{"id":108,"date":"2026-07-22T21:46:35","date_gmt":"2026-07-22T19:46:35","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=108"},"modified":"2026-07-22T21:58:27","modified_gmt":"2026-07-22T19:58:27","slug":"les-miserables","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=les-miserables","title":{"rendered":"Les Mis\u00e9rables"},"content":{"rendered":"<p>Mis\u00e9rables (les)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MIS\u00c9RABLES (les). Roman de Victor Hugo (1802-1885), publi\u00e9 \u00e0 Bruxelles chez Lacroix, Verboeckhoven et Cie et \u00e0 Paris chez Michel L\u00e9vy et Pagnerre en 1862. Corrig\u00e9e par Hugo, l\u2019\u00e9dition belge sert de mod\u00e8le pour l\u2019\u00e9dition dite \u00abne varietur\u00bb, chez Hetzel et Quantin en\u00a01881. L\u2019\u00e9dition Ollendorff, dite \u00abde l\u2019Imprimerie nationale\u00bb (1908-1909), contient des parties jusque-l\u00e0 in\u00e9dites.<\/p>\n<p>\u0152uvre immense, joyau du patrimoine litt\u00e9raire national, riche en figures assimil\u00e9es par notre imaginaire ou notre langue, ce roman touffu mais d\u2019une lecture ais\u00e9e, populaire mais d\u00e9routant, est une somme hugolienne: commenc\u00e9 en\u00a01845 sous le titre les Mis\u00e8res\u00a0\u2014 mais sans doute r\u00eav\u00e9 d\u00e8s\u00a01828\u00a0\u2014, interrompu par les \u00e9v\u00e9nements de\u00a01848, il est repris en\u00a01860 pendant l\u2019exil. Objet de scandale, il connut d\u00e8s sa parution un \u00e9norme succ\u00e8s, qui ne s\u2019est jamais d\u00e9menti depuis, entretenu par le cin\u00e9ma et m\u00eame, r\u00e9cemment, la com\u00e9die musicale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Premi\u00e8re partie. \u00abFantine\u00bb. Jean Valjean, un ancien for\u00e7at condamn\u00e9 en\u00a01796, trouve asile, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 du bagne et avoir longtemps err\u00e9, chez Mgr Myriel, \u00e9v\u00eaque de Digne. Il se laisse tenter par les couverts d\u2019argent du pr\u00e9lat et d\u00e9guerpit \u00e0 l\u2019aube. Des gendarmes le capturent, mais l\u2019\u00e9v\u00eaque t\u00e9moigne en sa faveur et le sauve. Boulevers\u00e9, Jean Valjean c\u00e8de \u00e0 une derni\u00e8re tentation en d\u00e9troussant un petit Savoyard puis devient honn\u00eate homme (livres I-III). En\u00a01817 \u00e0 Paris, Fantine a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite par un \u00e9tudiant puis abandonn\u00e9e avec sa petite Cosette, qu\u2019elle a confi\u00e9e \u00e0 un couple de sordides aubergistes de Montfermeil, les Th\u00e9nardier. Elle est contrainte de se prostituer. Arr\u00eat\u00e9e \u00e0 Montreuil-sur-Mer et interrog\u00e9e par le policier Javert, elle est rel\u00e2ch\u00e9e sur l\u2019intervention du maire de la ville, le populaire M.\u00a0Madeleine, directeur d\u2019une fabrique. Il la recueille. Pendant ce temps, un certain Champmathieu, que l\u2019on croit \u00eatre Jean Valjean, est jug\u00e9 \u00e0 Arras. Apr\u00e8s un douloureux d\u00e9bat, M.\u00a0Madeleine, qui, comme le soup\u00e7onnait Javert, n\u2019est autre que l\u2019ancien for\u00e7at, se fait reconna\u00eetre en plein tribunal. Apr\u00e8s avoir promis \u00e0 Fantine agonisante de veiller sur Cosette, il s\u2019\u00e9chappe (IV-VIII).<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me partie. \u00abCosette\u00bb. \u00c0 la bataille de Waterloo, longuement d\u00e9crite, Th\u00e9nardier avait d\u00e9trouss\u00e9 le colonel baron Pontmercy, tout en lui portant secours. Nous sommes en\u00a01823. Jean Valjean a \u00e9t\u00e9 repris et renvoy\u00e9 au bagne; il s\u2019\u00e9vade de nouveau; on le croit noy\u00e9. Ayant cach\u00e9 sa fortune pr\u00e8s de l\u2019auberge des Th\u00e9nardier, il d\u00e9livre Cosette de cet enfer (livres I-III). Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu dans une masure \u00e0 Paris, ils sont pourchass\u00e9s par la police et ne trouvent le salut qu\u2019en franchissant le mur du couvent du Petit Picpus. Jean Valjean se fait passer pour le fr\u00e8re du jardinier, M.\u00a0Fauchelevent, qu\u2019il avait secouru \u00e0 Montreuil (IV-VIII).<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me partie. \u00abMarius\u00bb. Apparaissent trois nouveaux personnages. Gavroche, fils de Th\u00e9nardier, incarne le gamin de Paris; M.\u00a0Gillenormand est le grand bourgeois voltairien, grand-p\u00e8re antibonapartiste de Marius Pontmercy, fils du colonel de Waterloo. Marius rejoint un groupe d\u2019\u00e9tudiants r\u00e9publicains, dont le bel et inflexible Enjolras. Marius a retrouv\u00e9 son p\u00e8re qui, sur son lit de mort, lui fait jurer de r\u00e9compenser Th\u00e9nardier. Marius veut poursuivre son id\u00e9al et rompt avec son grand-p\u00e8re (livres I-V). Th\u00e9nardier vit maintenant dans les bas-fonds parisiens, o\u00f9 un certain M.\u00a0Leblanc et sa fille exercent la charit\u00e9. Th\u00e9nardier l\u2019attire dans un guet-apens, mais Marius, leur voisin de chambre, appelle la police. Javert arr\u00eate les bandits, mais M.\u00a0Leblanc, nouvelle incarnation de Jean Valjean, dispara\u00eet (VI-VIII).<\/p>\n<p>Quatri\u00e8me partie. \u00abL\u2019Idylle rue Plumet et l\u2019\u00c9pop\u00e9e rue Saint-Denis\u00bb. En\u00a01832, Jean Valjean habite, avec Cosette, rue Plumet; Th\u00e9nardier est en prison; sa fille \u00c9ponine, amoureuse de Marius, aide pourtant le jeune homme \u00e0 retrouver la trace d\u2019une jeune fille rencontr\u00e9e au Luxembourg. Il s\u2019agit de Cosette, dont Marius croit qu\u2019un certain M.\u00a0Fauchelevent est le p\u00e8re. Marius demande \u00e0 son grand-p\u00e8re l\u2019autorisation d\u2019\u00e9pouser la jeune fille, et ne re\u00e7oit que sarcasmes. Th\u00e9nardier s\u2019\u00e9vade gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019involontaire complicit\u00e9 de Gavroche. Jean Valjean, inquiet, change de domicile (livres I-VI). \u00c0 l\u2019occasion des fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque, en juin, Enjolras, Gavroche, Marius (d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 depuis la disparition de Cosette), et Jean Valjean, (d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par l\u2019amour que Cosette porte au jeune homme), se retrouvent sur une barricade pr\u00e8s de la rue Saint-Denis (VII-XV).<\/p>\n<p>Cinqui\u00e8me partie. \u00abJean Valjean\u00bb. Soulev\u00e9, le peuple de Paris est symbolis\u00e9 par les combattants de la barricade. Jean Valjean s\u2019est vu confier la garde de l\u2019inspecteur Javert, arr\u00eat\u00e9 par les insurg\u00e9s. Il feint de l\u2019ex\u00e9cuter mais le lib\u00e8re, puis sauve Marius bless\u00e9 en passant par les \u00e9gouts, \u00abintestin du L\u00e9viathan\u00bb. Gavroche et Enjolras ainsi que tous les h\u00e9ros de la barricade sont tu\u00e9s. Sous terre, Jean Valjean rencontre Th\u00e9nardier, qui se cache aussi. Il peut ramener Marius \u00e0 son grand-p\u00e8re. Les vieillards s\u2019inclinent devant l\u2019amour des jeunes gens, alors que Javert, qui ne peut supporter la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Jean Valjean, se jette dans la Seine (livres I-V). Le bonheur est entach\u00e9 des soup\u00e7ons que nourrit Marius \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son beau-p\u00e8re, qui s\u2019enferme dans la solitude. Jean Valjean finit par avouer \u00e0 Marius qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de Cosette. Ils tombent d\u2019accord pour que Jean Valjean espace ses visites. Mais Marius apprend toute la v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019ancien bagnard. Il se rend avec Cosette chez Jean Valjean. Ils le trouvent agonisant, et il meurt dans leurs bras, r\u00e9concili\u00e9 et sanctifi\u00e9 (VI-IX).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Achev\u00e9 aux quatre cinqui\u00e8mes en f\u00e9vrier 1848, le roman est celui d\u2019un acad\u00e9micien pair de France. Hugo entreprend de d\u00e9noncer les injustices, amplifiant ainsi les accents du Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9 et de Claude Gueux. Dans l\u2019exil, le texte devient le grand \u0153uvre d\u2019un proph\u00e8te r\u00e9publicain, superbe sur son rocher, face \u00e0 Dieu et \u00e0 l\u2019Oc\u00e9an.<br \/>\n\u00c9vident en apparence, le sujet du livre se r\u00e9v\u00e8le fort complexe. Si Hugo d\u00e9finit le mot \u00abmis\u00e9rables\u00bb\u00a0\u2014 \u00abIl y a un point o\u00f9 les infortun\u00e9s et les inf\u00e2mes se m\u00ealent et se confondent dans un seul mot, les mis\u00e9rables; de qui est-ce la faute?\u00bb (III,\u00a0VIII,\u00a05)\u00a0\u2014, il entend surtout nommer l\u2019innommable\u00a0\u2014 d\u2019o\u00f9 un long d\u00e9veloppement sur l\u2019argot, \u00ablangue des t\u00e9n\u00e9breux\u00bb (IV,\u00a0VII)\u00a0\u2014, dire l\u2019indicible et l\u2019inacceptable. \u00abChose sans nom\u00bb, la mis\u00e8re est interdite de parole par les classes dominantes et les bien-pensants. S\u2019explique peut-\u00eatre ainsi le changement de titre: des Mis\u00e8res aux Mis\u00e9rables, le roman passe de l\u2019abstraction \u00e0 l\u2019incarnation dans des personnages et des lieux; de l\u2019usine aux quartiers l\u00e9preux, des bas-fonds \u00e0 la sinistre auberge des Th\u00e9nardier. Se renforce aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de donner la parole aux faibles, aux exploit\u00e9s, aux exclus. L\u2019argot intervient alors comme r\u00e9v\u00e9lateur. La langue populaire, telle qu\u2019un Gavroche la parle, d\u00e9place la charge po\u00e9tique de l\u2019\u00e9criture vers les marginaux, les humili\u00e9s et les offens\u00e9s.<\/p>\n<p>On ne saurait pourtant r\u00e9duire les Mis\u00e9rables \u00e0 cet aspect, si essentiel soit-il. Car le roman se situe dans une b\u00e9ance v\u00e9ritable de l\u2019Histoire, creus\u00e9e depuis\u00a01815. Les individus y sont condamn\u00e9s \u00e0 vivre l\u2019avortement d\u2019un progr\u00e8s annonc\u00e9, promis; mais la soci\u00e9t\u00e9, d\u00e9shumanis\u00e9e, s\u2019acharne \u00e0 fabriquer des malheureux, vite pouss\u00e9s au crime et r\u00e9prim\u00e9s par les chiens de garde d\u2019une police \u00e0 l\u2019image de l\u2019implacable Javert. Or si la r\u00e9volution \u00e9choue sur les barricades, des signes disent cependant l\u2019in\u00e9luctable changement. \u00abL\u2019Ann\u00e9e\u00a01817\u00bb (I,\u00a0III) vaut comme rep\u00e8re pour mesurer l\u2019\u00e9volution, et chaque personnage est pris dans l\u2019Histoire, qui le d\u00e9termine, depuis l\u2019Ancien R\u00e9gime voltairien pour Gillenormand jusqu\u2019\u00e0 Waterloo, \u00e9pisode qui fixera le destin de Th\u00e9nardier et de Marius.\u00a01832 marque donc une nouvelle \u00e9tape, et prouve la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une r\u00e9volution qui mobiliserait le peuple, ici absent, laissant petits bourgeois id\u00e9alistes et \u00e9tudiants g\u00e9n\u00e9reux seuls face \u00e0 la r\u00e9pression.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019avenir arrivera-t-il?\u00bb (IV,\u00a0VII,\u00a04): angoissante question qui installe le \u00abje\u00bb hugolien au centre de la fiction. D\u00e9passant la fonction de narrateur, abandonnant la posture lyrique, il se fait t\u00e9moin, int\u00e9grant bien des \u00abchoses vues\u00bb au tissu fictionnel, tout en maintenant la distance entre les personnages et le lecteur. Le c\u00e9l\u00e8bre chapitre \u00abUne temp\u00eate sous un cr\u00e2ne\u00bb (I,\u00a0VII,\u00a03 ), l\u2019illustre exemplairement: le dialogue int\u00e9rieur pose tragiquement et dramatise les questions de l\u2019identit\u00e9, du destin, du moi, du devoir.<\/p>\n<p>Le roman articule donc dans une vaste m\u00e9taphore l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9, exc\u00e9dant ainsi les limites du discours social\u00a0\u2014 et non \u00absocialiste\u00bb, le livre ne mettant gu\u00e8re en sc\u00e8ne des gens du peuple tels que le travailleur, le paysan ou l\u2019ouvrier\u00a0\u2014, que celui-ci se fonde sur l\u2019\u00e9conomie, le r\u00e9formisme ou le paternalisme; de m\u00eame se trouve d\u00e9pass\u00e9 le discours moral traditionnel, englu\u00e9 dans la probl\u00e9matique du mal. Le moi se trouve plac\u00e9 devant ses d\u00e9sirs, avou\u00e9s ou inconscients, ses pulsions de mort ou son instinct de conservation. Son parcours est une succession de morts symboliques et de renaissances, dont le faux enterrement permettant \u00e0 Jean Valjean de sortir du couvent et d\u2019y rentrer ou la travers\u00e9e des \u00e9gouts constituent les \u00e9tapes les plus remarquables.<\/p>\n<p>Roman social qui transcenderait les proc\u00e9d\u00e9s et les faiblesses des Myst\u00e8res de Paris d\u2019Eug\u00e8ne Sue? Roman historique de type nouveau? Histoire m\u00eal\u00e9e au drame? Miroir du genre humain? Toutes ces qualifications conviendraient sans difficult\u00e9 aux Mis\u00e9rables, r\u00e9ceptacle de toutes les formes romanesques et de tous les langages. La structure m\u00e9lodramatique donne son ossature \u00e0 ce texte polymorphe. R\u00e9duit \u00e0 un canevas simple, il s\u2019agit de l\u2019odyss\u00e9e et du calvaire d\u2019un homme rejet\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9, montant de sacrifice en sacrifice vers une mort salvatrice et une supr\u00eame \u00e9preuve, la perte d\u2019une fille adoptive qui a \u00e9t\u00e9 son seul amour. Sur cette trame, Hugo multiplie les digressions, technique abondamment utilis\u00e9e dans Notre-Dame de Paris, ici syst\u00e9matis\u00e9e, s\u2019\u00e9tendant du chapitre (\u00abHistoire d\u2019un progr\u00e8s dans les verroteries noires\u00bb,\u00a0I,\u00a0V,\u00a01), au livre entier (deux sont consacr\u00e9s au couvent, lieu et institution,\u00a0II,\u00a0VI et\u00a0VII). Outre sa fonction didactique, cette technique permet au romancier d\u2019accumuler prises de positions (\u00abParenth\u00e8se\u00bb sur les couvents,\u00a0II,\u00a0VIII), tableaux historiques (\u00abWaterloo\u00bb,\u00a0II,\u00a0I), sociologiques (\u00abPatron-Minette\u00bb,\u00a0III,\u00a0VII) ou g\u00e9ographico-philosophiques (\u00abl\u2019Intestin du L\u00e9viathan\u00bb,\u00a0V,\u00a0II), visions proph\u00e9tiques \u00e0 partir d\u2019\u00e9v\u00e9nements ou de personnages (\u00ables Amis de l\u2019A B C\u00bb,\u00a0III,\u00a0IV). Elle ralentit aussi le d\u00e9roulement du temps romanesque et produit un effet d\u2019\u00e9largissement du champ fictionnel au si\u00e8cle tout entier.<\/p>\n<p>Formellement, les Mis\u00e9rables ne peuvent se ramener \u00e0 la formule du feuilleton: la construction se d\u00e9veloppe par \u00e9l\u00e9vation et \u00e9largissement. Elle repose aussi sur les contrastes et les \u00e9chos: \u00e9v\u00eaque et policier; bagne et couvent; Waterloo et barricade; sauvetage de Cosette et de Marius. On ne saurait \u00e9num\u00e9rer tous ces rapports et ces r\u00e9seaux, formant un syst\u00e8me dynamis\u00e9 par le travail de la m\u00e9taphore. Ainsi une architecture s\u2019\u00e9labore, rel\u00e9guant le r\u00e9cit proprement dit, sinon au second plan, du moins derri\u00e8re la dimension po\u00e9tique, m\u00e9taphysique et religieuse.<\/p>\n<p>Le roman accomplit la r\u00e9demption individuelle de Jean Valjean, v\u0153u initial de Mgr Myriel. Une conscience s\u2019\u00e9veille et acc\u00e8de \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, de m\u00eame que se profile la naissance du Peuple \u00e0 venir. Une double \u00e9pop\u00e9e se d\u00e9roule donc: celle d\u2019une \u00e2me en voie de purification; celle d\u2019une collectivit\u00e9 future, qu\u2019annonce la barricade de\u00a01832, \u00e9chec plein de promesses. D\u2019autres accomplissements se r\u00e9alisent: l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, f\u00fbt-il suicidaire, transforme le jeune homme en adulte g\u00e9n\u00e9reux; Cosette devient une bonne bourgeoise, \u00abrachetant\u00bb sa m\u00e8re contrainte \u00e0 la prostitution, alors qu\u2019\u00c9ponine se sacrifie pour Marius; Jean Valjean se sublime dans son r\u00f4le de p\u00e8re et meurt en \u00abvieillard vierge\u00bb.<\/p>\n<p>Sans doute la dimension la plus forte du roman r\u00e9side-t-elle dans la place faite \u00e0 l\u2019amour, tout entier pris sous la trouble lumi\u00e8re du d\u00e9sir incestueux, de la passion exclusive, sublim\u00e9e ou non: Grantaire pour Enjolras, \u00c9ponine pour Marius, Marius pour Cosette (fussent-ils temporairement menac\u00e9s par le mariage bourgeois), ou l\u2019horrible m\u00e9nage Th\u00e9nardier. Mis\u00e8re supr\u00eame dans cet assemblage de malheurs, l\u2019amour absolu est le plus souvent non partag\u00e9, l\u2019Autre se d\u00e9robant pour un autre objet. Mais revanche de l\u2019\u00e2me, l\u2019amour compense cependant la d\u00e9gradation des \u00eatres, qui ne poss\u00e8dent rien d\u2019autre que leur passion: ainsi d\u2019\u00c9ponine. \u00c0 moins qu\u2019ils ne chantent, ultime plaisir, dernier d\u00e9fi jet\u00e9 \u00e0 la face de la soci\u00e9t\u00e9: voyez Gavroche. La fin du texte signifie plus que la mort du h\u00e9ros. Sur sa tombe rest\u00e9e anonyme ach\u00e8ve de s\u2019effacer le quatrain d\u2019amour d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son \u00abange\u00bb. Seule l\u2019inhumaine grandeur de sa saintet\u00e9 a \u00e9quilibr\u00e9, l\u2019espace de la fiction, la mis\u00e8re des hommes. Valjean disparu, la mis\u00e8re demeure, b\u00e9ante. Le roman ne peut s\u2019achever qu\u2019ailleurs, dans une histoire autre, report\u00e9e dans un avenir proph\u00e9tique, temps d\u2019une autre litt\u00e9rature, celle de l\u2019humanit\u00e9 enfin advenue. Les Mis\u00e9rables sont bien un roman des limites de l\u2019\u00e9criture romanesque, de l\u2019Histoire et de l\u2019homme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.\u00a0GENGEMBRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-108","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/108","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}