{"id":104,"date":"2026-07-21T17:02:43","date_gmt":"2026-07-21T15:02:43","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=104"},"modified":"2026-07-21T17:02:43","modified_gmt":"2026-07-21T15:02:43","slug":"poesies-3","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=poesies-3","title":{"rendered":"Po\u00e9sies"},"content":{"rendered":"<p>Po\u00e9sies<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PO\u00c9SIES. Recueil po\u00e9tique de St\u00e9phane Mallarm\u00e9 (1842-1898), publi\u00e9 \u00e0 Bruxelles chez Deman en 1899, en une \u00e9dition \u00e0 laquelle le po\u00e8te travaillait au moment de sa mort.<\/p>\n<p>Un premier recueil, intitul\u00e9 les Po\u00e9sies de St\u00e9phane Mallarm\u00e9 avait paru d\u2019avril \u00e0 octobre 1887 aux \u00c9ditions de la Revue ind\u00e9pendante, qui reproduisait en un luxueux fac-simil\u00e9 photolithographique le manuscrit d\u00e9finitif de l\u2019auteur. Il ne comportait que deux po\u00e8mes in\u00e9dits (\u201cle Pitre ch\u00e2ti\u00e9\u201d et \u201cSes purs ongles\u00a0[&#8230;]\u201d\u00a0\u2014 \u00e9galement appel\u00e9 \u201cSonnet all\u00e9gorique de lui-m\u00eame\u201d ou \u201cSonnet en\u00a0\u2014 yx\u201d), tous les autres ayant \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de publications ant\u00e9rieures dans diverses revues (l\u2019Artiste; le Parnasse contemporain\u00a0[un ensemble de dix po\u00e8mes en\u00a01866]; Lut\u00e8ce\u00a0[une demi-douzaine de po\u00e8mes recueillis par Verlaine \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un article sur les \u00abPo\u00e8tes maudits\u00bb en\u00a01883]; la Revue critique; \u00c9ventail; la Revue ind\u00e9pendante, etc.). En\u00a01887, le po\u00e8te autorisa la publication de l\u2019Album de vers et de prose (Bruxelles \u00e0 Librairie nouvelle et Paris \u00e0 la Librairie universelle), version moins luxueuse et de prix plus abordable du recueil pr\u00e9c\u00e9dent. En\u00a01893, la Librairie acad\u00e9mique Didier-Perrin et Cie donna une \u00e9dition augment\u00e9e de Vers et Prose. Cette \u00abr\u00e9impression acad\u00e9mique\u00bb ne proposait cependant que des morceaux choisis de l\u2019\u00e9dition de\u00a01887 devenue introuvable. Mallarm\u00e9 accepta donc une nouvelle publication de ses Po\u00e9sies chez Deman, publication pour laquelle il avait adress\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9diteur bruxellois une maquette d\u00e8s\u00a01894.<\/p>\n<p>Dans les premiers po\u00e8mes du recueil, compos\u00e9s \u00e0 partir de\u00a01860, Mallarm\u00e9 dialogue avec l\u2019\u0153uvre de Baudelaire. Le lecteur y reconna\u00eet ais\u00e9ment des th\u00e8mes baudelairiens: la mal\u00e9diction pesant sur le po\u00e8te (\u201cle Guignon\u201d), d\u00e9chir\u00e9 entre deux postulations, l\u2019Azur, Id\u00e9al inaccessible et \u201cIci-Bas\u201d (\u201cles Fen\u00eatres\u201d), l\u2019Ennui (\u201cRenouveau\u201d, \u201cBrise marine\u201d), la prostitu\u00e9e (\u201cUne n\u00e9gresse&#8230;\u201d, \u201cAngoisse\u201d), l\u2019invocation \u00e0 Satan (\u201cle Sonneur\u201d). Mallarm\u00e9 trouve chez le po\u00e8te des Fleurs du mal tout un r\u00e9pertoire de motifs et une \u00e9criture fond\u00e9e sur les correspondances. Mais son \u00e9criture, plus elliptique et plus heurt\u00e9e, ob\u00e9it \u00e0 une d\u00e9marche plus radicale: par exemple, si l\u2019Azur provoque l\u2019aspiration \u00e0 le rejoindre (\u201cles Fen\u00eatres\u201d), si le sujet croit pouvoir braver l\u2019Absolu (\u201cle Pitre ch\u00e2ti\u00e9\u201d) en un bain qui se r\u00e9v\u00e8le tra\u00eetre, il doit se r\u00e9soudre \u00e0 fuir un r\u00eave qui le hante (\u201cl\u2019Azur\u201d) et \u00e0 trouver refuge dans la chevelure d\u2019une femme, pour y plonger et trouver l\u2019oubli de soi (\u201cAngoisse\u201d, \u201cTristesse d\u2019\u00e9t\u00e9\u201d). L\u2019\u00e9vidence du N\u00e9ant s\u2019impose: \u00abLe ciel est mort.\u00bb<\/p>\n<p>Dans H\u00e9rodiade, la \u00abFroide enfant\u00bb se d\u00e9tourne de l\u2019Azur pour se replier sur son int\u00e9riorit\u00e9 virginale et attendre l\u2019inconnu. L\u2019Apr\u00e8s-midi d\u2019un faune r\u00e9duit la possession des nymphes \u00e0 un r\u00eave et une pure cr\u00e9ation esth\u00e9tique. Igitur affirme enfin le N\u00e9ant et proclame haut la mort de Dieu. D\u00e9sormais, le po\u00e8te dialogue avec le N\u00e9ant.<br \/>\nBien qu\u2019il ambitionne de ne se consacrer d\u00e9sormais qu\u2019au Livre, Mallarm\u00e9 continue d\u2019\u00e9crire, souvent pouss\u00e9 par les circonstances. La seconde partie du recueil se partage en trois tendances. Les \u00abHommages\u00bb et les \u00abTombeaux\u00bb, auxquels il faut adjoindre \u201cProse\u00a0[pour Des Esseintes]\u201d, se fondent sur l\u2019opposition entre le po\u00e8te et la foule (voir sur ce sujet Divagations) et affirment la contingence de la mort, qui n\u2019emp\u00eache pas le po\u00e8te de se survivre \u00e0 lui-m\u00eame dans son \u0153uvre. Le po\u00e8me importe avant tout: m\u00eame si \u00abl\u2019ombre menace de sa fatale loi \/ Tel vieux r\u00eave\u00bb, la po\u00e9sie t\u00e9moigne du g\u00e9nie, l\u2019\u00e9criture venant d\u00e9mentir le vide inscrit dans la \u00abfen\u00eatre\u00bb. Cette victoire illusoire et mensong\u00e8re du po\u00e8me, lieu o\u00f9 rien ne s\u2019accomplit que le po\u00e8me (\u201cSonnet en -yx\u201d; \u201cProse\u201d) n\u2019interdit pas une inspiration plus l\u00e9g\u00e8re en apparence: le souffle d\u2019un \u00e9ventail tout a\u00e9rien (\u201c\u00c9ventail\u201d, \u201cAutre \u00c9ventail\u201d), ou un \u00abtourbillon de mousseline\u00bb (\u201cBillet \u00e0 Whistler\u201d) habitent le vide, le blanc, le temps du po\u00e8me, tout en \u00e9tant li\u00e9s \u00e0 une image de la femme, r\u00e9duite \u00e0 la chevelure o\u00f9 le po\u00e8te-faune plonge pour \u00absemer de rubis le doute\u00bb (\u201cla Chevelure\u201d) ou \u00abexpirer\u00bb (\u201cQuelle soie\u201d). Le dernier sonnet du recueil vient, peut-\u00eatre, assurer un \u00e9quilibre entre ces deux tendances, le r\u00eave projet\u00e9 sur le n\u00e9ant (\u00abl\u2019antique amazone\u00bb) et la r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 le r\u00eave vient sombrer (la femme de chair).<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9sentation chronologique ne correspond pas \u00e0 l\u2019ordre adopt\u00e9 par le po\u00e8te dans son recueil. L\u2019indice le plus probant est fourni par \u201cSalut\u201d, qui fait de \u00abRien\u00bb le terme inaugural. Ce rien qui r\u00e9appara\u00eet dans \u201cRondels\u201d, en opposition au projet et au r\u00eave, ou dans le \u201cBillet \u00e0 Whistler\u201d, rien a\u00e9rien, associ\u00e9 non \u00e0 des \u00abrafales\u00bb, mais \u00e0 une danseuse qui \u00abpuisse\u00a0[&#8230;] \/ de sa jupe \u00e9venter Whistler\u00bb. Le rien est ainsi l\u2019arabesque dessin\u00e9e dans un mouvement et dans un souffle sur une surface, un court instant: il devient \u00e9cume, autre manifestation mallarm\u00e9enne de la trace (\u201cSalut\u201d, \u201cVictorieusement fui\u201d, \u201cAu seul souci de voyager\u201d), mousse fragile qui recouvre des profondeurs de n\u00e9ant o\u00f9 sombrer (\u201c\u00c0 la nue accablante\u201d). Les motifs de la guirlande ou de la dentelle appartiennent au m\u00eame r\u00e9seau th\u00e9matique qui s\u2019actualise en des m\u00e9taphores \u00e0 registre maritime et\/ou vestimentaire aux connotations textuelles \u00e9videntes. Saluer, lever une coupe de champagne pour porter un toast, c\u2019est rappeler l\u2019oralit\u00e9 de la po\u00e9sie o\u00f9 se confondent le verre et le vers, la coupe et la coupe, et montrer la surface \u00e9tale d\u2019un liquide o\u00f9 viennent \u00e9clater des bulles de n\u00e9ant\u00a0\u2014 la po\u00e9sie. Le retour sur soi de la po\u00e9sie est bel et bien constant dans le recueil. \u201cLe Vierge, le Vivace et le bel aujourd\u2019hui\u201d dit une surface blanche impollu\u00e9e et montre le cygne \/ signe d\u00e9chir\u00e9 entre deux postulations: \u00abla r\u00e9gion o\u00f9 vivre\u00bb (\u00abl\u00e0-bas\u00bb de \u201cBrise marine\u201d, l\u2019\u00abinutile gisement\u00bb annonc\u00e9 par l\u2019oiseau \u00e0 Vasco de Gama) et \u00abl\u2019espace inflig\u00e9 \u00e0 l\u2019oiseau qui le nie\u00bb. La fiction (l\u2019anecdote narr\u00e9e) devient all\u00e9gorie de l\u2019\u00e9criture du texte: l\u2019espace d\u00e9sign\u00e9 est espace de mots (\u201cProse\u201d). Le d\u00e9ictique (\u00abCette \u00e9cume\u00bb, \u201cSalut\u201d; \u00abCe lieu\u00bb, \u201cle Vierge, le Vivace\u201d) d\u00e9signe le po\u00e8me lui-m\u00eame qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019acte qu\u2019il est, givre impalpable dispers\u00e9 sur \u00abl\u2019horreur du sol\u00bb, blancheur jet\u00e9e sur la blancheur. Voici le lecteur invit\u00e9 \u00e0 ce voyage de la surface dissimulant en ses profondeurs une agonie perp\u00e9tuelle.<\/p>\n<p>Rien, car la r\u00e9alit\u00e9 est ni\u00e9e (\u00abToute l\u2019\u00e2me r\u00e9sum\u00e9e\u00bb), car la pr\u00e9sence incarn\u00e9e s\u2019efface pour que le po\u00e8te se confonde avec son \u0153uvre dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 (\u201cTombeau d\u2019Edgar Poe\u201d). Ce rejet radical du monde (voir Divagations) permet l\u2019acc\u00e8s au myst\u00e8re, qui est la beaut\u00e9 de l\u2019univers r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 la conscience pure. Certains po\u00e8mes s\u2019ach\u00e8vent sur un d\u00e9placement du point de vue, depuis l\u2019humain jusqu\u2019au cosmique (\u201cSonnet en -yx\u201d, \u201cQuand l\u2019ombre mena\u00e7a\u201d), offrant l\u2019image d\u2019une totalit\u00e9 structur\u00e9e, m\u00e9taphore du po\u00e8me. D\u2019autres font du v\u00e9g\u00e9tal qui s\u2019\u00e9panouit (\u201cles Fleurs\u201d, le \u00abbosquet\u00bb de \u201cToast fun\u00e8bre\u201d, les \u00ablis\u00bb de \u201cProse\u201d) des m\u00e9taphores de ce paradis verbal \u00abhumble et large\u00bb auquel le po\u00e8te acc\u00e8de. C\u2019est pourquoi, enfin, parce que le po\u00e8me n\u2019offre que des re-pr\u00e9sentations qui se superposent \u00e0 une ignorance (\u201cToast fun\u00e8bre\u201d), cette fleur ou ces diamants restent sans effet sur le visage de la dormeuse \u00e0 son \u00e9veil (\u201cRondels I\u201d). Ces r\u00eaves ne sont que des mots jet\u00e9s sur l\u2019absence.<\/p>\n<p>Dans la coupe de \u201cSalut\u201d se noie \u00abune troupe \/ De sir\u00e8nes mainte\u00bb. Cette sir\u00e8ne, qui hantera la po\u00e9sie d\u2019Apollinaire, puis celle de Desnos, repr\u00e9sente la po\u00e9sie qui habite la profondeur inaccessible sinon au risque de la mort. Le soleil, \u00e0 cet \u00e9gard, qui va jusqu\u2019\u00e0 rythmer l\u2019\u00e9criture mallarm\u00e9enne dans l\u2019alternance du Faune et d\u2019H\u00e9rodiade, concentre en lui les diverses postulations de la po\u00e9sie: ou, levant, il combat \u00abla lampe ang\u00e9lique\u00bb (\u201cDon du po\u00e8me\u201d), ou, \u00e0 son z\u00e9nith, \u00e9lev\u00e9, il \u00e9chappe au po\u00e8te qui est en rupture avec lui (\u201cRenouveau\u201d) et se plante dans un azur ironique au point que le po\u00e8te d\u00e9sire le voiler (\u201cl\u2019Azur\u201d), ou, plongeant, il est l\u2019objet d\u2019une \u00ablangueur infinie\u00bb (\u201cSoupir\u201d), simple \u00abgloriole \/ Haute \u00e0 ne la pas toucher \/ Dont maint ciel se bariole \/ Avec les ors de coucher\u00bb (\u201cPetit Air I\u201d). La po\u00e9sie peut \u00eatre reconqu\u00eate de ce grand \u00e9clat pour la Terre et la gloire de l\u2019homme (\u201cQuand l\u2019ombre mena\u00e7a\u201d). Mais il revient avant tout \u00e0 la femme de manifester, par l\u2019ouverture de sa chevelure rayonnante, l\u2019\u00e9clat d\u2019un feu int\u00e9rieur. La chevelure solaire accomplit \u00abl\u2019exploit \/ De semer de rubis le doute qu\u2019elle \u00e9corche \/ Ainsi qu\u2019une joyeuse et tut\u00e9laire torche\u00bb (\u201cla Chevelure\u201d). L\u2019\u00e9ros substitue au manque une possession toute terrestre investie des pierreries si ch\u00e8res au po\u00e8te. L\u2019Oph\u00e9lie jamais noy\u00e9e hante ainsi la surface des po\u00e8mes (\u201c\u00c0 la nue accablante tu\u201d), apportant la joie et ses rires lib\u00e9rateurs. A\u00e9rien, susceptible de s\u2019ouvrir et de se refermer, de se donner et de se d\u00e9rober, d\u2019\u00eatre pli m\u00e9taphorique du livre \u00e0 faire qui en un \u00e9clair fait voir le myst\u00e8re, l\u2019\u00e9ventail, instrument f\u00e9minin, ou sa version d\u00e9grad\u00e9e de chiffon \u00e0 m\u00e9nage, m\u00e9tamorphose la froide glace o\u00f9 est pris le cygne\/signe en un rire floral lib\u00e9rateur. Le versant \u00e9rotique mallarm\u00e9en s\u2019oppose ainsi au pr\u00e9cipice o\u00f9 sombre, en un d\u00e9sastre, le po\u00e8te.<\/p>\n<p>Dans les premiers po\u00e8mes, le texte est tr\u00e8s souvent narratif (r\u00e9cit d\u2019allure mythique dans \u201cle Guignon\u201d; r\u00e9cit all\u00e9gorique, articul\u00e9 autour d\u2019un \u00abainsi\u00bb dans \u201cles Fen\u00eatres\u201d). Les \u00e9tapes d\u2019un devenir sont nettement mises en place (dans \u201cRenouveau\u201d: \u00abLe printemps\u00bb, \u00abPuis je\u00bb, \u00abJ\u2019attends\u00bb, \u00abCependant\u00bb) et dans ce cadre temporel la pens\u00e9e s\u2019\u00e9nonce clairement. Mais, dans les po\u00e8mes post\u00e9rieurs \u00e0 la crise d\u2019Igitur, l\u2019anecdote ou l\u2019intertexte baudelairien c\u00e8dent le pas au tout petit rien, parfois bien prosa\u00efque. Souvent, le po\u00e8me n\u2019est dict\u00e9 que par une humble circonstance, voire fond\u00e9 sur un simple geste\u00a0\u2014 d\u2019une chevelure, d\u2019un \u00e9ventail, ou de Mme\u00a0Mallarm\u00e9 \u00e9poussetant un miroir: le po\u00e8me se d\u00e9ploie alors comme un commentaire gravitant autour de ce rien (le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif est alors un temps mental). Mais la pr\u00e9sence de ce rien peut s\u2019inscrire plus subtilement dans une tautologie (fond\u00e9e ici sur l\u2019\u00e9tymologie) o\u00f9 le vers et l\u2019\u00e9criture qui le porte semblent se replier sur eux-m\u00eames: \u00abSes purs ongles tr\u00e8s haut d\u00e9diant leur onyx.\u00bb D\u00e8s l\u2019ouverture, le \u201cSonnet en -yx\u201d devient all\u00e9gorique de lui-m\u00eame: cette autor\u00e9f\u00e9rence chasse du po\u00e8me toute r\u00e9alit\u00e9 et affirme la nature symbolique de la po\u00e9sie. La suite du po\u00e8me conjuguera ensuite cette pr\u00e9sence en cours d\u2019effacement (\u00abL\u2019Angoisse\u00a0[ \u2013 ], ce minuit\u00a0[ \u2013 ] soutient\u00a0[+] lampadophore\u00a0[+] Maint r\u00eave\u00a0[+] vesp\u00e9ral\u00a0[ \u2013 ] br\u00fbl\u00e9\u00a0[ \u2013 ] par le Ph\u00e9nix\u00a0[+] que ne recueille pas de cin\u00e9raire amphore\u00a0[ \u2013 ]\u00bb). Rien n\u2019a lieu que le lieu, dans une suite d\u2019affirmations toujours ni\u00e9es. Priv\u00e9e d\u2019objet, la po\u00e9sie se c\u00e9l\u00e8bre elle-m\u00eame: les \u00abtombeaux\u00bb, comme le geste d\u2019\u00e9l\u00e9vation de la coupe ou du verre\/vers, appartiennent \u00e0 une liturgie po\u00e9tique (voir Divagations) o\u00f9, au-del\u00e0 de la mort qu\u2019ils nient, en opposition \u00e0 une foule ignorante que Mallarm\u00e9 traite avec ironie (\u201cle Tombeau d\u2019Edgar Poe\u201d, \u201cTombeau\u201d de Verlaine), les po\u00e8tes d\u00e9sincarn\u00e9s sont les officiants spirituels d\u2019un culte nouveau qui s\u2019affuble volontiers de l\u2019imagerie catholique qu\u2019il int\u00e8gre et d\u00e9passe (\u201cSainte\u201d).<\/p>\n<p>Mais ce culte du beau, en l\u2019art nouveau, est-il r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite? On sait la formule qui condamne dans les \u00abh\u00e9r\u00e9sies artistiques, \u201cl\u2019Art pour tous\u201d\u00bb: \u00abToute chose sacr\u00e9e et qui veut demeurer sacr\u00e9e s\u2019enveloppe de myst\u00e8re\u00bb (l\u2019Artiste,\u00a015\u00a0septembre\u00a01862). L\u2019herm\u00e9tisme mallarm\u00e9en trouverait l\u00e0 son plus s\u00fbr fondement: ferm\u00e9e, l\u2019\u0153uvre retrouve sa nature religieuse et sacr\u00e9e. Il est vrai que l\u2019intransigeance du po\u00e8te\u00a0\u2014 exigence de puret\u00e9, impuissance \u00e0 l\u2019atteindre qui peut mener \u00e0 l\u2019abandon \u00e0 la mati\u00e8re ou au suicide (\u201cle Sonneur\u201d)\u00a0\u2014 est \u00e0 la mesure d\u2019un tel projet. Cependant, le po\u00e8te ne renonce pas \u00e0 \u00eatre lu: l\u2019herm\u00e9tisme est moins une interdiction faite au lecteur d\u2019acc\u00e9der au myst\u00e8re qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment constitutif du myst\u00e8re po\u00e9tique lui-m\u00eame: \u00abDonner un sens plus pur aux mots de la tribu\u00bb (\u201cle Tombeau d\u2019Edgar Poe\u201d) ne signifie pas que l\u2019on refuse de communiquer avec autrui. Le refus, du reste, viendrait plut\u00f4t des membres de la \u00abtribu\u00bb, h\u00e9sitant \u00e0 se heurter aux multiples difficult\u00e9s du po\u00e8me: syntaxiques (oppositions, retard calcul\u00e9 ou nouveau d\u00e9part, constructions \u00e9quivoques\u00a0[fin de \u201cToast fun\u00e8bre\u201d, \u201cPetit Air I\u201d], enchev\u00eatrement des propositions, sup\u00e9riorit\u00e9 donn\u00e9e au nom sur le verbe dans les po\u00e8mes de la deuxi\u00e8me p\u00e9riode); s\u00e9mantiques (\u00e9tymologisme, polys\u00e9mie, privil\u00e8ge de l\u2019abstrait sur le concret, tr\u00e8s compr\u00e9hensible dans une po\u00e9sie qui efface toute r\u00e9alit\u00e9); phon\u00e9tiques, rythmiques et prosodiques (utilisation du monosyllabe en d\u00e9but ou fin de p\u00e9riode pour surprendre le lecteur par une forte rupture, utilisation des enjambements et rejets, h\u00e9sitation provoqu\u00e9e par le signifiant\u00a0[\u00abcela\u00bb dans \u201c\u00c0 la Nue\u201d], accentu\u00e9e par l\u2019oralit\u00e9 de la parole po\u00e9tique (\u00abPaphos\u00bb rime avec \u00abtriomphaux\u00bb ce qui invite \u00e0 le lire \u00abpas faux\u00bb dans \u201cMes bouquins referm\u00e9s\u201d); rh\u00e9toriques (adjectifs m\u00e9tonymiques: voir \u201cBillet \u00e0 Whistler\u201d; \u201cSalut\u201d; \u201cle Vierge, le Vivace\u201d), m\u00e9taphores qui se superposent dans \u201cle Pitre ch\u00e2ti\u00e9\u201d o\u00f9 l\u2019amoureux est aussi po\u00e8te et baigneur, ou qui s\u2019enchev\u00eatrent dans le \u201cTombeau de Charles Baudelaire\u201d o\u00f9 la chevelure-flamme se m\u00eale \u00e0 la chevelure-femme de la prostitu\u00e9e)&#8230; Cette po\u00e9sie, qui \u00e9pouse le cours d\u2019une pens\u00e9e en heurt \u00e0 de multiples circonstances et incidentes, est avant tout allusive (voir la th\u00e9matique de la dentelle, de la gaze, du voile&#8230;): il s\u2019agit de \u00abpeindre non la chose, mais l\u2019effet qu\u2019elle produit\u00bb (octobre\u00a01864, \u00e0 Cazalis). Mais, lucide, elle sait aussi \u00eatre ironique: \u00abHyperbole\u00bb ouvre \u201cProse\u201d et le rend suspect d\u2019une fausse pl\u00e9nitude rh\u00e9torique. L\u2019h\u00e9sitation\u00a0\u2014 la marche h\u00e9sitante (\u201cM\u2019introduire dans ton histoire\u201d)\u00a0\u2014 est reine en ces po\u00e8mes qui de \u00abbalbutiement, ici refoul\u00e9 dans l\u2019emploi d\u2019incidentes multipli\u00e9, s\u2019enl\u00e8ve en quelque \u00e9quilibre sup\u00e9rieur, \u00e0 balancement pr\u00e9vu d\u2019inversions\u00bb (\u00able Myst\u00e8re dans les Lettres\u00bb, Divagations). Il revient au lecteur, c\u00e9dant \u00e0 \u00abune ivresse belle, sans craindre m\u00eame son tangage\u00bb (\u201cSalut\u201d) de trouver cet \u00e9quilibre, tel qu\u2019en lui-m\u00eame&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-104","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/104","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=104"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}