{"id":155,"date":"2026-07-24T23:11:59","date_gmt":"2026-07-24T21:11:59","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=155"},"modified":"2026-07-24T23:11:59","modified_gmt":"2026-07-24T21:11:59","slug":"poemes-saturniens","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=poemes-saturniens","title":{"rendered":"Po\u00e8mes saturniens"},"content":{"rendered":"<p>Po\u00e8mes saturniens<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PO\u00c8MES SATURNIENS. Recueil po\u00e9tique de Paul Verlaine (1844-1896), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Alphonse Lemerre en 1866. Onze po\u00e8mes avaient auparavant paru en revue: en\u00a01863, \u201cMonsieur Prudhomme\u201d dans la Revue du progr\u00e8s moral; en\u00a01865, \u201cDans les bois\u201d et \u201cNevermore\u201d dans l\u2019Art, \u201cIl Bacio\u201d, \u201cCauchemar\u201d, \u201cSub urbe\u201d, \u201cMarine\u201d, \u201cMon r\u00eave familier\u201d, \u201cAngoisse\u201d dans le Parnasse contemporain, \u201cNuit du Walpurgis classique\u201d et \u201cGrotesque\u201d dans la Revue duXIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les Po\u00e8mes saturniens constituent le premier recueil publi\u00e9 par l\u2019auteur, qui avait tout d\u2019abord song\u00e9 \u00e0 l\u2019intituler Po\u00e8mes et Sonnets. Les traits dominants de l\u2019esth\u00e9tique verlainienne\u00a0\u2014 qui culminera dans les Romances sans paroles avant le retour, avec Sagesse, \u00e0 des formes po\u00e9tiques plus conventionnelles\u00a0\u2014 y sont d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s affirm\u00e9s. L\u2019ouvrage parut cependant dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. Les rares critiques dont il fit l\u2019objet furent dans l\u2019ensemble malveillantes et les Po\u00e8mes saturniens rest\u00e8rent ignor\u00e9s pendant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un po\u00e8me liminaire qui explique le titre, le recueil s\u2019ouvre sur un long \u201cPrologue\u201d en alexandrins consacr\u00e9 au po\u00e8te, \u00e0 la permanence de son art et au caract\u00e8re sacr\u00e9 de sa mission: \u00abLe Po\u00ebte, l\u2019amour du Beau, voil\u00e0 sa foi, \/ L\u2019Azur son \u00e9tendard, et l\u2019Id\u00e9al, sa loi!\u00bb Vient ensuite une premi\u00e8re partie, intitul\u00e9e \u00abMelancholia\u00bb, que Verlaine avait sans doute song\u00e9 un moment \u00e0 isoler pour la publier en plaquette. Elle comporte huit po\u00e8mes, dont sept sont des sonnets et figurent parmi les textes les plus fameux du po\u00e8te, notamment \u201cNevermore\u201d, \u201cApr\u00e8s trois ans\u201d, \u201cLassitude\u201d et \u201cMon r\u00eave familier\u201d. La deuxi\u00e8me section, \u00abEaux-fortes\u00bb, comprend cinq po\u00e8mes aux formes vari\u00e9es, certains, comme \u201cCauchemar\u201d (II) et \u201cMarine\u201d (III), m\u00ealant divers types de m\u00e8tres, souvent impairs, conform\u00e9ment \u00e0 \u201cl\u2019Art po\u00e9tique\u201d que le po\u00e8te \u00e9noncera plus tard (voir Jadis et Nagu\u00e8re). La troisi\u00e8me partie, intitul\u00e9e \u00abPaysages tristes\u00bb et form\u00e9e de sept po\u00e8mes, privil\u00e9gie, ainsi qu\u2019en t\u00e9moignent certains titres, les moments de d\u00e9clin: celui du jour avec \u201cSoleils couchants\u201d (I), \u201cCr\u00e9puscule du soir mystique\u201d (II), \u201cl\u2019Heure du berger\u201d (VI); ou bien celui de l\u2019ann\u00e9e avec \u201cChanson d\u2019automne\u201d (V). La quatri\u00e8me section, \u00abCaprice\u00bb, contient cinq po\u00e8mes, dont le ton humoristique va de la badinerie galante (\u201cFemme et Chatte\u201d,\u00a0I) \u00e0 la satire (\u201cJ\u00e9suitisme\u201d,\u00a0II, \u201cMonsieur Prudhomme\u201d,\u00a0V). Vient ensuite une s\u00e9rie de douze po\u00e8mes d\u00e9pourvus d\u2019un titre commun et non num\u00e9rot\u00e9s, de formes et d\u2019inspirations diverses, g\u00e9n\u00e9ralement en alexandrins. Le recueil se cl\u00f4t sur un \u00ab\u00c9pilogue\u00bb, constitu\u00e9 de trois po\u00e8mes, dans lequel Verlaine d\u00e9voile sa conception de la cr\u00e9ation po\u00e9tique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le po\u00e8me liminaire d\u00e9finit en ces termes l\u2019\u00abinfluence maligne\u00bb qui pr\u00e9side \u00e0 la destin\u00e9e du po\u00e8te: \u00abOr ceux-l\u00e0 qui sont n\u00e9s sous le signe SATURNE, \/ Fauve plan\u00e8te, ch\u00e8re aux n\u00e9cromanciens, \/ Ont entre tous, d\u2019apr\u00e8s les grimoires anciens, \/ Bonne part de malheurs et bonne part de bile. \/ L\u2019Imagination, inqui\u00e8te et d\u00e9bile, \/ Vient rendre nul en eux l\u2019effort de la Raison.\u00bb Rien de romantique, toutefois, dans cette fatalit\u00e9. Verlaine souligne avec ironie la distance qui le s\u00e9pare par exemple d\u2019un Lamartine (\u00ab\u00c9pilogue\u00bb,\u00a0III), et semble plut\u00f4t en accord avec l\u2019esth\u00e9tique parnassienne: \u00abCe qu\u2019il nous faut \u00e0 nous, les Supr\u00eames Po\u00ebtes \/\u00a0[&#8230;] \u00c0 nous qui ciselons les mots comme des coupes \/ Et qui faisons des vers \u00e9mus tr\u00e8s froidement, \/\u00a0[&#8230;] C\u2019est l\u2019Obstination et c\u2019est la Volont\u00e9!\u00bb (ibid.). L\u2019ironie latente de certains vers invite toutefois \u00e0 consid\u00e9rer avec circonspection une telle all\u00e9geance. En r\u00e9alit\u00e9, cette po\u00e9sie ne ressemble \u00e0 aucune autre et, en d\u00e9pit du caract\u00e8re composite du recueil et de la facture encore conventionnelle de certains po\u00e8mes, les Po\u00e8mes saturniens t\u00e9moignent de l\u2019originalit\u00e9 et de la modernit\u00e9 de la voix verlainienne.<\/p>\n<p>Cette voix, le po\u00e8te la caract\u00e9rise lui-m\u00eame dans \u201cS\u00e9r\u00e9nade\u201d: \u00abMa voix aigre et fausse.\u00bb Privil\u00e9giant le d\u00e9hanchement et la rupture, le vers se mod\u00e8le au rythme des sons plus qu\u2019il ne se plie \u00e0 la logique du sens et engendre ainsi des harmonies inhabituelles, de surprenants effets de claudication syntaxique. C\u2019est sans doute \u201cChanson d\u2019automne\u201d (\u00abPaysages tristes\u00bb,\u00a0V) qui va le plus loin dans cette voie. Assonances et allit\u00e9rations se m\u00ealent pour engendrer un flux lancinant et grin\u00e7ant \u00e0 la fois. La bri\u00e8vet\u00e9 des vers scinde la lecture, de multiples pauses retardant l\u2019av\u00e8nement du sens et laissant le po\u00e8me dans un constant suspens: \u00abLes sanglots longs \/ Des violons \/ De l\u2019automne \/ Blessent mon c\u0153ur \/ D\u2019une langueur \/ Monotone.\u00bb L\u2019angoisse, jamais nomm\u00e9e mais manifest\u00e9e \u00e0 travers diverses expressions\u00a0\u2014 \u00abTout suffocant\u00bb, \u00abJe pleure\u00bb\u00a0\u2014 est ainsi d\u2019autant plus efficacement communiqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Univers de la sensation, de l\u2019impression et du r\u00eave, les Po\u00e8mes saturniens proc\u00e8dent par touches successives plut\u00f4t qu\u2019ils n\u2019ob\u00e9issent \u00e0 une continuit\u00e9 narrative ou \u00e0 une logique descriptive, \u00e0 l\u2019exception de quelques pi\u00e8ces telles que \u201cNocturne parisien\u201d, \u201cMarco\u201d, \u201cC\u00e9sar Borgia\u201d ou \u201cla Mort de Philippe\u00a0II\u201d. Ainsi, dans \u201cApr\u00e8s trois ans\u201d (\u00abMelancholia\u00bb,\u00a0III), le paysage d\u2019un jardin se constitue peu \u00e0 peu mais demeure morcel\u00e9, form\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments autonomes que le po\u00e8me se borne \u00e0 mettre c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te: une \u00abhumble tonnelle\u00bb, un \u00abjet d\u2019eau\u00bb, un \u00abvieux tremble\u00bb, des \u00abroses\u00bb, de \u00abgrands lys\u00bb, des \u00abalouettes\u00bb, une \u00abVell\u00e9da\u00bb. Aucune vision totalisante n\u2019organise l\u2019espace, de m\u00eame que le texte, refusant l\u2019anecdote et l\u2019expansion sentimentale, demeure muet sur les motivations de cette promenade et l\u2019\u00e9motion qu\u2019elle suscite. La nostalgie, l\u2019\u0153uvre destructrice du temps sont au c\u0153ur du po\u00e8me mais sugg\u00e9r\u00e9es seulement, dessin\u00e9es en filigrane \u00e0 travers le spectacle de l\u2019immuabilit\u00e9 de la nature et gr\u00e2ce \u00e0 de br\u00e8ves notations temporelles\u00a0\u2014 \u00abApr\u00e8s trois ans\u00bb, \u00abComme avant\u00bb\u00a0\u2014 ou \u00e0 de simples pr\u00e9fixes it\u00e9ratifs\u00a0\u2014 \u00abJ\u2019ai tout revu\u00bb, \u00abJ\u2019ai retrouv\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019un des traits dominants du \u00absigne SATURNE\u00bb r\u00e9side sans doute dans cette perception aigu\u00eb et inqui\u00e8te de la fuite du temps. Les Po\u00e8mes saturniens se plaisent \u00e0 \u00e9voquer le pass\u00e9 qui ne reviendra plus\u00a0\u2014 des titres tels que \u00abMelancholia\u00bb ou \u201cNevermore\u201d (ce dernier est utilis\u00e9 deux fois) sont \u00e9loquents \u00e0 cet \u00e9gard\u00a0\u2014, ou \u00e0 traquer la fugacit\u00e9 du pr\u00e9sent: \u00abEt fais-moi des serments que tu rompras demain, \/ Et pleurons jusqu\u2019au jour, \u00f4 petite fougueuse!\u00bb (\u201cLassitude\u201d, \u00abMelancholia\u00bb,\u00a0V). La femme r\u00eav\u00e9e est moins promise que d\u2019embl\u00e9e vou\u00e9e \u00e0 la mort dont elle proc\u00e8de et dont elle ne parvient pas v\u00e9ritablement \u00e0 s\u2019extraire: \u00abSon regard est pareil \u00e0 celui des statues, \/ Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a \/ L\u2019inflexion des voix ch\u00e8res qui se sont tues\u00bb (\u201cMon r\u00eave familier\u201d, \u00abMelancholia\u00bb,\u00a0VI).<\/p>\n<p>Les Po\u00e8mes saturniens sont peupl\u00e9s de souvenirs et de spectres. De discrets mouvements s\u2019y esquissent, presque toujours sous l\u2019image du roulis, d\u2019un balancement typique de l\u2019h\u00e9sitation et de l\u2019ind\u00e9cision saturniennes: \u00abBalanc\u00e9s par un vent automnal et berceur, \/ Les rosiers du jardin s\u2019inclinent en cadence\u00bb (\u00ab\u00c9pilogue\u00bb,\u00a0I). Les teintes sont estomp\u00e9es, ainsi que l\u2019atteste la r\u00e9currence d\u2019adjectifs tels que \u00abbl\u00eame\u00bb, \u00abblafard\u00bb ou \u00abmorne\u00bb. La mort envahit le texte po\u00e9tique et la d\u00e9tresse\u00a0\u2014 \u00abMon \u00e2me pour d\u2019affreux naufrages appareille\u00bb (\u201cl\u2019Angoisse\u201d, \u00abEaux-fortes\u00bb,\u00a0VIII)\u00a0\u2014 se dit \u00e0 travers l\u2019\u00e9vanescence et la d\u00e9liquescence des choses: toute pr\u00e9sence est saisie dans sa pr\u00e9caire t\u00e9nuit\u00e9 et porte l\u2019angoisse d\u2019une disparition.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-155","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/155","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=155"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}