{"id":154,"date":"2026-07-24T23:07:26","date_gmt":"2026-07-24T21:07:26","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=154"},"modified":"2026-07-24T23:07:26","modified_gmt":"2026-07-24T21:07:26","slug":"sagesse","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=sagesse","title":{"rendered":"Sagesse"},"content":{"rendered":"<p>Sagesse<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>SAGESSE. Recueil po\u00e9tique de Paul Verlaine (1844-1896), publi\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur \u00e0 Paris \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de librairie catholique en 1880 (sous la date de\u00a01881); r\u00e9\u00e9dition revue et corrig\u00e9e \u00e0 Paris chez L\u00e9on Vanier en\u00a01889.<\/p>\n<p>Le recueil, qui comprend des po\u00e8mes \u00e9crits entre\u00a01873 et\u00a01880, ne trouve que tardivement son principe d\u2019unit\u00e9 et son titre. Verlaine avait en effet tout d\u2019abord song\u00e9 \u00e0 regrouper dans un volume unique les po\u00e8mes \u00e9crits durant son s\u00e9jour en prison (de juillet 1873 \u00e0 janvier 1875) cons\u00e9cutif \u00e0 la dispute survenue en Belgique avec son ami Rimbaud, qu\u2019il avait l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 d\u2019un coup de feu. Le recueil se serait intitul\u00e9 Cellulairement. La disparit\u00e9 des textes con\u00e7us en prison conduit toutefois le po\u00e8te \u00e0 renoncer \u00e0 son projet et \u00e0 disperser les po\u00e8mes dans divers livres, parmi lesquels Sagesse. Durant sa d\u00e9tention, Verlaine conna\u00eet, en\u00a01874, un v\u00e9ritable \u00e9lan mystique dont Sagesse se fait l\u2019\u00e9cho. Converti, le po\u00e8te joint une Pr\u00e9face, dat\u00e9e du\u00a030\u00a0juillet\u00a01880, \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9dition du recueil. Il y pr\u00e9sente l\u2019ouvrage comme un \u00abacte de foi public\u00bb inspir\u00e9 par le \u00abdevoir religieux\u00bb et une \u00abesp\u00e9rance fran\u00e7aise\u00bb. L\u2019\u0153uvre, en g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9daign\u00e9e par la critique et l\u2019ensemble du monde litt\u00e9raire\u00a0\u2014 sauf Mallarm\u00e9\u00a0\u2014, ne re\u00e7ut pas davantage les suffrages du parti catholique qu\u2019esp\u00e9rait l\u2019auteur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Sagesse comporte trois parties, chiffre symbolique renvoyant sans doute \u00e0 la Trinit\u00e9, qui contiennent respectivement vingt-quatre, neuf et vingt et un po\u00e8mes, tous d\u00e9pourvus de titre.<br \/>\nLes po\u00e8mes de la premi\u00e8re partie concernent, dans l\u2019ensemble, le pass\u00e9: celui du po\u00e8te surtout, mais aussi parfois celui de la religion catholique (I,\u00a09 et\u00a010). Ils tracent un parcours qui m\u00e8ne au moment de la conversion, mise en sc\u00e8ne dans la deuxi\u00e8me partie. Ce parcours est jalonn\u00e9 de multiples combats livr\u00e9s contre la tentation. Les deux premiers textes ont, \u00e0 cet \u00e9gard, valeur de programme: le premier montre le po\u00e8te bless\u00e9 puis sauv\u00e9 par un \u00abbon chevalier\u00bb (I,\u00a01); dans le deuxi\u00e8me, la prosopop\u00e9e de la Pri\u00e8re se termine par cette injonction adress\u00e9e au po\u00e8te: \u00abToi, sois sage\u00bb (I,\u00a02).<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie constitue \u00e0 la fois le centre et le sommet, tant th\u00e9matique que dramatique, du recueil. Elle s\u2019ouvre sur un po\u00e8me qui rapporte l\u2019instant de la conversion et la ferveur d\u2019un acte de foi: \u00ab\u00d4 mon Dieu, vous m\u2019avez bless\u00e9 d\u2019amour\u00bb (II,\u00a01). Dans les trois premiers textes, le po\u00e8te s\u2019adresse \u00e0 des figures sacr\u00e9es (Dieu dans\u00a0II,\u00a01 et\u00a03, Marie dans\u00a0II,\u00a02) et re\u00e7oit une r\u00e9ponse dans le quatri\u00e8me po\u00e8me, form\u00e9 d\u2019une longue succession de sonnets que Verlaine divise en neuf parties mais qui comporte, formellement, dix pi\u00e8ces. Ce grand po\u00e8me pr\u00e9sente un dialogue entre Dieu et le po\u00e8te, le principe de num\u00e9rotation des textes choisi par l\u2019auteur correspondant \u00e0 la r\u00e9partition de la parole entre les deux interlocuteurs. Dieu guide le po\u00e8te sur la voie de l\u2019amour et la derni\u00e8re section, compos\u00e9e d\u2019un simple h\u00e9mistiche, d\u00e9tache l\u2019instant o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience mystique atteint son paroxysme et o\u00f9 la conversion s\u2019est op\u00e9r\u00e9e: \u00ab\u2014 Pauvre \u00e2me, c\u2019est cela!\u00bb (II,\u00a09), dit Dieu au po\u00e8te.<\/p>\n<p>Dans la troisi\u00e8me partie du recueil, le po\u00e8te est donc \u00abD\u00e9sormais le sage\u00a0[&#8230;]\u00bb: \u00abLe Sage peut, dor\u00e9navant, \/ Assister aux sc\u00e8nes du monde\u00bb (III,\u00a01). Certains po\u00e8mes de cette section, plus anciens, \u00e9chappent toutefois \u00e0 ce principe de coh\u00e9rence et rappellent, par la m\u00e9trique ou les images, l\u2019esth\u00e9tique verlainienne ant\u00e9rieure, plus moderne et audacieuse, celle des Po\u00e8mes saturniens, des F\u00eates galantes et, surtout, des Romances sans paroles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Le titre du recueil d\u00e9signe une vertu atteinte au terme d\u2019un cheminement dont la conversion est le point culminant. Le mot de \u00absagesse\u00bb met cependant l\u2019accent sur l\u2019\u00e9thique plus que sur la religion, sur une morale du quotidien, parfois formul\u00e9e d\u2019une fa\u00e7on quasi enfantine: \u00abSois sage\u00bb (I,\u00a02), plus que sur un \u00e9lan mystique. Fulgurant, ce dernier est aussi fugace et se circonscrit \u00e0 la s\u00e9rie des sonnets (II,\u00a04). La rencontre et l\u2019\u00e9change direct avec Dieu ne durent gu\u00e8re, et le po\u00e8te semble en qu\u00eate de figures susceptibles de relayer cette instance privil\u00e9gi\u00e9e. C\u2019est ainsi que l\u2019ardeur mystique s\u2019assagit et s\u2019affadit, se soldant par un ralliement au parti catholique et monarchique, avec l\u2019adresse aux \u00abFils de l\u2019\u00c9glise\u00bb (I,\u00a012) et aux \u00abP\u00e8res saints\u00bb (I,\u00a014), et l\u2019\u00e9loge des \u00abFran\u00e7ais d\u2019autrefois\u00bb (I,\u00a012) et de la \u00abFrance ancienne\u00bb (II,\u00a013).<\/p>\n<p>Plus personnels et intimes, certains po\u00e8mes sonnent comme des confessions dans lesquelles il est possible de reconna\u00eetre, notamment lorsque \u00abla chair se rebiffe\u00bb (I,\u00a02), des allusions de Verlaine \u00e0 son pass\u00e9, au \u00abfarouche ami\u00bb (I,\u00a02) ou \u00e0 \u00abl\u2019esp\u00e8ce d\u2019ange\u00bb (I,\u00a03), formules qui peuvent d\u00e9signer Rimbaud, ou bien \u00e0 la \u00abs\u0153ur\u00bb qui repr\u00e9sente sans doute sa femme Mathilde: \u00ab\u00d4 ma s\u0153ur, qui m\u2019avez puni, pardonnez-moi!\u00bb (I,\u00a015). Dans tous les cas, le pass\u00e9 est reni\u00e9: \u00abCes souvenirs, va-t-il falloir les retuer?\u00bb (I,\u00a07), objets d\u2019anath\u00e8me, d\u2019exhortation \u00e0 l\u2019amendement et de r\u00e9solution \u00e0 la p\u00e9nitence.<\/p>\n<p>Principe \u00e9thique, la sagesse est aussi principe esth\u00e9tique: \u00abEt comme sa morale\u00a0[celle de l\u2019\u00e2me] est claire!&#8230;\/ \u00c9coutez la chanson bien sage\u00bb (I,\u00a016). En effet, apr\u00e8s les audaces des Romances sans paroles, Verlaine renoue ici avec des formes po\u00e9tiques traditionnelles. Les m\u00e8tres les plus fr\u00e9quents sont l\u2019alexandrin et l\u2019octosyllabe. La forme des po\u00e8mes est r\u00e9guli\u00e8re et le sonnet, abondamment repr\u00e9sent\u00e9. Les rejets: \u00abVous, la Rose \/ Immense des purs vents de l\u2019Amour, \u00f4 Vous, tous \/ Les c\u0153urs des Saints\u00a0[&#8230;]\u00bb (II,\u00a04,\u00a04), ou les coupes asym\u00e9triques: \u00abEt que sonnent les Ang\u00e9lus roses et noirs\u00bb, \u00abEt l\u2019extase perp\u00e9tuelle et la science\u00bb (II,\u00a04,\u00a07), viennent seuls rompre la classique ordonnance des vers. Les images, elles aussi, sont souvent conventionnelles, avec notamment le recours \u00e0 l\u2019all\u00e9gorie m\u00e9di\u00e9vale comme, par exemple, le \u00abchevalier Malheur\u00bb (I,\u00a01) ou la \u00abdame\u00bb Pri\u00e8re (I,\u00a02), et la pr\u00e9sence d\u2019une rh\u00e9torique convenue: \u00abCar \u00e9tant ton Dieu tout-puissant, je peux vouloir, \/ Mais je ne veux d\u2019abord que pouvoir que tu m\u2019aimes\u00bb (II,\u00a04,\u00a03).<\/p>\n<p>Certains po\u00e8mes toutefois, essentiellement situ\u00e9s dans la troisi\u00e8me partie et \u00e9crits avant\u00a01874, rappellent le Verlaine ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019acquisition de la sagesse, celui, par exemple, du vers impair, du d\u00e9sespoir doux-amer dont le balancement est l\u2019embl\u00e8me favori: \u00abD\u2019une agonie on veut croire c\u00e2line \/ Et qui ravit et qui navre \u00e0 la fois\u00bb (III,\u00a09). La r\u00e9clusion transfigure l\u2019espace et, \u00e0 partir d\u2019un fragment de ciel aper\u00e7u \u00abpar-dessus le toit\u00bb (III,\u00a06), le po\u00e8me s\u2019ouvre sur un univers sans limite, \u00e0 la fois int\u00e9rieur, symbolique et imaginaire: \u00abMouette \u00e0 l\u2019essor m\u00e9lancolique, \/ Elle suit la vague, ma pens\u00e9e, \/ \u00c0 tous les vents du ciel balanc\u00e9e\u00bb (III,\u00a07). Surprenante et riche, l\u2019image se trouve alors lest\u00e9e d\u2019une polys\u00e9mie et d\u2019un pouvoir de s\u00e9duction: \u00abL\u2019espoir luit comme un brin de paille dans l\u2019\u00e9table\u00bb (III,\u00a03), dont l\u2019engagement religieux prive par ailleurs bien des po\u00e8mes de Sagesse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-154","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/154","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=154"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}