{"id":146,"date":"2026-07-24T22:29:46","date_gmt":"2026-07-24T20:29:46","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=146"},"modified":"2026-07-24T22:29:46","modified_gmt":"2026-07-24T20:29:46","slug":"alcools","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=alcools","title":{"rendered":"Alcools"},"content":{"rendered":"<p>Alcools<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ALCOOLS. Recueil po\u00e9tique de Guillaume Apollinaire, pseudonyme de Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky (1880-1918), publi\u00e9 \u00e0 Paris au Mercure de France en 1913. De nombreux po\u00e8mes avaient paru auparavant dans diverses revues.<\/p>\n<p>Alcools est le premier grand recueil po\u00e9tique d\u2019Apollinaire qui n\u2019a publi\u00e9, avant\u00a01913, qu\u2019un seul ouvrage de po\u00e9sie: le Bestiaire ou Cort\u00e8ge d\u2019Orph\u00e9e (1911), mince plaquette tir\u00e9e \u00e0 cent vingt exemplaires et illustr\u00e9e par des gravures de Raoul Dufy. Alcools rend compte toutefois d\u2019un long trajet po\u00e9tique puisque le recueil rassemble des textes \u00e9crits entre\u00a01898 et\u00a01913, que l\u2019auteur retravaille et modifie souvent pour la publication en volume. La critique fut en g\u00e9n\u00e9ral peu enthousiaste, voire tr\u00e8s agressive\u00a0\u2014 Georges Duhamel, dans le Mercure de France du\u00a015\u00a0juin\u00a01913, taxe le recueil de \u00abboutique de brocanteur\u00bb\u00a0\u2014 et Apollinaire fut bless\u00e9 de cette incompr\u00e9hension \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Alcools s\u2019ouvre sur un long po\u00e8me \u00e9crit en\u00a01912 et intitul\u00e9 \u201cZone\u201d. Le premier vers de ce texte inaugural, riche et multiple, ancre d\u2019embl\u00e9e le recueil dans la modernit\u00e9: \u00ab\u00c0 la fin tu es las de ce monde ancien\u00bb. Viennent ensuite \u201cle Pont Mirabeau\u201d puis \u201cla Chanson du mal-aim\u00e9\u201d, longue complainte divis\u00e9e en six sections. Les vingt-sept po\u00e8mes suivants, de longueur et d\u2019inspiration vari\u00e9es, se pr\u00e9sentent comme une succession d\u2019unit\u00e9s autonomes, mais les titres laissent pr\u00e9sager la pr\u00e9sence d\u2019images et de th\u00e8mes r\u00e9currents: \u201cSaltimbanque\u201d et \u201cla Tzigane\u201d se font \u00e9cho et sugg\u00e8rent \u00e0 la fois le voyage et l\u2019errance\u00a0\u2014 de m\u00eame que \u201cle Voyageur\u201d, \u201cl\u2019Adieu\u201d ou \u201cle Vent nocturne\u201d\u00a0\u2014, la solitude et la marginalit\u00e9\u00a0\u2014 tout comme \u201dl\u2019Ermite\u201d ou \u201cle Larron\u201d. Le d\u00e9clin et la mort sont inscrits dans des titres tels que \u201cCr\u00e9puscule\u201d, \u201cla Maison des morts\u201d et \u201cAutomne\u201d, auquel s\u2019associent \u201cles Colchiques\u201d; un univers l\u00e9gendaire se dessine \u00e0 travers \u201cla Blanche Neige\u201d, \u201cSalom\u00e9\u201d et \u201cMerlin et la Vieille Femme\u201d; des noms f\u00e9minins tels que \u201cAnnie\u201d, \u201cClotilde\u201d, \u201cMarizibill\u201d, \u201cMarie\u201d, \u201cSalom\u00e9\u201d et \u201cRosemonde\u201d jalonnent la progression du recueil.<\/p>\n<p>Ce dernier comporte ensuite une section intitul\u00e9e \u00abRh\u00e9nanes\u00bb et compos\u00e9e de neuf textes d\u2019inspiration germanique parmi lesquels figure le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me consacr\u00e9 \u00e0 \u201cla Loreley\u201d. Apr\u00e8s trois po\u00e8mes assez brefs\u00a0\u2014 \u201cSigne\u201d, \u201cUn soir\u201d et \u201cla Dame\u201d\u00a0\u2014, le long po\u00e8me \u201cles Fian\u00e7ailles\u201d, divis\u00e9 en neuf parties d\u00e9pourvues de titres, \u00e9voque de fa\u00e7on poignante la fuite du temps, la solitude et le d\u00e9nuement.<br \/>\nLe recueil propose de nouveau deux textes brefs\u00a0\u2014 \u201cClair de lune\u201d et \u201c1909\u201d\u00a0\u2014 puis un long po\u00e8me en six parties, \u201c\u00c0 la Sant\u00e9\u201d, issu de la triste exp\u00e9rience de la d\u00e9tention effectu\u00e9e en septembre 1911 par Apollinaire \u00e0 la prison de la Sant\u00e9. Enfin, \u201cAutomne malade\u201d, \u201cH\u00f4tels\u201d et \u201cCors de chasse\u201d pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019ultime po\u00e8me du recueil, \u201cVend\u00e9miaire\u201d, dans lequel le po\u00e8te \u00e9ternise son chant: \u00abHommes de l\u2019avenir souvenez-vous de moi.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Apollinaire avait d\u2019abord song\u00e9 \u00e0 intituler son recueil Eau-de-vie. Alcools est toutefois plus net, provocant et moderne, et rapporte l\u2019acte po\u00e9tique, dans la continuit\u00e9 de Baudelaire et de Rimbaud, \u00e0 un d\u00e9r\u00e8glement des sens: \u00ab\u00c9coutez mes chants d\u2019universelle ivrognerie\u00bb (\u201cVend\u00e9miaire\u201d). Les r\u00e9f\u00e9rences explicites \u00e0 la boisson enivrante sont fr\u00e9quentes dans le recueil: \u00abEt tu bois cet alcool br\u00fblant comme ta vie \/ Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie\u00bb (\u201cZone\u201d), \u00abNous fumons et buvons comme autrefois\u00bb (\u201cPo\u00e8me lu au mariage d\u2019Andr\u00e9 Salmon\u201d), \u00abMon verre est plein d\u2019un vin trembleur comme une flamme\u00bb (\u201cNuit rh\u00e9nane\u201d). De m\u00eame, l\u2019univers d\u2019Alcools est jalonn\u00e9 de nombreux lieux pourvoyeurs de boissons: des \u00abtavernes\u00bb (\u201cZone\u201d), des auberges\u00a0\u2014 celle du \u201cVoyageur\u201d est \u00abtriste\u00bb et celles des \u201cSaltimbanques\u201d sont \u00abgrises\u00bb\u00a0\u2014, des brasseries\u00a0\u2014 \u00abBeaucoup entraient dans les brasseries\u00bb (\u201cla Maison des morts\u201d), \u00abElle\u00a0[&#8230;] buvait lasse des trottoirs \/ Tr\u00e8s tard dans les brasseries borgnes\u00bb (\u201cMarizibill\u201d). D\u2019un symbolisme multiple, que le pluriel du titre \u00e9largit encore, l\u2019alcool d\u00e9signe l\u2019universelle soif du po\u00e8te, le paroxysme de ses d\u00e9sirs: \u00abJe buvais \u00e0 pleins verres les \u00e9toiles\u00bb (\u201cles Fian\u00e7ailles\u201d), \u00abJe suis ivre d\u2019avoir bu tout l\u2019univers \/\u00a0[&#8230;] \u00c9coutez-moi je suis le gosier de Paris \/ Et je boirai encore s\u2019il me pla\u00eet l\u2019univers\u00bb (\u201cVend\u00e9miaire\u201d). Extr\u00eame et intarissable, cette soif, souvent euphorique, court toutefois le risque de demeurer inassouvie: \u00abMondes\u00a0[&#8230;] \/ Je vous ai bus et ne fus pas d\u00e9salt\u00e9r\u00e9\u00bb (\u201cVend\u00e9miaire\u201d). L\u2019alcool sugg\u00e8re en outre la transgression, la possibilit\u00e9 de faire fi des tabous et des normes, en somme les audaces d\u2019une po\u00e9sie novatrice et moderne.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie d\u2019Alcools se d\u00e9ploie en effet souvent dans la fantaisie et la rupture \u00e0 l\u2019\u00e9gard des normes, mais elle se plie \u00e9galement \u00e0 certaines r\u00e8gles. C\u2019est ce m\u00e9lange de nouveaut\u00e9 et de tradition, de surprise et de reconnaissance qui fait l\u2019originalit\u00e9 du recueil. Si, sur le plan prosodique, Apollinaire conserve en g\u00e9n\u00e9ral la rime et la r\u00e9gularit\u00e9 m\u00e9trique\u00a0\u2014 avec une nette pr\u00e9dilection pour l\u2019octosyllabe et l\u2019alexandrin\u00a0\u2014, c\u2019est en raison d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 interne \u00e0 sa po\u00e9sie et non par souci d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 une quelconque contrainte ext\u00e9rieure. La po\u00e9sie d\u2019Alcools s\u2019enracine dans le chant qu\u2019elle cherche \u00e0 rejoindre par son souffle propre. Les enregistrements qui demeurent du po\u00e8te t\u00e9moignent d\u2019ailleurs de cette parent\u00e9: Apollinaire, lisant ses textes, semble chanter. Or la rime et le m\u00e8tre ne sont pas seuls \u00e0 contribuer \u00e0 la musicalit\u00e9 du recueil. La r\u00e9p\u00e9tition, savamment agenc\u00e9e, conf\u00e8re \u00e0 de nombreux po\u00e8mes un rythme qui les rapproche du cantique. \u201cLe Pont Mirabeau\u201d, par la reprise du refrain\u00a0\u2014 \u00abVienne la nuit sonne l\u2019heure \/ Les jours s\u2019en vont je demeure\u00bb\u00a0\u2014 et celle, juste avant la derni\u00e8re occurrence du refrain, du premier vers\u00a0\u2014 \u00abSous le pont Mirabeau coule la Seine\u00bb\u00a0\u2014 a l\u2019aspect d\u2019une litanie tragique et conjuratoire. Dans \u201cla Chanson du mal-aim\u00e9\u201d, la reprise d\u2019une strophe majestueuse par son adresse et solennelle par la r\u00e9f\u00e9rence biblique qu\u2019elle contient\u00a0\u2014 \u00abVoie lact\u00e9e \u00f4 s\u0153ur lumineuse \/ Des blancs ruisseaux de Chanaan\u00bb\u00a0\u2014 donne au po\u00e8me une dimension incantatoire. Ailleurs, la r\u00e9p\u00e9tition, plus l\u00e9g\u00e8re et joyeuse\u00a0\u2014 celle par exemple de la tournure, elle-m\u00eame r\u00e9p\u00e9titive, \u00abLe mai le joli mai\u00bb dans \u201cMai\u201d\u00a0\u2014, conf\u00e8re au po\u00e8me des allures de chanson populaire, voire de comptine.<\/p>\n<p>Toutefois, rien n\u2019est jamais stable dans cette po\u00e9sie qui refuse le confort m\u00e9lodique et pr\u00e9f\u00e8re l\u2019incertitude. Le po\u00e8me intitul\u00e9 \u201cles Colchiques\u201d installe la r\u00e9gularit\u00e9 de l\u2019alexandrin tout en y inscrivant de subtiles fractures: la disposition graphique d\u00e9membre le m\u00e8tre\u00a0\u2014 \u00abLes vaches y paissant \/ Lentement s\u2019empoisonnent\u00bb\u00a0\u2014, certains vers ont plus de douze syllabes\u00a0\u2014 \u00abV\u00eatus de hoquetons et jouant de l\u2019harmonica\u00bb\u00a0\u2014 si bien que, finalement, la lecture h\u00e9site face \u00e0 d\u2019autres vers dont on peut faire des alexandrins, au prix de quelques \u00e9lisions audacieuses\u00a0\u2014 par exemple: \u00abQui batt(ent) comme les fleurs battent au vent d\u00e9ment\u00bb\u00a0\u2014, mais que l\u2019on peut \u00e9galement consid\u00e9rer comme irr\u00e9guliers. De m\u00eame, dans \u201cMarie\u201d, un alexandrin unique vient soudain perturber la r\u00e9gularit\u00e9 du po\u00e8me par ailleurs enti\u00e8rement compos\u00e9 d\u2019octosyllabes. La prosodie d\u2019Alcools cultive la discordance qui d\u00e9stabilise, \u00e9branle, introduit comme un d\u00e9chirement. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle du recueil pris dans son ensemble, le po\u00e8me \u201cChantre\u201d, constitu\u00e9 d\u2019un vers unique, qu\u2019Apollinaire appelait dr\u00f4lement \u00abvers solitaire\u00bb\u00a0\u2014 \u00abEt l\u2019unique cordeau des trompettes marines\u00bb\u00a0\u2014 produit un effet similaire.<\/p>\n<p>Ces fractures sont \u00e0 l\u2019image de l\u2019exp\u00e9rience, le plus souvent douloureuse et angoiss\u00e9e, qui se d\u00e9voile \u00e0 travers Alcools. Divers po\u00e8mes sont d\u2019ailleurs, de l\u2019aveu d\u2019Apollinaire lui-m\u00eame, directement li\u00e9s aux circonstances biographiques. Ainsi \u201cla Chanson du mal-aim\u00e9\u201d exprime le d\u00e9sarroi du po\u00e8te dans son amour malheureux pour une jeune Anglaise, Annie Playden. Toutefois, la mati\u00e8re po\u00e9tique transcende l\u2019anecdote, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la richesse des images. Certaines, r\u00e9currentes dans le recueil, contribuent \u00e0 son unit\u00e9, voire \u00e0 l\u2019envo\u00fbtement qui en \u00e9mane peu \u00e0 peu lors d\u2019une lecture continue. Ainsi, le flux de l\u2019eau est fr\u00e9quemment, mais de fa\u00e7on toujours renouvel\u00e9e, associ\u00e9 au temps qui passe, \u00e0 la fois irr\u00e9versible\u00a0\u2014 \u00abPassent les jours et passent les semaines \/ Ni temps pass\u00e9 \/ Ni les amours reviennent \/ Sous le pont Mirabeau coule la Seine\u00bb (\u201cle Pont Mirabeau\u201d)\u00a0\u2014 et immuable\u00a0\u2014 \u00abJe passais au bord de la Seine \/ Un livre ancien sous le bras \/ Le fleuve est pareil \u00e0 ma peine \/ Il s\u2019\u00e9coule et ne tarit pas \/ Quand donc finira la semaine\u00bb (\u201cMarie\u201d).<\/p>\n<p>L\u2019automne, saison fascinante et tragique, \u00e9voque le d\u00e9clin de toute chose\u00a0\u2014 \u00abEt que j\u2019aime \u00f4 saison que j\u2019aime tes rumeurs \/ Les fruits tombant sans qu\u2019on les cueille \/ Le vent et la for\u00eat qui pleurent \/ Toutes leurs larmes en automne feuille \u00e0 feuille \/\u00a0[&#8230;] La vie \/ S\u2019\u00e9coule\u00bb (\u201cAutomne malade\u201d)\u00a0\u2014, la s\u00e9paration des amants\u00a0\u2014 \u00abSais-je o\u00f9 s\u2019en iront tes cheveux \/ Et tes mains feuilles de l\u2019automne \/ Que jonchent aussi nos aveux\u00bb (\u201cMarie\u201d)\u00a0\u2014 et la mort\u00a0\u2014 \u00abL\u2019automne a fait mourir l\u2019\u00e9t\u00e9\u00bb (\u201cAutomne\u201d). Ces images sont certes traditionnelles mais la po\u00e9sie d\u2019Alcools les renouvelle par le traitement qu\u2019elle leur r\u00e9serve. Amplement utilis\u00e9e, la comparaison engendre un monde propre qui transmue le po\u00e8me en vision, souvent violente: \u00abLe soleil ce jour-l\u00e0 s\u2019\u00e9talait comme un ventre \/ Maternel qui saignait lentement sur le ciel \/ La lumi\u00e8re est ma m\u00e8re \u00f4 lumi\u00e8re sanglante \/ Les nuages coulaient comme un flux menstruel\u00bb (\u201cMerlin et la Vieille Femme\u201d). Ailleurs, la m\u00e9taphore, dont l\u2019allit\u00e9ration renforce l\u2019efficacit\u00e9, transfigure ce m\u00eame spectacle initial d\u2019un coucher de soleil en une sc\u00e8ne de d\u00e9capitation: \u00abSoleil cou coup\u00e9\u00bb (\u201cZone\u201d).<\/p>\n<p>L\u2019univers d\u2019Alcools est en outre r\u00e9solument ancr\u00e9 dans la modernit\u00e9, singuli\u00e8rement celle du monde urbain. La grande ville est pr\u00e9sente dans \u201cla Chanson du mal-aim\u00e9\u201d\u00a0\u2014 \u00abUn soir de demi-brume \u00e0 Londres\u00bb\u00a0\u2014 ou dans \u201cle Pont Mirabeau\u201d dont le titre \u00e9voque explicitement Paris. Le ton est donn\u00e9 d\u00e8s le premier po\u00e8me, \u201cZone\u201d, aux r\u00e9f\u00e9rences et \u00e0 la terminologie tr\u00e8s contemporaines: \u00ables automobiles\u00bb, \u00ables hangars de Port-Aviation\u00bb, \u00ables affiches\u00bb, \u00abcette rue industrielle\u00bb, \u00abdes troupeaux d\u2019autobus\u00bb, \u00able zinc d\u2019un bar crapuleux\u00bb. Quant au dernier po\u00e8me, \u201cVend\u00e9miaire\u201d, il dresse une sorte de panorama urbain universel: \u00abJ\u2019ai soif villes de France et d\u2019Europe et du monde \/ Venez toutes couler dans ma gorge profonde.\u00bb<\/p>\n<p>Les lieux o\u00f9 se d\u00e9ploie cette po\u00e9sie sont cependant vari\u00e9s, car le voyage est l\u2019un des th\u00e8mes dominants d\u2019Alcools. Des titres de po\u00e8mes tels que \u201cle Voyageur\u201d ou \u201cH\u00f4tels\u201d en t\u00e9moignent. Ceux que l\u2019on appelle les \u00abgens du voyage\u00bb sont \u00e9galement pr\u00e9sents dans les titres\u00a0\u2014 \u201cSaltimbanques\u201d, \u201cla Tzigane\u201d\u00a0\u2014 et dans les po\u00e8mes\u00a0\u2014 \u00abUn ours un singe un chien men\u00e9s par des Tziganes \/ Suivaient une roulotte tra\u00een\u00e9e par un \u00e2ne\u00bb (\u201cMai\u201d); \u00abDes sorciers venus de Boh\u00eame\u00bb (\u201cCr\u00e9puscule\u201d). Le voyage est en outre fr\u00e9quemment rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience personnelle: \u00abMaintenant tu es au bord de la M\u00e9diterran\u00e9e \/\u00a0[&#8230;] Tu es dans le jardin d\u2019une auberge aux environs de Prague \/\u00a0[&#8230;] Te voici \u00e0 Marseille au milieu des past\u00e8ques \/ Te voici \u00e0 Coblence \u00e0 l\u2019h\u00f4tel du G\u00e9ant \/ Te voici \u00e0 Rome assis sous un n\u00e9flier du Japon \/ Te voici \u00e0 Amsterdam avec une jeune fille\u00a0[&#8230;]\u00bb (\u201cZone\u201d). Le voyage dans l\u2019espace va de pair avec celui dans le temps. Le pass\u00e9 du po\u00e8te est repr\u00e9sent\u00e9\u00a0\u2014 Alcools se pla\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9vocation, souvent path\u00e9tique, des souvenirs\u00a0\u2014 mais aussi celui de l\u2019humanit\u00e9, par le biais des mythes, nombreux dans le recueil. Ces mythes sont de sources tr\u00e8s diverses\u00a0\u2014 la Bible, les contes populaires, les l\u00e9gendes gr\u00e9co-latines, orientales, celtiques, germaniques, etc.\u00a0\u2014 et contribuent, par leur exotisme et leur \u00e9tranget\u00e9, au charme myst\u00e9rieux et nostalgique qui \u00e9mane d\u2019Alcools.<\/p>\n<p>Spatial ou temporel, le voyage est signe de libert\u00e9 et peut donc \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 la f\u00eate et \u00e0 la richesse: les saltimbanques \u00abont des poids ronds ou carr\u00e9s \/ Des tambours des cerceaux dor\u00e9s\u00bb (\u201cSaltimbanques\u201d). Il signale la toute-puissance de l\u2019imagination po\u00e9tique: \u00abVers le palais de Rosemonde au fond du R\u00eave \/ Mes r\u00eaveuses pens\u00e9es pieds nus vont en soir\u00e9e \/\u00a0[&#8230;] mes pens\u00e9es de tous pays de tous temps\u00bb (\u201cPalais\u201d). Or cet aspect positif du voyage, qui abolit limites et entraves, a son envers n\u00e9gatif. D\u00e9pourvu de but d\u00e9termin\u00e9, le voyage est avant tout errance, symbole d\u2019une douloureuse m\u00e9connaissance de soi: \u00abTemps pass\u00e9s Tr\u00e9pass\u00e9s Les dieux qui me form\u00e2tes \/ Je ne vis que passant ainsi que vous pass\u00e2tes \/ Et d\u00e9tournant mes yeux de ce vide avenir \/ En moi-m\u00eame je vois tout le pass\u00e9 grandir\u00bb (\u201cCort\u00e8ge\u201d).<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la richesse de sa prosodie, de ses constructions et de ses images, Alcools exerce une ind\u00e9niable fascination. Celle-ci ne doit pourtant pas faire oublier le caract\u00e8re fondamentalement pessimiste et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du recueil.<\/p>\n<p>A.\u00a0SCHWEIGER<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-146","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/146","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=146"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}