{"id":149,"date":"2026-07-24T22:52:35","date_gmt":"2026-07-24T20:52:35","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=149"},"modified":"2026-07-24T22:52:35","modified_gmt":"2026-07-24T20:52:35","slug":"calligrammes","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=calligrammes","title":{"rendered":"Calligrammes"},"content":{"rendered":"<p>Calligrammes<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CALLIGRAMMES. Po\u00e8mes de la paix et de la guerre (1913-1916). Recueil po\u00e9tique de Guillaume Apollinaire, pseudonyme de Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky (1880-1918), publi\u00e9 \u00e0 Paris au Mercure de France en 1918. De nombreux po\u00e8mes avaient \u00e9t\u00e9 auparavant publi\u00e9s dans diverses revues notamment deux ensembles importants: \u00abLueurs des tirs\u00bb dans le Mercure de France du\u00a01er juillet 1916 et \u00abPo\u00e8mes de guerre et d\u2019amour\u00bb dans la Grande Revue de novembre 1917.<\/p>\n<p>Les po\u00e8mes qui composent le recueil ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits entre la fin de\u00a01912 et\u00a01917. Calligrammes est donc profond\u00e9ment marqu\u00e9 par la guerre, ainsi qu\u2019en t\u00e9moignent le sous-titre et la d\u00e9dicace: \u00ab\u00c0 la m\u00e9moire du plus ancien de mes camarades Ren\u00e9 Dalize mort au Champ d\u2019Honneur le\u00a07\u00a0mai\u00a01917.\u00bb La critique, \u00e0 l\u2019exception de celle des revues d\u2019avant-garde, se montra dans l\u2019ensemble r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce recueil novateur.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>La premi\u00e8re section de Calligrammes, compos\u00e9e avant la d\u00e9claration de guerre, s\u2019intitule \u00abOndes\u00bb et contient seize po\u00e8mes. Certains sont des calligrammes\u00a0\u2014 Apollinaire les avait tout d\u2019abord appel\u00e9s des\u00abid\u00e9ogrammes lyriques\u00bb\u00a0\u2014: \u201cPaysage\u201d, \u201cLettre-oc\u00e9an\u201d, \u201cla Cravate et la Montre\u201d, \u201cC\u0153ur Couronne et Miroir\u201d, \u201cVoyage\u201d, \u201cIl pleut\u201d. \u201cLundi rue Christine\u201d est un \u00abpo\u00e8me-conversation\u00bb qui reproduit des fragments de propos entendus par le po\u00e8te dans un lieu public. Ces textes originaux c\u00f4toient des po\u00e8mes d\u2019une facture plus traditionnelle comme la longue ode non rim\u00e9e intitul\u00e9e \u201cles Collines\u201d.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie du recueil s\u2019intitule \u00ab\u00c9tendards\u00bb. Elle comprend neuf po\u00e8mes qui correspondent \u00e0 une p\u00e9riode allant de la d\u00e9claration de guerre au d\u00e9part d\u2019Apollinaire pour le front en avril 1915. Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la guerre et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du po\u00e8te mobilis\u00e9 sont multiples et explicites, par exemple dans \u201cla Petite Auto\u201d ou \u201c2e canonnier conducteur\u201d. Cette th\u00e9matique ne conduit nullement \u00e0 un abandon de la verve et de la fantaisie pr\u00e9c\u00e9dentes. Les calligrammes sont toujours pr\u00e9sents\u00a0\u2014 certains passages des deux po\u00e8mes que nous venons de mentionner rel\u00e8vent d\u2019ailleurs de cette forme: \u201cla Mandoline l\u2019\u0152illet et le Bambou\u201d, \u201cla Colombe poignard\u00e9e et le Jet d\u2019eau\u201d.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me section, \u00abCase d\u2019Armons\u00bb, est form\u00e9e de vingt et un po\u00e8mes \u00e9crits par Apollinaire alors qu\u2019il est au front. Les titres de certains textes t\u00e9moignent nettement de cette inscription dans l\u2019Histoire: \u201c1915\u201d, \u201cGuerre\u201d, \u201c14\u00a0juin\u00a01915\u201d, \u201cDe la batterie de tir\u201d, \u201cla Nuit d\u2019avril\u00a01915\u201d. Le po\u00e8te poursuit ses recherches graphiques, notamment dans \u201cLoin du pigeonnier\u201d, \u201cS.P.\u201d, \u201cVis\u00e9e\u201d, \u201c1915\u201d, \u201cCarte postale\u201d, \u201cMadeleine\u201d et \u201cVenu de Dieuze\u201d.<br \/>\nLes deux parties suivantes, intitul\u00e9es \u00abLueurs des tirs\u00bb et \u00abObus couleur de lune\u00bb, rassemblent respectivement quinze et dix po\u00e8mes. \u00c9crites entre la fin de\u00a01915 et le d\u00e9but de\u00a01916, elles proc\u00e8dent d\u2019une inspiration proche de celle de \u00abCase d\u2019Armons\u00bb. Enfin, la derni\u00e8re section, intitul\u00e9e \u00abla T\u00eate \u00e9toil\u00e9e\u00bb et form\u00e9e de treize textes, ne contient qu\u2019un seul calligramme: \u201c\u00c9ventail des saveurs\u201d. La forme s\u2019assagit, ou plut\u00f4t s\u2019apaise, et le ton se fait plus lyrique et mesur\u00e9. Il y a l\u00e0, singuli\u00e8rement dans le dernier po\u00e8me, \u201cla Jolie Rousse\u201d, comme le bilan d\u2019un parcours, celui du recueil et celui d\u2019une vie durablement marqu\u00e9e par la guerre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Bien que toutes les pi\u00e8ces qui le composent ne soient pas des calligrammes, le recueil, par son titre et sa structure d\u2019ensemble, se donne \u00e0 voir tout autant qu\u2019\u00e0 lire. Le po\u00e8me, objet riche et multiple, se destine \u00e0 une saisie \u00e0 la fois sensorielle et intellectuelle.<br \/>\nFiguratifs, certains calligrammes adoptent une disposition graphique dont le dessin redouble le mot-titre et la th\u00e9matique. En g\u00e9n\u00e9ral, plusieurs textes de ce genre cohabitent sur une m\u00eame page qui se pr\u00e9sente alors comme une sorte de \u00abpaysage\u00bb (tel est le titre d\u2019un po\u00e8me) et de nature morte: \u201cla Cravate et la Montre\u201d, \u201cC\u0153ur Couronne et Miroir\u201d, \u201cla Mandoline l\u2019\u0152illet et le Bambou\u201d. Ailleurs, le rapport entre le trac\u00e9 du texte et son contenu est plus opaque et il peut arriver que les mots c\u00e8dent la place \u00e0 d\u2019autres mat\u00e9riaux tels que des signes musicaux (\u201cVenu de Dieuze\u201d) ou des dessins (le fa\u00eete d\u2019un poteau t\u00e9l\u00e9graphique dans \u201cVoyage\u201d). Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emploi d\u2019une grande vari\u00e9t\u00e9 de caract\u00e8res d\u2019imprimerie, le mot peut lui-m\u00eame faire l\u2019objet d\u2019un traitement pictural. Ainsi le d\u00e9but de \u201cDu coton dans les oreilles\u201d m\u00eale majuscules et minuscules, utilise l\u2019italique, divers caract\u00e8res gras et varie la dimension des lettres, notamment \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du mot \u00abom\u00e9gaphone\u00bb, qui, en raison de la taille de plus en plus r\u00e9duite des caract\u00e8res qui le composent, semble peu \u00e0 peu dispara\u00eetre, comme absorb\u00e9 par la page.<\/p>\n<p>La lin\u00e9arit\u00e9 du texte est donc mise en question et l\u2019\u00e9criture se pr\u00e9sente comme un acte libre et al\u00e9atoire. S\u2019octroyant le droit et le pouvoir de sillonner la page en tous sens, elle t\u00e9moigne du m\u00eame coup de l\u2019in\u00e9puisable polys\u00e9mie du texte po\u00e9tique. Il peut d\u2019ailleurs arriver que, tous rep\u00e8res abolis, le po\u00e8me, singuli\u00e8rement celui intitul\u00e9 \u201cLettre-oc\u00e9an\u201d, privil\u00e9gie la visibilit\u00e9 au d\u00e9triment de la lisibilit\u00e9.<br \/>\nUne disposition traditionnelle cohabite souvent avec des audaces graphiques qui modifient soudain le flux du discours, y introduisant fantaisie et invitation \u00e0 la vigilance. Ces perturbations, parfois modestes, peuvent consister en une dislocation de vers. L\u2019alexandrin se voit distribu\u00e9 sur deux puis trois lignes successives dans \u201cla Nuit d\u2019avril\u00a01915\u201d. Le po\u00e8me \u201cReconnaissance\u201d, dont les deux derniers mots sont d\u00e9cal\u00e9s sur des lignes plus basses, semble s\u2019achever sur un effondrement inqui\u00e9tant qui contredit le mouvement contenu dans le dernier vers: \u00abEt les canons des indolences \/ Tirent mes songes vers \/ les \/ cieux.\u00bb Le dessin du texte peut aussi disloquer un mot, voire une syllabe: \u00abEt je fu \/ m \/ e \/ du \/ ta \/ bac \/ de \/ Zone\u00bb (\u201cFum\u00e9es\u201d).<\/p>\n<p>Ces m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s de montage ou de collage\u00a0\u2014 n\u2019oublions pas que Calligrammes est contemporain des investigations picturales du cubisme\u00a0\u2014 se retrouvent sur le plan sonore. Apollinaire cr\u00e9e le po\u00e8me-conversation, assemblage de bribes de propos h\u00e9t\u00e9roclites dont la juxtaposition engendre d\u2019\u00e9tranges rencontres: \u00abCes cr\u00eapes \u00e9taient exquises \/ La fontaine coule \/ Robe noire comme ses ongles \/ C\u2019est compl\u00e8tement impossible \/ Voici monsieur\u00bb (\u201cLundi rue Christine\u201d). Une allusion ironique aux r\u00e8gles po\u00e9tiques se glisse comme par hasard dans le po\u00e8me: \u00ab\u00c7a a l\u2019air de rimer\u00bb (ibid.). Affranchi des contraintes traditionnelles, Apollinaire cr\u00e9e sa propre musique, originale et novatrice.<\/p>\n<p>Le son joue en effet un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans les po\u00e8mes. Ainsi, le po\u00e8te utilise, outre les ressources de l\u2019allit\u00e9ration et de l\u2019assonance, celles de l\u2019onomatop\u00e9e\u00a0\u2014 \u00abPan pan pan \/ Perruque perruque \/ Pan pan pan \/Perruque \u00e0 canon\u00bb (\u201cS.P.\u201d)\u00a0\u2014, de l\u2019interjection\u00a0\u2014 le vers \u00abEh! Oh! Ah!\u00bb est repris six fois dans \u201cMutations\u201d\u00a0\u2014, des r\u00e9p\u00e9titions litaniques\u00a0\u2014 tous les vers du po\u00e8me \u201cIl y a\u201d, except\u00e9s les deux derniers, commencent par la formule pr\u00e9sentative\u00a0\u2014, des mots recherch\u00e9s\u00a0\u2014 \u00abPasseur des morts et des mordonnantes m\u00e9riennes\u00bb (\u201cle Musicien de Saint-Merry\u201d)\u00a0\u2014 ou du m\u00e9lange des langues, en particulier dans \u201c\u00c0 travers l\u2019Europe\u201d.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de facteurs d\u2019unit\u00e9 et de continuit\u00e9 ind\u00e9niables\u00a0\u2014 le th\u00e8me de la guerre, le cadre urbain, le ton proph\u00e9tique\u00a0\u2014, le recueil tisse, d\u2019un po\u00e8me \u00e0 l\u2019autre, de surprenantes associations et trouve sa coh\u00e9rence d\u2019ensemble dans une libert\u00e9 \u00e9gale \u00e0 celle qui pr\u00e9side \u00e0 l\u2019ordonnance de la page. Ainsi, certains po\u00e8mes semblent issus d\u2019une \u00e9criture quasi automatique et ce n\u2019est pas hasard si les surr\u00e9alistes ont vu en Apollinaire une sorte de ma\u00eetre: \u00abDu rouge au vert tout le jaune se meurt \/ Quand chantent les aras dans les for\u00eats natales \/ Abatis de pihis \/ Il y a un po\u00e8me \u00e0 faire sur l\u2019oiseau qui n\u2019a qu\u2019une aile \/ Nous l\u2019enverrons en message t\u00e9l\u00e9phonique \/ Traumatisme g\u00e9ant\u00bb (\u201cles Fen\u00eatres\u201d). Toutefois, le travail de construction est d\u00e9celable derri\u00e8re l\u2019apparente gratuit\u00e9 des encha\u00eenements, en particulier \u00e0 travers la reprise du motif de la fen\u00eatre, \u00e0 travers celui de la libert\u00e9 qui lui est symboliquement associ\u00e9 et \u00e0 travers la comparaison finale: \u00abLa fen\u00eatre s\u2019ouvre comme une orange \/ Le beau fruit de la lumi\u00e8re.\u00bb D\u2019autres pi\u00e8ces, au contraire, sont d\u2019une limpidit\u00e9 prosa\u00efque: \u00abComme c\u2019\u00e9tait la veille du quatorze juillet \/ Vers les quatre heures de l\u2019apr\u00e8s-midi \/ Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques\u00bb (\u201cUn fant\u00f4me de nu\u00e9es\u201d). Loin d\u2019\u00eatre en retrait par rapport \u00e0 des textes plus d\u00e9routants ou audacieux, de tels po\u00e8mes manifestent que la d\u00e9marche po\u00e9tique d\u2019Apollinaire est magistralement plac\u00e9e sous le signe de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-149","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}