{"id":150,"date":"2026-07-24T22:57:35","date_gmt":"2026-07-24T20:57:35","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=150"},"modified":"2026-07-24T22:57:35","modified_gmt":"2026-07-24T20:57:35","slug":"notre-dame-de-paris","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=notre-dame-de-paris","title":{"rendered":"Notre Dame de Paris"},"content":{"rendered":"<p>Notre-Dame de Paris<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>NOTRE-DAME DE PARIS. Roman de Victor Hugo (1802-1885), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gosselin en 1831. On consid\u00e8re comme d\u00e9finitive la huiti\u00e8me \u00e9dition parue chez Renduel en\u00a01832. Hugo tira du roman un livret en quatre actes, mis en musique par Louise Bertin et repr\u00e9sent\u00e9 sans succ\u00e8s \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra en\u00a01836, la Esm\u00e9ralda.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8me grande prose de Victor Hugo, alors que Balzac vient de faire en\u00a01829 son entr\u00e9e officielle avec les Chouans et que Stendhal a publi\u00e9 en\u00a01830 le Rouge et le Noir, ce roman, sous-titr\u00e9 \u00ab1482\u00bb, mais mettant en perspective la r\u00e9volution de Juillet, emprunte \u00e0 Walter Scott les prestiges du roman historique pour mettre en sc\u00e8ne la transition du Moyen \u00c2ge \u00e0 la Renaissance, et place une fiction charg\u00e9e de romanesque au service d\u2019une philosophie de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Le\u00a06\u00a0janvier\u00a01482, jour de la f\u00eate des Fous, on donne dans la grande salle du Palais de Justice de Paris un myst\u00e8re du po\u00e8te Gringoire, alors que sur le parvis de Notre-Dame danse la boh\u00e9mienne Esmeralda. Quasimodo, le sonneur disgracieux de la cath\u00e9drale, essaie de l\u2019enlever sur l\u2019ordre de l\u2019archidiacre Claude Frollo. Le capitaine Phoebus de Ch\u00e2teaupers la sauve. Esmeralda, elle, sauve en l\u2019\u00e9pousant Gringoire, prisonnier des truands alors qu\u2019il s\u2019\u00e9tait \u00e9gar\u00e9 dans la cour des Miracles (livres I-II).<\/p>\n<p>Nous sont pr\u00e9sent\u00e9s Notre-Dame, le chef-d\u2019\u0153uvre gothique, et, vu du haut de ses tours, le Paris m\u00e9di\u00e9val. Le hideux Quasimodo vit au milieu de ses cloches. Mis au pilori pour avoir attaqu\u00e9 Esmeralda, il en tombe amoureux quand elle vient lui offrir \u00e0 boire. Frollo, de son c\u00f4t\u00e9, est d\u00e9vor\u00e9 de passion pour la boh\u00e9mienne (III-VI).<br \/>\nEsmeralda aime le beau Phoebus. Au cours d\u2019un rendez-vous, le capitaine est poignard\u00e9 par Frollo qui laisse accuser la jeune femme (VII). Condamn\u00e9e pour meurtre et pour magie \u00e0 cause des tours qu\u2019elle fait avec sa ch\u00e8vre Djali, Esmeralda doit faire amende honorable devant la cath\u00e9drale. Quasimodo l\u2019enl\u00e8ve alors au sein de l\u2019asile inviolable. Inquiets de sa disparition, les truands attaquent Notre-Dame, mais Quasimodo tue Jehan, le jeune fr\u00e8re de Frollo, et les archers mettent en d\u00e9route les assaillants (VIII-X).<\/p>\n<p>Frollo s\u2019empare d\u2019Esmeralda, mais elle le repousse. Il la confie alors \u00e0 une vieille recluse, la Sachette. Celle-ci reconna\u00eet en elle son enfant perdue, et tente de la cacher. On reprend pourtant la boh\u00e9mienne. Du haut des tours, son ravisseur assiste \u00e0 son ex\u00e9cution; Quasimodo le pr\u00e9cipite dans le vide, et va mourir dans le charnier de Montfaucon en \u00e9treignant le cadavre de \u00abl\u2019\u00c9gyptienne\u00bb, alors que Gringoire continue d\u2019\u00e9crire et que Phoebus se marie (XI).<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Comme dans plusieurs de ses drames, tel Ruy Blas, Hugo place une figure f\u00e9minine au centre de trois repr\u00e9sentations de l\u2019amour: autour d\u2019Esmeralda, en effet, le d\u00e9sir maladif de Frollo, les app\u00e9tits libertins de Phoebus et le d\u00e9vouement passionn\u00e9 de Quasimodo d\u00e9clinent leurs possibilit\u00e9s dramatiques. Mais ces personnages masculins valent aussi par leur signification historique. L\u2019archidiacre incarne l\u2019imp\u00e9rieuse \u00c9glise th\u00e9ocratique, le capitaine, la nouvelle monarchie que Louis\u00a0XI construit contre la f\u00e9odalit\u00e9 traditionnelle, le monstre, le peuple enfant, sa force encore mal employ\u00e9e et sa laideur primitive. Alors que na\u00eet l\u2019\u00c9tat moderne, s\u2019affrontent peuple et \u00c9glise, royaut\u00e9 et bourgeoisie, conflits qui pr\u00e9ludent \u00e0 leur redistribution dans une France nouvelle. De cette soci\u00e9t\u00e9 en gestation sont exclus les marginaux, truands et boh\u00e9miens.<\/p>\n<p>La composition organise tout un symbolisme. Si Hugo utilise les ressorts du m\u00e9lodrame, c\u2019est pour allier technique narrative et m\u00e9taphysique: aux livres t\u00e9n\u00e9breux\u00a0\u2014 la th\u00e9ocratie, la caste, le dogme\u00a0\u2014 s\u2019opposent les livres lumineux\u00a0\u2014 la libert\u00e9, le peuple, l\u2019homme, la presse de Gutenberg. \u00c0 l\u2019\u00e9clat d\u2019Esmeralda r\u00e9pond la noirceur de Frollo; au Phoebus solaire, Quasimodo, l\u2019\u00eatre de nuit. Les figures nocturnes tendent vers la lumi\u00e8re et tout le roman prend une valeur all\u00e9gorique. Les mis\u00e9rables, l\u2019archidiacre, le sonneur sourd et muet, la recluse, les truands, l\u2019artiste Gringoire et la malheureuse Esmeralda entrent dans un combat qui est celui de la conscience humaine. L\u2019intrigue se d\u00e9roule en quelques journ\u00e9es, actes du drame. Le d\u00e9nouement tragique interroge la v\u00e9rit\u00e9 morale de l\u2019Histoire. Hugo applique au roman les principes \u00e9nonc\u00e9s dans sa critique (1823) du Quentin Durward de Walter Scott. Il faut \u00abench\u00e2sser Shakespeare dans Hom\u00e8re\u00bb, d\u2019o\u00f9, dans ce \u00abmicrocosme\u00bb, l\u2019importance des tableaux, sc\u00e8nes et descriptions trop souvent port\u00e9s au compte de la fantaisie ou du go\u00fbt romantique, fussent-ils nourris d\u2019une documentation d\u2019ailleurs bien moins abondante qu\u2019on ne l\u2019a dit.<\/p>\n<p>Au centre du dispositif symbolique est pos\u00e9e la question du savoir. Le roman dramatise les contradictions entre les syst\u00e8mes interpr\u00e9tatifs et, au sein m\u00eame de l\u2019individu, entre le corps et l\u2019esprit. Si le savant Claude Frollo, au pacte d\u00e9moniaque pr\u00e8s, reprend le mythe faustien de la tentation de la science, ce fruit d\u00e9fendu, il conna\u00eet surtout les affres intellectuelles et charnelles d\u2019un Don Juan qui restera vierge. \u00catre m\u00e9diocre, Gringoire repr\u00e9sente l\u2019artiste aux prises avec les contingences. Jehan Frollo, anc\u00eatre de Gavroche, meurt, par une ironie du sort, victime d\u2019une histoire sur laquelle il n\u2019a aucune prise, \u00e0 l\u2019aube des temps modernes, le cr\u00e2ne fracass\u00e9 sur les pierres de la cath\u00e9drale. La f\u00e9minit\u00e9, cette \u00e9nigme, se distribue entre les figures d\u2019Esmeralda, de la Sachette et de Fleur-de-Lys, la fianc\u00e9e de Phoebus. De toutes ces contradictions naissent la mise en sc\u00e8ne d\u2019un bonheur impossible et l\u2019omnipr\u00e9sence de la jalousie. On meurt d\u2019amour dans Notre-Dame de Paris.<\/p>\n<p>Tous ces personnages sont pris dans une vaste mutation sociale, d\u00e9b\u00e2cle de la tradition. Si la dimension anticl\u00e9ricale est \u00e9vidente, manifeste \u00e0 travers la d\u00e9nonciation des dogmes d\u2019une \u00c9glise scl\u00e9ros\u00e9e, Quasimodo, anc\u00eatre de Gwynplaine (voir L\u2019homme qui rit), appartient aussi par toutes ses fibres \u00e0 la cath\u00e9drale, dont il est une pierre vive. Faisant corps avec ses cloches, r\u00e9plique des gargouilles, il incarne hideusement la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. Mythe d\u2019un peuple \u00e0 venir, il \u00e9voque l\u2019avenir religieux de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Cet avenir est encore incertain. Aux Trois Glorieuses de\u00a01830 fait \u00e9cho l\u2019assaut contre la cath\u00e9drale, autre Bastille. La monarchie vieillissante incarn\u00e9e par un roi mourant ouvre cependant la voie \u00e0 la modernit\u00e9, les intellectuels se partagent entre l\u2019offre de service (Gringoire) ou le refus (Frollo): ces analogies lient le roman \u00e0 son \u00e9poque de production, et r\u00e9partissent les tensions d\u2019un appel au renouveau, hors de toute synth\u00e8se rendue impossible par les complexes incertitudes de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Les personnages collectifs et abstraits prennent le pas sur les individus. La foule grouillante, festive lors du myst\u00e8re et de la f\u00eate, terrifiante lors de l\u2019attaque \u00e9pique des truands, la ville vue \u00e0 vol d\u2019oiseau, dispos\u00e9e autour de Notre-Dame et non pas de la Bourse moderne, mais surtout la cath\u00e9drale, v\u00e9ritable univers, sublime et fantastique, imposent leur dimension. Notre-Dame est un personnage \u00e9pique. Si le livre\u00a0III chante le \u00abmajestueux et sublime \u00e9difice\u00bb, livre de pierre, le deuxi\u00e8me chapitre du livre\u00a0V, \u00abCeci tuera cela\u00bb, ajout\u00e9 en\u00a01832, annonce qu\u2019\u00e0 l\u2019architecture, \u00abjusqu\u2019au\u00a0XVe si\u00e8cle le registre principal de l\u2019humanit\u00e9\u00bb, succ\u00e8de la \u00abr\u00e9volution m\u00e8re\u00bb, celle de l\u2019imprimerie. Notre-Dame se r\u00e9v\u00e8le \u00absoleil couchant que nous prenons pour une aurore\u00bb, alors que le livre devient \u00abla seconde tour de Babel du genre humain\u00bb.<\/p>\n<p>Si les pages consacr\u00e9es \u00e0 Notre-Dame, assorties de la d\u00e9nonciation des d\u00e9molisseurs de monuments gothiques (\u00abNote\u00bb de\u00a01832 reprenant des accents de l\u2019article \u00abGuerre aux d\u00e9molisseurs\u00bb de\u00a01825), semblent engager le roman sur les commodes chemins du pittoresque architectural, l\u2019\u00e9videment de sa masse par l\u2019Histoire se m\u00e9tamorphose en livre, la signification symbolique des d\u00e9g\u00e2ts que Quasimodo lui inflige pour la sauver des truands d\u00e9passe la r\u00e9habilitation du \u00abbarbare\u00bb art gothique. D\u2019ailleurs, l\u2019analyse du monument d\u00e9gage sa valeur symbolique coh\u00e9rente avec le reste des \u00e9l\u00e9ments fictionnels, puisqu\u2019elle souligne son caract\u00e8re de transition entre le roman et le gothique, comme le\u00a0XVe si\u00e8cle s\u2019\u00e9tend entre le Moyen \u00c2ge et la Renaissance. La d\u00e9coration, \u00abv\u00e9g\u00e9tation capricieuse\u00bb, les coins et recoins, les escaliers obscurs, tout conf\u00e8re \u00e0 cette \u00abbible de pierre\u00bb une dimension fantastique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0GENGEMBRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-150","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/150","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=150"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}