{"id":157,"date":"2026-07-24T23:17:46","date_gmt":"2026-07-24T21:17:46","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=157"},"modified":"2026-07-24T23:17:46","modified_gmt":"2026-07-24T21:17:46","slug":"divagations","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=divagations","title":{"rendered":"Divagations"},"content":{"rendered":"<p>Divagations<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>DIVAGATIONS. Recueil de proses, po\u00e8mes et critiques de St\u00e9phane Mallarm\u00e9 (1842-1898), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Fasquelle en 1897.<\/p>\n<p>Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un bref texte-pr\u00e9face dans lequel il \u00e9met quelques r\u00e9serves sur la composition m\u00eame de l\u2019ensemble\u00a0\u2014 \u00abUn livre comme je ne les aime pas, ceux \u00e9pars et priv\u00e9s d\u2019architecture.\u00a0[&#8230;] L\u2019excuse, \u00e0 travers tout ce hasard, que l\u2019assemblage s\u2019aida, seul, par une vertu commune\u00bb\u00a0\u2014, l\u2019ouvrage rassemble des textes que s\u00e9parent pr\u00e8s de trente ann\u00e9es, de\u00a01864 \u00e0\u00a01893, publi\u00e9s en revues, fran\u00e7aises ou \u00e9trang\u00e8res, en pr\u00e9face \u00e0 divers volumes, voire d\u00e9j\u00e0 regroup\u00e9s (Album de vers et de prose,\u00a01887; Pages,\u00a01891; Vers et Prose,\u00a01893).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Divagations comprend dix sections: \u00abAnecdotes ou Po\u00e8mes\u00bb, \u00abVolumes sur le divan\u00bb, \u00abQuelques M\u00e9daillons et Portraits en pied\u00bb, \u00abRichard Wagner. R\u00eaverie d\u2019un po\u00e8te fran\u00e7ais\u00bb, \u00abCrayonn\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre\u00bb, \u00abCrise de vers\u00bb, \u00abQuant au livre\u00bb, \u00able Myst\u00e8re dans les Lettres\u00bb, \u00abOffices\u00bb, \u00abGrands Faits divers\u00bb. Si l\u2019on excepte quelques proses d\u2019inspiration baudelairienne des \u00abAnecdotes ou Po\u00e8mes\u00bb, la prose mallarm\u00e9enne se pr\u00e9occupe de situer l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, le po\u00e8te, la po\u00e9sie en eux-m\u00eames, mais aussi par rapport au monde quotidien et aux conditions mat\u00e9rielles de la litt\u00e9rature. L\u2019anecdote\u00a0\u2014 le petit fait curieux et r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0\u2014 nourrit constamment une r\u00e9flexion qui oppose le journalisme, \u00able lavage dominical de la banalit\u00e9\u00bb (\u201cTennyson vu d\u2019ici\u201d, \u201cArthur Rimbaud\u201d) ou le roman (\u201d\u00c9talages\u201d), \u00e0 la Po\u00e9sie, \u00able parfait \u00e9crit\u00bb (\u201cle Genre ou les Modernes\u201d). D\u00e8s \u201cUn spectacle interrompu\u201d (1875), Mallarm\u00e9 d\u00e9clare son projet d\u2019\u00f4ter aux reporters leur mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9cit, telle anecdote, pour dire \u00abcomment elle frappa\u00a0[son] regard de po\u00e8te\u00bb. Ainsi le d\u00e9tail biographique (\u201cLaurent Tailhade\u201d, \u201cArthur Rimbaud\u201d, \u201cle Vathek de Beckford\u201d) envahit-il le portrait pour trouver une nouvelle signification d\u00e9finie par un contexte po\u00e9tique. De m\u00eame l\u2019actualit\u00e9\u00a0\u2014 la querelle la\u00efque (\u201cOffices\u201d), le scandale de Panam\u00e1 (\u201cOr\u201d)\u00a0\u2014, l\u2019essor de la presse ne sont pas pr\u00e9texte \u00e0 un discours \u00e9thique, mais incitent le po\u00e8te \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la r\u00e9ception de l\u2019\u00e9crit prosa\u00efque dans le public et \u00e0 d\u00e9finir la place de l\u2019auteur (\u00abGrands Faits divers\u00bb), la nature de la po\u00e9sie (\u00abCrise de vers\u00bb, \u00abQuant au livre\u00bb, \u00able Myst\u00e8re dans les lettres\u00bb), le moment de sa consommation (\u00abCrayonn\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre\u00bb, \u00abOffices\u00bb). M\u00eame si nombre de pages ont \u00e9t\u00e9 dict\u00e9es par les circonstances, Mallarm\u00e9 parvient toujours \u00e0 s\u2019abstraire de l\u2019instant pour \u00e9difier, par-del\u00e0 les rencontres et les disciplines, les fondements de l\u2019utopie po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Po\u00e8mes en prose, essais critiques, r\u00e9flexions sur le pr\u00e9sent et sur la po\u00e9sie: discours et m\u00e9ta-discours alternent, quelle que soit la forme du texte, pour lui donner cette allure divaguante et agressive que refl\u00e8te la typographie tr\u00e8s \u00e9clat\u00e9e souvent adopt\u00e9e par Mallarm\u00e9. Pourtant, comme le rappelle l\u2019auteur, les \u00abdivagations apparentes traitent un sujet de pens\u00e9e unique\u00bb, celui du concept de r\u00e9alit\u00e9, de mim\u00e9sis. Pour Mallarm\u00e9, la litt\u00e9rature n\u2019a pas \u00e0 se pr\u00e9occuper de repr\u00e9senter le monde tel qu\u2019il est: d\u00e9crire (\u00abCrise de vers\u00bb), \u00e9taler la banalit\u00e9 (\u00able Myst\u00e8re dans les lettres\u00bb), flatter l\u2019attente du public vulgaire sont autant de simulacres appropri\u00e9s au besoin imm\u00e9diat (\u00abCrayonn\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre\u00bb). Le texte litt\u00e9raire ne peut \u00eatre monnaie d\u2019\u00e9change entre deux individus, \u00abnum\u00e9raire, engin de terrible pression\u00bb (\u00abGrands Faits divers\u00bb, \u201cOr\u201d). Qu\u2019une banque s\u2019effondre, le pr\u00e9cieux m\u00e9tal n\u2019est rien, sinon signe qui r\u00e9v\u00e8le la nullit\u00e9 de ce qui entoure le sujet (ibid.). Artifice que la r\u00e9alit\u00e9 (\u00abAnecdotes ou Po\u00e8mes\u00bb, \u201cUn spectacle interrompu\u201d), \u00abn\u00e9ant que l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00bb (ibid.), car la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019existe pas: \u00abEn discourir \u00e9gale ne traiter aucun sujet ou se taire par d\u00e9lassement\u00bb (\u00abGrands Faits divers\u00bb, \u201cSauvegarde\u201d). Faute de r\u00e9f\u00e9rent, toute litt\u00e9rature \u00e0 pr\u00e9tention r\u00e9aliste se trouve r\u00e9cus\u00e9e.<\/p>\n<p>Reste la pens\u00e9e face \u00e0 son propre myst\u00e8re. Les consid\u00e9rations sur la danse et le th\u00e9\u00e2tre correspondent \u00e0 cette tentation de mise en spectacle de la seule v\u00e9ritable aventure humaine, l\u2019acte mental, \u00abOph\u00e9lie jamais noy\u00e9e\u00bb. Le po\u00e8te condamne le costume (\u00abCela date trop, \u00e0 coup s\u00fbr\u00bb dans \u00abCrayonn\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre\u00bb, \u201cHamlet\u201d) et le d\u00e9cor (\u00abCh\u00e2ssis opaques, carton cette intrusion, au rancart!\u00bb, ibid., \u201cles Fonds dans le ballet\u201d). Sur une sc\u00e8ne d\u00e9nud\u00e9e, blanche page, il projette la danseuse \u00e0 la gaze l\u00e9g\u00e8re et allusive dont le pas a\u00e9rien dessine des arabesques qu\u2019il faut lire comme autant de \u00abhi\u00e9roglyphes\u00bb. Devenu \u00absaint des saints, mais mental\u00bb, il donne \u00e0 voir dans l\u2019instant, en un v\u00e9ritable happening, \u00able fugace et le soudain jusqu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e\u00bb (\u00abRichard Wagner\u00bb).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Les Divagations interrogent ainsi, non des spectacles, mais des syst\u00e8mes de signes en leur fonctionnement rythmique. La d\u00e9marche po\u00e9tique se questionne de m\u00eame: \u00abL\u2019acte po\u00e9tique consiste \u00e0 voir soudain qu\u2019une id\u00e9e se fractionne en un nombre de motifs \u00e9gaux et \u00e0 les grouper\u00bb (\u00abCrise de vers\u00bb). Les consid\u00e9rations sur l\u2019alexandrin, comme celles faites sur la musique wagn\u00e9rienne, soulignent l\u2019importance des rapports internes \u00e0 un ensemble: la musique est au drame ce que le vers est \u00e0 la page, la page au livre (\u00abQuant au livre\u00bb, \u201c\u00c9talages\u201d), la pierre aux autres pierres, l\u2019\u00e9toile au corps de ballet ou \u00e0 la constellation. Il n\u2019y a pas dans cette fascination pour le scintillement et la r\u00e9flexion qu\u2019une passion de la \u00abstructure\u00bb et une recherche de l\u2019harmonie: l\u2019\u0153uvre de g\u00e9nie est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de m\u00e9lodie (\u00abToute \u00e2me est une m\u00e9lodie\u00bb dans \u00abCrise de vers\u00bb), ce qui n\u00e9cessite la mise en place d\u2019une langue nouvelle, novatrice en sa syntaxe en particulier, destin\u00e9e \u00e0 \u00abr\u00e9mun\u00e9rer le d\u00e9faut des langues\u00bb (ibid.)\u00a0\u2014 ce que le recueil des Divagations, en un autre retour sur lui-m\u00eame, accomplit. \u00abInstrument spirituel\u00bb, le livre sert un projet orgueilleux: il tente de retrouver la puret\u00e9 et l\u2019essentialit\u00e9 d\u2019une langue dont le po\u00e8te sait qu\u2019elle est perdue. Pareille au mime, \u00aballusion perp\u00e9tuelle sans briser la glace\u00bb (\u00abCrayonn\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre\u00bb, \u201cMimique\u201d), il sugg\u00e8re, autant parce qu\u2019il doit dire un effacement de la pens\u00e9e que parce que le moyen de le dire est encore \u00e0 cr\u00e9er (sur l\u2019allusif, il faudrait questionner la th\u00e9matique de la dentelle, de la gaze, de l\u2019\u00e9cume).<\/p>\n<p>Les Divagations ont donc pour unique sujet la cr\u00e9ation. Elles instaurent une physique de la pens\u00e9e, si bien que, dans la doctrine mallarm\u00e9enne, la po\u00e9sie est \u00abnature anim\u00e9e\u00bb. Une nature comprise comme une physis grecque, \u00e0 laquelle est aussi identifi\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre (\u201cBallets\u201d, \u201cPlanches et Feuillets\u201d). Fond\u00e9e sur une n\u00e9gation radicale du temps et de l\u2019espace, l\u2019\u0153uvre qui se prend pour objet cr\u00e9e son propre espace et sa propre temporalit\u00e9. Toute une th\u00e9matique de la distance et du futur (\u201cVerlaine\u201d, \u201cArthur Rimbaud\u201d, \u201cTennyson vu d\u2019ici\u201d), qui relaie celle que mettent en place les \u00abTombeaux\u00bb (voir Po\u00e9sies), tire les cons\u00e9quences du rejet du r\u00e9el. Il convient au po\u00e8te de rompre avec le monde: celui qui, tel Villiers de L\u2019Isle-Adam, est \u00abl\u2019\u00c9lu\u00bb, porteur d\u2019un \u00abSaint \u00e9clat\u00bb, celui qui, tel Verlaine \u00abh\u00e9ros\u00bb, est appel\u00e9 \u00e0 r\u00e9gner, celui qui, tel Rimbaud, renoue avec la vie sauvage et renonce \u00e0 son \u00abidentit\u00e9 mondaine\u00bb n\u2019a d\u2019existence vraie que dans et par son \u0153uvre: \u00abOn se joue tout entier, de nouveau, chaque fois, n\u2019\u00e9tant que tous sans rester diff\u00e9rent, \u00e0 volont\u00e9\u00bb (\u201c\u00c9douard Manet\u201d). Parce qu\u2019il se voue \u00e0 l\u2019universel et au spirituel, le po\u00e8te sert la faim partag\u00e9e, \u00e0 leur insu, de tous les hommes. La po\u00e9sie est un besoin humain, et le po\u00e8te est \u00abordonnateur de f\u00eates en chacun\u00bb (\u201cPlanches et Feuillets\u201d). Toute une th\u00e9matique du c\u00e9r\u00e9monial traverse le recueil, qui reverse sur les divers \u00e9l\u00e9ments de la communication (\u00e9nonciateur, interlocuteur, contexte de l\u2019\u00e9nonciation, support de l\u2019\u00e9nonc\u00e9) les composantes des cultes officiels qui ont cours dans la soci\u00e9t\u00e9. Le po\u00e8te est le ministre des cultes futurs. De m\u00eame, la m\u00e9taphore de l\u2019alchimie, promise \u00e0 un long avenir chez les surr\u00e9alistes, transf\u00e8re la pr\u00e9ciosit\u00e9 de l\u2019or sur la po\u00e9sie depuis un monde o\u00f9 le num\u00e9raire est d\u00e9valu\u00e9 (\u201cOr\u201d). Mallarm\u00e9 ne se contente pas de rejeter les syst\u00e8mes de signes propres au monde mat\u00e9riel: il les r\u00e9implante dans l\u2019utopie po\u00e9tique, en un subtil mouvement dialectique.<\/p>\n<p>Atopique, atemporelle, sacr\u00e9e, la Po\u00e9sie prend les dimensions d\u2019un mythe: celui de la qu\u00eate de sa pens\u00e9e par l\u2019homme. Ce mythe moderne (le qualificatif est fr\u00e9quent dans le recueil), expression de la spiritualit\u00e9 humaine, ne devient accessible que si la foule le veut. L\u2019herm\u00e9tisme mallarm\u00e9en, qui lui vaut l\u2019incompr\u00e9hension de ses contemporains, le contraint \u00e0 diff\u00e9rer l\u2019accomplissement de son projet po\u00e9tique. \u00ab\u00c9difi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cart\u00bb (\u201cTennyson vu d\u2019ici\u201d), la po\u00e9sie n\u2019est plus, cependant, r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite, comme elle l\u2019\u00e9tait aux commencements de l\u2019\u0153uvre. Parce qu\u2019elle est le culte r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019aspiration de la foule, elle doit, \u00e0 l\u2019avenir, \u00eatre \u00abautant cela possible r\u00e9duite aux proportions sociales, d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00bb (\u00abAnecdotes ou Po\u00e8mes\u00bb, \u201cConflit\u201d).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-157","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/157","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=157"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}