{"id":163,"date":"2026-07-25T07:25:49","date_gmt":"2026-07-25T05:25:49","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=163"},"modified":"2026-07-25T07:25:49","modified_gmt":"2026-07-25T05:25:49","slug":"le-pere-humilie","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=le-pere-humilie","title":{"rendered":"le P\u00e8re humili\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>P\u00e8re humili\u00e9 (le)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P\u00c8RE HUMILI\u00c9 (le). Drame en quatre actes et en prose de Paul Claudel (1868-1955), publi\u00e9 \u00e0 Paris dans la Nouvelle Revue fran\u00e7aise de septembre \u00e0 octobre 1919, et en volume chez Gallimard en 1920, et cr\u00e9\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre de Dresde en novembre 1928. Interdite par la censure allemande, la pi\u00e8ce ne fut jou\u00e9e en France qu\u2019\u00e0 partir de mai 1946 (th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es, mise en sc\u00e8ne de Jean Valcourt).<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>\u00c0 Rome, la nuit du\u00a05\u00a0mai\u00a01869, anniversaire de la mort de Napol\u00e9on, une f\u00eate costum\u00e9e bat son plein dans la villa Wronsky. Pens\u00e9e de Co\u00fbfontaine s\u2019interroge: \u00abComment voudrait-il d\u2019une aveugle et d\u2019une Juive?\u00bb, cet Orian de Homodarmes, neveu du pape, qui se destine \u00e0 la carri\u00e8re eccl\u00e9siastique. Orian, pourtant \u00e9pris de la jeune fille, se fait l\u2019interpr\u00e8te aupr\u00e8s d\u2019elle de son fr\u00e8re Orso qui en est lui aussi amoureux. Pens\u00e9e refuse de l\u2019entendre et lui r\u00e9v\u00e8le son ascendance juive: \u00abMoi je suis comme la Synagogue jadis, telle qu\u2019on la repr\u00e9sentait \u00e0 la porte des cath\u00e9drales, \/ On a band\u00e9 mes yeux et tout ce que je veux prendre est bris\u00e9.\u00bb La politique n\u2019est pas absente de leur long t\u00eate-\u00e0-t\u00eate: alors que Pens\u00e9e, fille de l\u2019ambassadeur de France Louis de Co\u00fbfontaine (lequel pr\u00eache pour la paix et le compromis), voudrait voir l\u2019Italie se lib\u00e9rer du joug autrichien, Orian d\u00e9fend les int\u00e9r\u00eats temporels du Saint-Si\u00e8ge\u00a0\u2014 et confirme son choix personnel d\u2019une joie \u00abau-dessus de la vie\u00bb (Acte\u00a0I).<\/p>\n<p>Dans un couvent des environs de Rome, le pape re\u00e7oit les deux fr\u00e8res: Orso accepte de s\u2019effacer devant Orian, mais celui-ci renonce \u00e0 Pens\u00e9e (\u00abC\u2019est mon \u00e2me qu\u2019elle demande, et je ne peux absolument pas la lui donner\u00bb), et le pape l\u2019affermit dans sa vocation (Acte\u00a0II).<br \/>\nSeptembre\u00a01870: Rome a \u00e9t\u00e9 prise par les Pi\u00e9montais, et en France la R\u00e9publique est proclam\u00e9e. Pens\u00e9e vient d\u2019accepter d\u2019\u00e9pouser Orso. Celui-ci la met en pr\u00e9sence d\u2019Orian, de retour d\u2019un long voyage. Dans une semaine, les deux fr\u00e8res rejoindront l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise pour se battre contre les Prussiens. Orian r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Pens\u00e9e l\u2019infini d\u2019un amour qui ne peut s\u2019accomplir ici-bas: \u00abCe que je voulais te donner, cela n\u2019est pas compatible avec le temps, mais avec l\u2019\u00e9ternit\u00e9.\u00bb Persuad\u00e9e de l\u2019absolu de cette passion, elle lui demande de partir et s\u2019arrache de ses bras alors m\u00eame qu\u2019il allait rester; puis elle rompt ses fian\u00e7ailles avec Orso (Acte\u00a0III).<\/p>\n<p>Fin janvier 1871: dans un palais romain, Pens\u00e9e sent bouger son enfant en elle. Tu\u00e9 au combat, Orian a rejoint ce Dieu \u00abqu\u2019il aimait comme un sauvage\u00bb. Orso accomplit sa volont\u00e9 en \u00e9pousant Pens\u00e9e\u00a0\u2014 qui ne sera jamais pour lui \u00abautre chose qu\u2019une s\u0153ur\u00bb\u00a0\u2014, afin de donner un nom \u00e0 l\u2019enfant de son fr\u00e8re (Acte\u00a0IV).<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Dans ce dernier volet de la trilogie appara\u00eet une troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de Co\u00fbfontaine: celle de Pens\u00e9e, fille de Louis et de Sichel, petite-fille de Sygne et de Turelure. L\u2019Otage mettait en place le nouvel ordre issu de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et de l\u2019\u00e9viction de la noblesse; le Pain dur d\u00e9crivait l\u2019embourgeoisement de la soci\u00e9t\u00e9 au temps de Louis-Philippe; le P\u00e8re humili\u00e9 se d\u00e9roule \u00e0 Rome, foyer central de la chr\u00e9tient\u00e9, au moment o\u00f9 s\u2019ach\u00e8ve l\u2019unit\u00e9 italienne et o\u00f9 se pose, dans toute l\u2019Europe, la question des nationalit\u00e9s. L\u2019action \u00e9volue sur un double plan, personnel et collectif, et la f\u00eate travestie dans les jardins du comte Wronsky souligne concr\u00e8tement son caract\u00e8re symbolique: Pens\u00e9e, l\u2019aveugle, a rev\u00eatu le costume de la Nuit; Orian, en jardinier, porte \u00e0 son doigt un saphir, \u00abla pierre qui voit clair\u00bb&#8230; Le titre du drame \u00e9voque l\u2019humiliation du pape, qui se voit pr\u00e9f\u00e9rer la cr\u00e9ature en un temps o\u00f9 \u00abcelui qui est venu, c\u2019est comme s\u2019Il n\u2019\u00e9tait pas venu\u00bb (II,\u00a01), et qui subit, en\u00a01870, l\u2019affront d\u2019\u00eatre retenu prisonnier par les Pi\u00e9montais dans sa propre ville. Pourtant, la volont\u00e9 divine continue d\u2019orienter l\u2019aventure humaine, comme en t\u00e9moigne le destin de Pens\u00e9e qui s\u2019unit en secret au neveu d\u2019un pape dont le pr\u00e9d\u00e9cesseur fut sauv\u00e9 par Sygne, l\u2019a\u00efeule sacrifi\u00e9e: \u00abSaint-p\u00e8re, voici sa descendance qui revient vers vous et vers moi avec un grief et une cr\u00e9ance\u00bb (II,\u00a02). Nouvelle figure de l\u2019\u00e9change: la papaut\u00e9, en \u00abdonnant\u00bb\u00a0\u2014 f\u00fbt-ce malgr\u00e9 elle\u00a0\u2014 Orian \u00e0 la derni\u00e8re Co\u00fbfontaine, acquitte quelque soixante ans plus tard la dette contract\u00e9e par le mariage, douloureux et salvateur, de Sygne avec Turelure (voir l\u2019Otage).<\/p>\n<p>Le sujet de la pi\u00e8ce est presque corn\u00e9lien: il pose la question de savoir si un chr\u00e9tien peut pr\u00e9tendre au bonheur terrestre. Orian aime Pens\u00e9e d\u2019une passion r\u00e9ciproque mais sacrifie son amour \u00e0 un devoir qui le transcende. Tout le drame est fond\u00e9, en effet, sur le d\u00e9calage qui s\u00e9pare l\u2019aspiration individuelle au bonheur et l\u2019engagement mystique. Le verset c\u00e9l\u00e8bre, sur le mode lyrique, la vocation d\u2019Orian, mais aussi celle de Pens\u00e9e, cette \u00abnouvelle Fianc\u00e9e de Salomon\u00bb (I,\u00a01): c\u2019est elle la vigne que les hommes devront transformer en vin, en liqueur de la renaissance spirituelle. \u00c0 l\u2019inverse, Orian manifeste une sorte d\u2019h\u00e9ro\u00efsme forcen\u00e9 dans le refus de son \u00eatre de chair. Pens\u00e9e accomplit la promesse que sa m\u00e8re, la Juive Sichel, fit \u00e0 son p\u00e8re lors de leur mariage: elle r\u00e9unit l\u2019ancien et le nouveau, le juda\u00efsme et le catholicisme. Pour elle comme pour Prouh\u00e8ze (voir le Soulier de satin), tout est d\u00e9j\u00e0 advenu: d\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, elle est intimement persuad\u00e9e que son destin est scell\u00e9. La progression de l\u2019action suit la constitution progressive du couple: Pens\u00e9e, l\u2019aveugle, ouvre les yeux d\u2019Orian \u00e0 une spiritualit\u00e9 dont il se faisait une id\u00e9e trop peu charnelle. D\u00e9sirable pour sa faiblesse m\u00eame, elle est la m\u00e9diatrice qu\u2019Orian refuse de reconna\u00eetre de fa\u00e7on explicite mais qui s\u2019impose \u00e0 lui de mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e, dans son absence m\u00eame: \u00abPens\u00e9e! noire, noire Pens\u00e9e, en accord contre moi avec le Destin! Si je meurs, Pens\u00e9e, c\u2019est que sans doute il n\u2019y avait aucun moyen pour moi de p\u00e9n\u00e9trer jusqu\u2019\u00e0 vous!\u00bb (III,\u00a02). Ainsi, par sa mort, il la rejoint en esprit, s\u2019excluant par l\u00e0 m\u00eame d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019absolu n\u2019est pas susceptible d\u2019incarnation (voir T\u00eate d\u2019or).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>V.\u00a0ANGLARD<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-163","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/163","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=163"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}