 jamais inaccessible. Elle lui demande de la d\u00e9lier de la promesse charnelle pour lui ouvrir les voies du spirituel. Ainsi se cl\u00f4t la mont\u00e9e vers le drame passionnel mais dix ans seront \u00e0 nouveau n\u00e9cessaires \u00e0 Rodrigue pour qu\u2019il atteigne l\u2019\u00e9tat d\u2019abaissement le plus total. \u00c0 l\u2019inverse des h\u00e9ros de Partage de midi, Prouh\u00e8ze et Rodrigue ont compris qu\u2019ils ne pouvaient \u00eatre l\u2019un \u00e0 l\u2019autre que dans l\u2019absence et le sacrifice. La th\u00e9ologie claud\u00e9lienne impose donc une vision r\u00e9solument optimiste des \u00c9critures: l\u2019amour sauve l\u2019homme; comme l\u2019amour du Christ, il poss\u00e8de une fonction de m\u00e9diation vers le spirituel.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019image de Violaine (voir l\u2019Annonce faite \u00e0 Marie), Prouh\u00e8ze appara\u00eet d\u2019abord comme une jeune femme fra\u00eeche, amoureuse de la vie et de Rodrigue. Elle n\u2019a rien d\u2019un mod\u00e8le de vertu quand elle remet son soulier \u00e0 la Vierge et lui demande protection. Comme Ys\u00e9 dans Partage de midi, elle suscite l\u2019amour de trois hommes, incarnation de trois points de vue diff\u00e9rents sur le monde: Don P\u00e9lage, l\u2019homme du pass\u00e9, Camille, l\u2019anarchiste proche d\u2019Avare (voir la Ville) et Rodrigue. Mais elle a d\u00e9j\u00e0 choisi et elle ne cessera d\u2019entretenir avec Rodrigue un dialogue d\u2019\u00e2me \u00e0 \u00e2me. \u00c0 mesure que l\u2019action progresse, elle se leste de la densit\u00e9 d\u00e9volue \u00e0 toutes les femmes claud\u00e9liennes. Quand son Ange Gardien lui fait percevoir l\u2019au-del\u00e0 (III,\u00a08), Prouh\u00e8ze comprend que la conqu\u00eate du monde doit aboutir \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement parfait de la chr\u00e9tient\u00e9 dans l\u2019ordre du sens. En outre, l\u2019Ange Gardien lui apprend que son d\u00e9sir n\u2019allait pas contre la loi, qu\u2019il entrait dans les desseins de Dieu: car il existe deux sortes d\u2019\u00e2mes, les \u00e2mes simples, en harmonie imm\u00e9diate avec la Cr\u00e9ation (Musique, Sept-\u00c9p\u00e9es), et les \u00e2mes complexes (Prouh\u00e8ze et Rodrigue), qui atteignent le divin par des voies obliques. Initi\u00e9e aux myst\u00e8res de l\u2019au-del\u00e0, Prouh\u00e8ze abandonne la conception aust\u00e8re, jans\u00e9niste, du p\u00e9ch\u00e9, pour se convertir \u00e0 une autre tradition, plus humaniste, celle de Fran\u00e7ois de Sales. L\u2019ange la baptise alors dans les eaux primordiales de la connaissance, les eaux de la naissance, de la mort et de la r\u00e9surrection: \u00abC\u2019est l\u2019effervescence de la source qui s\u2019empare de tous mes \u00e9l\u00e9ments pour les dissoudre et les recomposer.\u00bb Alors que dans la premi\u00e8re partie de la sc\u00e8ne, le dialogue entre l\u2019ange et Prouh\u00e8ze progressait en stichomythie calquant l\u2019instruction du n\u00e9ophyte, dans le deuxi\u00e8me mouvement, le verset claud\u00e9lien exprime le paroxysme de l\u2019exaltation atteint par l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Il reproduit le souffle de l\u2019\u00e2me qui se conna\u00eet enfin elle-m\u00eame, ou mieux qui se reconna\u00eet en passant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir. Si Rodrigue appelle la symbolique chr\u00e9tienne de la Passion, la figure f\u00e9minine de Prouh\u00e8ze est li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment liquide, \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du bapt\u00eame. \u00c0 l\u2019inverse de T\u00eate d\u2019or, Rodrigue ne cherchera plus \u00e0 conqu\u00e9rir le monde: il conna\u00eet tous les degr\u00e9s de la d\u00e9ch\u00e9ance terrestre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019humiliation finale en passant par la cr\u00e9ation spirituelle. Au d\u00e9but de la pi\u00e8ce il n\u2019a rien d\u2019un saint, bien au contraire; il vit la contradiction du conqu\u00e9rant de l\u2019impossible: il veut tout, le pouvoir absolu et l\u2019amour. Sa destin\u00e9e reproduit donc le parcours du catholique qui doit se d\u00e9prendre des biens de ce monde pour aller vers le spirituel, puisqu\u2019il finira comme serviteur de sainte Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila.<\/p>\n<p>Quels sont les principes qui ordonnent la composition de la pi\u00e8ce? D\u2019une part, la volont\u00e9 de totalit\u00e9 oriente le d\u00e9roulement de l\u2019action: l\u2019espace g\u00e9ographique symbolise la qu\u00eate spirituelle. D\u2019autre part, la nature encyclop\u00e9dique du drame met en sc\u00e8ne toutes les exp\u00e9riences possibles. En effet le Soulier de satin est un drame \u00abcatholique\u00bb\u00a0\u2014 adjectif \u00e0 prendre dans le sens d\u2019\u00abuniversel\u00bb que lui donne Claudel. L\u2019homme tend \u00e0 d\u00e9truire l\u2019harmonie originelle. Le conquistador doit restaurer l\u2019ordre catholique perdu. Le couple constitu\u00e9 par Prouh\u00e8ze et Rodrigue donne \u00e0 voir une destin\u00e9e catholique, embl\u00e9matique de la condition humaine pour deux raisons: selon Claudel, le chr\u00e9tien pousse le D\u00e9sir \u00e0 son paroxysme; en outre, l\u2019espace de la chr\u00e9tient\u00e9 d\u00e9signe le lieu o\u00f9 s\u2019accomplit la Cr\u00e9ation continu\u00e9e de Dieu. Rodrigue est s\u00e9par\u00e9 de Prouh\u00e8ze dans l\u2019espace qui d\u00e9finit le lieu de la conqu\u00eate du visible. Le dramaturge \u00e9largit donc les donn\u00e9es spatio-temporelles \u00e0 l\u2019ensemble du cosmos et met en r\u00e9cit l\u2019entrelacs des destin\u00e9es, de l\u2019Europe au Nouveau Monde, en passant par l\u2019Afrique et l\u2019Asie, sur tous les champs de bataille o\u00f9 Rome affronte l\u2019H\u00e9r\u00e9sie ou le Paganisme. L\u2019action s\u2019accomplit en un si\u00e8cle, m\u00eame si l\u2019ordre de la fiction bouleverse parfois celui de l\u2019Histoire: de\u00a01522, moment o\u00f9 Cortez fut nomm\u00e9 capitaine g\u00e9n\u00e9ral et gouverneur de la Nouvelle-Espagne par Charles Quint, \u00e0\u00a01620 o\u00f9 eut lieu la bataille de la Montagne Blanche (qui, pr\u00e8s de Prague, opposa les Tch\u00e8ques aux partisans des Habsbourg et vit la victoire de ces derniers ainsi que de la Contre-R\u00e9forme) en passant par\u00a01571, ann\u00e9e de la bataille de L\u00e9pante, et par\u00a01580, date de la d\u00e9faite de l\u2019Armada. Plusieurs rois d\u2019Espagne se sont succ\u00e9d\u00e9: Charles Quint puis Philippe\u00a0II et\u00a0III.\u00a0Claudel se moque des mauvais politiques, de la morgue ridicule des Grands et du Roi, qui sont repr\u00e9sent\u00e9s, dans la quatri\u00e8me journ\u00e9e, sur un ponton en \u00e9quilibre instable (image probable des gouvernements de la\u00a0IIIe R\u00e9publique). La m\u00e9galomanie criminelle du souverain et de son immense Armada est \u00e9voqu\u00e9e avec une ironie cruelle. \u00c0 l\u2019inverse, m\u00eame si des troubles, des massacres et des pillages se produisent, les conqu\u00e9rants s\u2019imposent comme des \u00eatres de passion, des id\u00e9alistes forcen\u00e9s comme Almagro: \u00abC\u2019est \u00e0 toi, lui dit Rodrigue, qu\u2019il est r\u00e9serv\u00e9 de fermer les portes de l\u2019Inconnu et dans la temp\u00eate et le tremblement de terre de poser le mot FIN \u00e0 l\u2019aventure de Colomb\u00bb (III,\u00a03). En un sens, le conquistador justifie la politique colonialiste des souverains de la Renaissance et leurs ambitions d\u00e9miurgiques. Comme Colomb, figure du Christ, Christophe-Christophoros, le conquistador a pour mission d\u2019apporter la bonne parole aux infid\u00e8les. Dans l\u2019Europe de la R\u00e9forme, il faut que les Saxons protestants se d\u00e9fassent de leur esprit proc\u00e9durier et acceptent de ne rien attendre d\u2019autre de la vie que son n\u00e9ant. En Afrique, les musulmans m\u00e9connaissent le message du Christ. Le conquistador rassemble les peuples et les maintient sous une autorit\u00e9 politique unique: \u00abC\u2019est pour qu\u2019il n\u2019y ait pas de trou que j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019\u00e9largir la terre. Le mal se fait toujours dans un trou\u00bb (IV,\u00a08). Rodrigue est donc \u00e0 la fois le conquistador, l\u2019amant et l\u2019artiste. Mais la femme r\u00e9unit le charnel et le spirituel: elle s\u2019impose comme le principe d\u2019unification, ainsi qu\u2019en t\u00e9moigne la vocation de Do\u00f1a Musique, incarnation de l\u2019harmonie cosmique: \u00abQu\u2019importe le d\u00e9sordre, et la douleur d\u2019aujourd\u2019hui puisqu\u2019elle est le commencement d\u2019autre chose\u00bb (III,\u00a02). Elle permet \u00e0 l\u2019\u00e2me du vice-roi de Naples d\u2019exprimer sa nature. Leur couple symbolise le principe de l\u2019unit\u00e9 dans la transparence.<\/p>\n<p>Revenons, \u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 la nature encyclop\u00e9dique du drame. Pour r\u00e9parer la perte du sens, le po\u00e8te selon Claudel doit tendre \u00abl\u2019immense r\u00eat de\u00a0[s]a connaissance\u00bb, rassembler tout ce qui est, pour faire rena\u00eetre le monde \u00e0 sa vraie nature. Le Soulier de satin constitue l\u2019aboutissement de la pens\u00e9e claud\u00e9lienne: le po\u00e8te catholique a pour vocation de recenser l\u2019ensemble de la Cr\u00e9ation pour louer Dieu, c\u00e9l\u00e9brer la Cr\u00e9ation et chanter le \u00abcredo des choses visibles et invisibles\u00bb. Plus que de connaissance, Claudel parle de \u00abco-naissance\u00bb: exprimer la totalit\u00e9 du monde, c\u2019est la faire na\u00eetre \u00e0 ce qu\u2019elle est, retrouver le sens que Dieu a voulu lui donner. Le Soulier de satin s\u2019impose alors comme un drame baroque qui int\u00e8gre la r\u00e9flexion sur l\u2019amour et sur les conditions m\u00eames de la repr\u00e9sentation po\u00e9tique de la Cr\u00e9ation. Il r\u00e9pond donc \u00e0 la question fondamentale du dramaturge catholique: peut-on dire l\u2019\u0152uvre de Dieu? Et il r\u00e9sout ainsi la contradiction essentielle de Claudel en instaurant un syst\u00e8me complexe de reflets. La multiplication \u00e9pique des personnages historiques et all\u00e9goriques ne conduit pas \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de l\u2019intrigue, mais permet de r\u00e9unir tous les fils des destin\u00e9es. La construction se creuse en abyme: non seulement la pi\u00e8ce se d\u00e9signe elle-m\u00eame comme artificielle pour sugg\u00e9rer ce qui appartient au domaine de la repr\u00e9sentation, mais l\u2019espace sc\u00e9nique s\u2019ouvre sur un \u00abtroisi\u00e8me lieu\u00bb, la mise en sc\u00e8ne fait appel \u00e0 la musique et au cin\u00e9ma. La musique ponctue les prises de parole d\u00e9clamatoires des politiques ou commente les tourments des acteurs du drame. L\u2019\u00e9cran de cin\u00e9ma ouvre sur l\u2019espace cosmique. L\u2019unit\u00e9 globale r\u00e9sulte de l\u2019int\u00e9gration des donn\u00e9es les plus diverses: l\u2019\u00eatre humain incarne \u00e0 la fois le simple, comme individu, et le multiple, dans la soci\u00e9t\u00e9 qui se calque sur la communaut\u00e9 des saints. La multiplication des plans se fonde donc sur une esth\u00e9tique du d\u00e9voilement: le lecteur ne comprend pas toujours l\u2019importance imm\u00e9diate de tel ou tel personnage, de telle ou telle donn\u00e9e; il les int\u00e8grera dans une relecture r\u00e9trospective de l\u2019ensemble. En outre, Claudel diversifie les genres: il convoque sur sc\u00e8ne le merveilleux chr\u00e9tien avec l\u2019apparition des saints et de l\u2019ange gardien de Prouh\u00e8ze, il alterne les sc\u00e8nes dramatiques et les \u00e9pisodes burlesques. Le verset donne l\u2019unit\u00e9 de rythme mais pas de ton; il n\u2019exclut pas la diversit\u00e9 des modulations, du prosa\u00efque au mystique. Le Soulier de satin int\u00e8gre toutes les formes de comique et porte la d\u00e9rision sur la pi\u00e8ce elle-m\u00eame; l\u2019humour r\u00e9sorbe les tensions et relativise l\u2019importance des enjeux. La multiplication des points de vue et des esth\u00e9tiques traduit l\u2019insuffisance de l\u2019art \u00e0 reproduire la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est vraiment, et trahit l\u2019illusion du r\u00e9f\u00e9rentiel unique: pour le dramaturge catholique, le visible, ce n\u2019est pas le r\u00e9el mais seulement son image. Le drame consiste dans la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019aller au vrai au travers de l\u2019artifice. Le Soulier de satin s\u2019impose \u00e0 la fois comme un drame historique puisque Claudel ancre ses personnages dans un d\u00e9cor r\u00e9aliste inspir\u00e9 par ses propres voyages au Portugal et en Espagne et comme une pi\u00e8ce qui r\u00e9voque en doute la notion m\u00eame de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, la multiplication des indications sc\u00e9niques (a priori superf\u00e9tatoires pour un lecteur qui n\u2019imagine pas vraiment sur sc\u00e8ne un texte de quelque six cents pages) repose-t-elle sur une vision du monde. Outre les nombreuses didascalies qui renvoient au travail du r\u00e9gisseur, des machinistes et des acteurs, certaines figures all\u00e9goriques interviennent sur le plateau: la premi\u00e8re journ\u00e9e s\u2019ouvre sur l\u2019intervention de l\u2019\u00abAnnoncier\u00bb et l\u2019ultime entrevue de Don P\u00e9lage et de Prouh\u00e8ze est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par un \u00abd\u00e9m\u00e9nagement g\u00e9n\u00e9ral\u00bb sur sc\u00e8ne orchestr\u00e9 cette fois par \u00abl\u2019Irr\u00e9pressible\u00bb: \u00abvous savez qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre nous manipulons le temps comme un accord\u00e9on, \u00e0 notre plaisir, les heures et les jours sont escamot\u00e9s\u00bb (II,\u00a02). La distance introduite est affirmation d\u2019un ordre tout humain, celui de la cr\u00e9ation artistique. Elle ne se moque pas de la repr\u00e9sentation: elle la d\u00e9signe pour ce qu\u2019elle est, l\u2019imitation de la r\u00e9alit\u00e9 qui est, elle aussi, la sc\u00e8ne d\u2019un th\u00e9\u00e2tre. Ainsi la cr\u00e9ation artistique mime le mouvement de la Cr\u00e9ation divine. On comprend mieux, d\u00e8s lors, pourquoi Rodrigue transpara\u00eet dans les images de saints qu\u2019il vend \u00e0 la fin de sa vie: il se projette dans ses dessins et l\u2019expression artistique est ici con\u00e7ue comme le portrait de l\u2019artiste. Quant \u00e0 sa fin d\u00e9risoire et tragique, grandie par son humiliation, elle incite \u00e0 renouveler la conception du h\u00e9ros; il semble moins moqu\u00e9 qu\u2019apais\u00e9. Dans les fers, Rodrigue sera sauv\u00e9 par son humour. \u00abC\u2019est le sentiment de mon insuffisance compl\u00e8te au terme d\u2019une longue carri\u00e8re qui anime d\u2019un sentiment ironique et bouffon mes derni\u00e8res \u0153uvres\u00bb, \u00e9crit Claudel en\u00a01931. Le Soulier de satin donne ainsi \u00e0 voir la complexit\u00e9 de l\u2019humain au travers de ses grandeurs et de ses faiblesses; en restituant avec diversit\u00e9 et coh\u00e9rence un panorama symbolique de la destin\u00e9e humaine, il accomplit la promesse virtuelle de toute l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>V.\u00a0ANGLARD<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-164","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/164","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=164"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}