{"id":143,"date":"2026-07-24T22:24:29","date_gmt":"2026-07-24T20:24:29","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=143"},"modified":"2026-07-24T22:24:29","modified_gmt":"2026-07-24T20:24:29","slug":"pastiches-et-melanges","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=pastiches-et-melanges","title":{"rendered":"Pastiches et M\u00e9langes"},"content":{"rendered":"<p>Pastiches et M\u00e9langes<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PASTICHES ET M\u00c9LANGES. Recueil de textes de Marcel Proust (1871-1922), publi\u00e9s \u00e0 Paris dans divers p\u00e9riodiques (essentiellement dans le Figaro et la Gazette des Beaux-Arts) entre\u00a01900 et\u00a01908, et en volume chez Gallimard en 1919.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Proust choisit comme pr\u00e9texte de ses Pastiches un fait divers c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019\u00e9poque: \u00abl\u2019Affaire Lemoine\u00bb. Ce dernier, ing\u00e9nieur fran\u00e7ais, avait fait croire au pr\u00e9sident de la De Beers qu\u2019il pouvait fabriquer d\u2019authentiques diamants et lui avait ainsi extorqu\u00e9 une forte somme. Ce th\u00e8me devient pour l\u2019\u00e9crivain l\u2019occasion d\u2019une s\u00e9rie de variations \u00e0 la mani\u00e8re de Balzac, Flaubert, Sainte-Beuve, R\u00e9gnier, Goncourt, Michelet, Faguet, Renan et Saint-Simon. Quant aux M\u00e9langes, la plupart d\u2019entre eux concernent l\u2019\u00e9crivain et esth\u00e9ticien anglais John Ruskin (1819-1900) et sont centr\u00e9s sur un th\u00e8me qui lui \u00e9tait particuli\u00e8rement cher: l\u2019architecture gothique (\u00abEn m\u00e9moire des \u00e9glises assassin\u00e9es\u00bb). Peu apr\u00e8s la mort de Ruskin, Proust exprime toute l\u2019admiration qu\u2019il lui voue (\u00abJohn Ruskin\u00bb), m\u00eame si quelques ann\u00e9es plus tard (en\u00a01905), dans un article toujours enthousiaste, il prendra quelque distance avec lui, notamment sur sa mani\u00e8re de concevoir la lecture (\u00abJourn\u00e9es de lecture\u00bb). Ce recueil comporte \u00e9galement un article dans lequel Proust s\u2019inqui\u00e8te en\u00a01904 des cons\u00e9quences pour le patrimoine artistique de la loi de s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat (\u00abla Mort des cath\u00e9drales\u00bb) et un texte court paru dans le Figaro en\u00a01907 dans lequel il fait part des r\u00e9flexions que lui inspirent les lettres qu\u2019il a re\u00e7ues d\u2019un homme qui a par la suite assassin\u00e9 sa m\u00e8re dans un acc\u00e8s de d\u00e9mence (\u00abSentiments filiaux d\u2019un parricide\u00bb).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Dans \u00abJourn\u00e9es de lecture\u00bb, texte qui servit initialement de pr\u00e9face (alors intitul\u00e9e \u00abSur la lecture\u00bb) \u00e0 sa traduction du livre de Ruskin S\u00e9same et les Lys, Proust se refuse \u00e0 admettre que la lecture puisse jouer \u00abdans notre vie spirituelle le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant\u00bb que l\u2019\u00e9crivain anglais semble lui assigner. Elle ne remplit, dans le meilleur des cas, qu\u2019une fonction d\u2019\u00abimpulsion\u00bb, d\u2019\u00abincitation\u00bb \u00e0 un travail personnel, \u00e0 une recherche sur soi-m\u00eame qui ne peut jamais s\u2019accomplir par personne interpos\u00e9e. Et ce d\u00e9sir d\u2019ind\u00e9pendance par rapport aux influences culturelles, si fortes furent-elles, constitue bien l\u2019\u00e9lan unificateur des textes apparemment disparates qui composent ce recueil: \u00abTant que la lecture est pour nous l\u2019incitatrice dont les cl\u00e9s magiques nous ouvrent au fond de nous-m\u00eame la porte des demeures o\u00f9 nous n\u2019aurions pas su p\u00e9n\u00e9trer, son r\u00f4le dans notre vie est salutaire. Il devient dangereux au contraire quand, au lieu de nous \u00e9veiller \u00e0 la vie personnelle de l\u2019esprit, la lecture tend \u00e0 se substituer \u00e0 elle.\u00bb Dans les pastiches, o\u00f9 il d\u00e9ploie une virtuosit\u00e9 mim\u00e9tique \u00e9tonnante o\u00f9 l\u2019humour se m\u00eale \u00e0 une extraordinaire perspicacit\u00e9 quant au style des auteurs concern\u00e9s (le \u00abSaint-Simon\u00bb est particuli\u00e8rement soign\u00e9), Proust parvient \u00e0 assouvir dans un m\u00eame mouvement les deux facettes contradictoires de son aspiration \u00e0 \u00e9crire: besoin d\u2019admirer et de faire partager ses d\u00e9votions esth\u00e9tiques, d\u2019une part, et volont\u00e9 de se d\u00e9barrasser d\u2019ascendants trop envahissants, d\u2019autre part. C\u2019est d\u2019ailleurs aupr\u00e8s de Ruskin lui-m\u00eame qu\u2019il a appris \u00e0 se m\u00e9fier du \u00abf\u00e9tichisme\u00bb auquel peut conduire une \u00e9motion esth\u00e9tique insuffisamment contr\u00f4l\u00e9e. En somme, cette s\u00e9rie de textes aura constitu\u00e9 une \u00e9tape n\u00e9cessaire avant la mise en chantier du grand roman: en mimant les \u00e9critures qui l\u2019ont le plus marqu\u00e9 (ou pour certaines, rebut\u00e9), en faisant ainsi (comme il l\u2019\u00e9crit en\u00a01908 dans une lettre \u00e0 un ami) \u00abde la critique litt\u00e9raire en action\u00bb, Proust \u00e9value et pr\u00e9pare sa propre mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire. Il tentera bien plus tard de s\u2019en expliquer dans une lettre \u00e0 Ramon Fernandez: \u00abLe tout \u00e9tait surtout pour moi affaire d\u2019hygi\u00e8ne; il faut se purger du vice naturel d\u2019idol\u00e2trie et d\u2019imitation. Et au lieu de faire sournoisement du Michelet ou du Goncourt\u00a0[&#8230;], d\u2019en faire ouvertement sous forme de pastiches, pour redescendre \u00e0 ne plus \u00eatre que Marcel Proust quand j\u2019\u00e9cris mes romans.\u00bb D\u2019autre part, le th\u00e8me de l\u2019architecture m\u00e9di\u00e9vale, dont Ruskin lui aura enseign\u00e9 toute la port\u00e9e m\u00e9taphorique (l\u2019historien d\u2019art \u00c9mile M\u00e2le ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9galement largement mis \u00e0 contribution), se pr\u00e9sente comme une pr\u00e9figuration, comme un \u00e9chafaudage qui lui aura permis de b\u00e2tir sa propre \u00abcath\u00e9drale\u00bb. Aux prises avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, Proust veut en assumer les moindres replis et mesurer toutes les difficult\u00e9s qu\u2019il faudra surmonter pour trouver son identit\u00e9 sur le terrain de l\u2019expression artistique. Sa traduction de deux ouvrages de Ruskin (la Bible d\u2019Amiens en\u00a01904 et S\u00e9same et les Lys en\u00a01906) men\u00e9e avec grand soin et accompagn\u00e9e de notes tellement abondantes qu\u2019elles sont comme un livre dans le livre, nous fait sentir toute la port\u00e9e de cette remarque d\u2019\u00c0 la recherche du temps perdu, selon laquelle un \u00e9crivain doit d\u00e9couvrir et apprivoiser jour apr\u00e8s jour cet \u00ab\u00e9tranger\u00bb qu\u2019il h\u00e9berge en lui-m\u00eame pour mener \u00e0 bien son \u00abdevoir\u00bb et sa \u00abt\u00e2che\u00bb qui, en ce sens, sont \u00abceux d\u2019un traducteur\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0COGEZ<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-143","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}