{"id":118,"date":"2026-07-24T19:56:26","date_gmt":"2026-07-24T17:56:26","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=118"},"modified":"2026-07-24T19:56:26","modified_gmt":"2026-07-24T17:56:26","slug":"madame-edwarda","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=madame-edwarda","title":{"rendered":"Madame Edwarda"},"content":{"rendered":"<p>Madame Edwarda<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MADAME EDWARDA. R\u00e9cit de Georges Bataille (1897-1962), publi\u00e9 sous le pseudonyme de Pierre Ang\u00e9lique \u00e0 Paris aux \u00c9ditions du Solitaire en 1941; r\u00e9\u00e9dition augment\u00e9e d\u2019une Pr\u00e9face de l\u2019auteur chez Jean-Jacques Pauvert en\u00a01956.<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>En proie \u00e0 une \u00abangoisse sale et gris\u00e2tre\u00bb, le narrateur, tourment\u00e9 par les limites de la condition humaine, erre au hasard des rues de Paris. Pr\u00e8s de la porte Saint-Denis, il rencontre une prostitu\u00e9e, Madame Edwarda, avec qui il fait l\u2019amour dans une chambre tapiss\u00e9e de glaces (I). Tous deux sortent ensuite du bordel\u00a0\u2014 Madame Edwarda nue sous son domino et son capuchon\u00a0\u2014 et s\u2019aventurent dans les rues du quartier (II). Mais Edwarda s\u2019\u00e9vanouit sur le trottoir; le narrateur la porte \u00e0 un taxi qui les conduit jusqu\u2019aux Halles. Madame Edwarda fait arr\u00eater la voiture, \u00f4te son capuchon, descend et invite le chauffeur \u00e0 monter dans la voiture. Madame Edwarda et le chauffeur font l\u2019amour tandis que le narrateur les regarde (III).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Long seulement de dix pages, Madame Edwarda est aussi l\u2019un des r\u00e9cits les plus denses de l\u2019\u0153uvre romanesque de Georges Bataille, ralliant toutes les \u00e9nergies et les portant \u00e0 leur plus haut point d\u2019intensit\u00e9 pour&#8230; rien: \u00abCe que le mysticisme n\u2019a pu dire (au moment de le dire, il d\u00e9faiblit), l\u2019\u00e9rotisme le dit: Dieu n\u2019est rien, s\u2019il n\u2019est pas d\u00e9passement de Dieu dans tous les sens; dans le sens de l\u2019\u00eatre vulgaire, dans celui de l\u2019horreur et de l\u2019impuret\u00e9; \u00e0 la fin, dans le sens de rien\u00bb, \u00e9crit l\u2019auteur dans sa Pr\u00e9face. Hors de l\u2019\u00c9glise, que reste-t-il \u00e0 Dieu, sinon le bordel? La d\u00e9bauche, comme la mystique, ne le met-elle pas \u00e0 nu? C\u2019est pourquoi Bataille, quittant les \u00e9glises (celles de l\u2019Abb\u00e9 C. ou de l\u2019Histoire de l\u2019\u0153il), s\u2019est jet\u00e9 dans les bordels. C\u2019est dans un bordel que le narrateur trouve la plus tourment\u00e9e des images de Dieu. C\u2019est l\u00e0 encore qu\u2019il va chercher un rite\u00a0\u2014 d\u2019une \u00abhallucinante solennit\u00e9\u00bb\u00a0\u2014 gr\u00e2ce auquel il ne peut plus ignorer que Dieu le condamne. La nature \u00absouill\u00e9e\u00bb d\u2019Edwarda la rend toute-puissante, elle qui r\u00e9unit les deux aspects du divin, l\u2019\u00e9l\u00e9vation et la bassesse infinies. Le narrateur s\u2019acharne \u00e0 percer le secret de ce Dieu-l\u00e0: \u00abJe dis \u00e0 Madame Edwarda qu\u2019elle \u00e9tait Dieu.\u00bb Et parce qu\u2019elle est Dieu, elle a le droit d\u2019enjoindre qu\u2019on regarde ses \u00abguenilles\u00bb qui sont l\u2019\u00e9quivalent des plaies du Christ. Madame Edwarda est immonde et d\u00e9sirable, elle est faite de la mati\u00e8re brute des mythes, entre \u00abDieu-prostitu\u00e9e\u00bb et \u00abGrande M\u00e8re\u00bb; elle est la tentative de remplacer l\u2019incarnation chr\u00e9tienne par celle de la \u00abprostitu\u00e9e divine\u00bb, l\u2019union de l\u2019\u00e9ternel f\u00e9minin et des principes \u00abdu bas\u00bb.<\/p>\n<p>Le narrateur, face \u00e0 ce nouveau Dieu, personnage de farce tragique portant masque et domino, n\u2019est plus celui qui a besoin de la mort (comme dans Histoire de l\u2019\u0153il) pour d\u00e9sirer; il est cette fois-ci lui-m\u00eame la mort qui guette sur Edwarda les signes de la mort, les signes du plaisir inaccessible \u00e0 Dieu: \u00abDe son visage, \u00e0 ce moment-l\u00e0, je sus qu\u2019il revenait de l\u2019impossible.\u00bb Ce vertige mystique paralyse la narration, et l\u2019\u00e9crivain avoue la r\u00e9ticence qu\u2019il \u00e9prouve \u00e0 l\u2019id\u00e9e de continuer son histoire: \u00abJe serrai Edwarda dans mes bras, elle me sourit: aussit\u00f4t, transi, je ressentis en moi un nouveau choc, une sorte de silence tomba sur moi de haut et me gla\u00e7a. J\u2019\u00e9tais \u00e9lev\u00e9 dans un vol d\u2019anges qui n\u2019avaient ni queues ni t\u00eates, faits de glissements d\u2019ailes.\u00bb Le cr\u00e9ateur-narrateur se retrouve seul avec des chim\u00e8res de sa propre fabrication: \u00abLe plus \u00e9trange \u00e9tait le silence o\u00f9 Madame Edwarda demeurait enferm\u00e9e: de sa souffrance, il n\u2019\u00e9tait plus de communication possible et je m\u2019absorbai dans cette absence d\u2019issue\u00a0\u2014 dans cette nuit du c\u0153ur qui n\u2019\u00e9tait ni moins d\u00e9serte, ni moins hostile que le ciel vide.\u00bb Le mysticisme obsc\u00e8ne d\u2019Edwarda semble gagner la narration elle-m\u00eame: lorsque le narrateur \u00abmonte\u00bb avec Edwarda, l\u2019exp\u00e9rience \u00e9rotique est ineffable et s\u2019exprime, dans le texte, par de longues lignes pointill\u00e9es; lorsqu\u2019il est t\u00e9moin de l\u2019acte sexuel entre elle et le chauffeur de taxi, il peut en rendre compte par des paroles, mais le protagoniste-narrateur ne figure plus alors que comme t\u00e9moin de cet \u00e9pisode. Le d\u00e9sir, ici, se met totalement en jeu; vivre l\u2019exc\u00e8s, c\u2019est paradoxalement d\u00e9sirer jusqu\u2019au renoncement. Mais \u00able plaisir serait m\u00e9prisable s\u2019il n\u2019\u00e9tait ce d\u00e9passement atterrant\u00bb, pr\u00e9cise Bataille dans sa Pr\u00e9face.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P.\u00a0GOURVENNEC<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-118","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}