{"id":103,"date":"2026-07-21T16:59:29","date_gmt":"2026-07-21T14:59:29","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=103"},"modified":"2026-07-21T16:59:29","modified_gmt":"2026-07-21T14:59:29","slug":"herodiade","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=herodiade","title":{"rendered":"H\u00e9rodiade"},"content":{"rendered":"<p>H\u00e9rodiade<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>H\u00c9RODIADE. Po\u00e8me en trois parties de St\u00e9phane Mallarm\u00e9 (1842-1898). La \u00abSc\u00e8ne\u00bb, seule partie publi\u00e9e du vivant de l\u2019auteur, a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9e dans la\u00a02e s\u00e9rie du Parnasse contemporain en\u00a01869, avant d\u2019\u00eatre reprise dans les Po\u00e9sies de 1887. L\u2019\u00abOuverture\u00bb n\u2019a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e qu\u2019en novembre 1926 dans la Nouvelle Revue fran\u00e7aise. Quant au \u00abCantique de saint Jean\u00bb, il appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019\u00e9dition posthume des Po\u00e9sies de\u00a01913.<\/p>\n<p>Con\u00e7ue au d\u00e9part comme une \u00abtrag\u00e9die\u00bb (octobre\u00a01864), peut-\u00eatre en vue d\u2019une repr\u00e9sentation au Th\u00e9\u00e2tre-Fran\u00e7ais (lettre \u00e0 Th\u00e9odore de Banville,\u00a031\u00a0mars\u00a01865), H\u00e9rodiade devint un \u00abpo\u00e8me\u00bb en novembre 1865, Mallarm\u00e9 d\u00e9clarant gagner \u00e0 ce changement formel \u00abtoute l\u2019attitude, les v\u00eatements, le d\u00e9cor et l\u2019ameublement, sans parler du myst\u00e8re\u00bb (\u00c0 Cazalis). Durant l\u2019hiver\u00a01865-1866, il \u00e9crit donc la premi\u00e8re partie, l\u2019\u00abOuverture\u00bb, qui devait \u00eatre \u00abd\u2019un effet inou\u00ef\u00bb, surpassant la \u00absc\u00e8ne\u00bb dramatique alors compos\u00e9e. Au moment du d\u00e9m\u00e9nagement de Tournon \u00e0 Besan\u00e7on (1867), le po\u00e8me, dans son \u00e9tat actuel, est presque termin\u00e9. Quoique Mallarm\u00e9 escompt\u00e2t toujours le reprendre et le compl\u00e9ter, seuls sont parvenus achev\u00e9s ces trois fragments assez dissemblables de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Ouverture ancienne. Dans un d\u00e9cor auroral aux teintes cr\u00e9pusculaires, o\u00f9 aucune pr\u00e9sence ne se manifeste, aper\u00e7u depuis un vitrail ouvert, le r\u00eave ancien se consume. Dans la chambre, au d\u00e9cor fastueux, surann\u00e9 et myst\u00e9rieux, s\u2019\u00e9l\u00e8ve une voix, \u00e9cho du pass\u00e9, trace d\u2019un id\u00e9al d\u00e9sormais condamn\u00e9. La proph\u00e9tie de la Sybille trouve en elle, qui d\u00e9serte son lit, son objet: abandonn\u00e9e de son p\u00e8re cruel, vou\u00e9e \u00e0 la contemplation solitaire de soi, elle serait destin\u00e9e \u00e0 la mort que l\u2019\u00e9coulement du temps rend toujours plus imminente.<\/p>\n<p>La Sc\u00e8ne est construite de mani\u00e8re \u00e0 provoquer chez H\u00e9rodiade, par les interventions de la Nourrice, qui veut l\u2019arracher \u00e0 son d\u00e9sir de se pr\u00e9server de toute souillure et de vivre, \u00abdans un \u00e2ge ignor\u00e9\u00bb, une col\u00e8re croissante. Pourquoi ce refus et pour qui? H\u00e9rodiade reste face \u00e0 l\u2019image que lui renvoie d\u2019elle-m\u00eame son miroir, et, dans sa chambre close, loin du spectacle de l\u2019azur qu\u2019elle hait, \u00abaime l\u2019horreur d\u2019\u00eatre vierge\u00bb tout en attendant \u00abune chose inconnue\u00bb.<\/p>\n<p>Cantique de saint Jean. Tel le soleil un instant immobilis\u00e9, la t\u00eate du saint, apr\u00e8s la d\u00e9collation, s\u2019\u00e9l\u00e8ve, se fixe \u00e0 la hauteur des \u00abglaciers\u00bb, symboles de puret\u00e9, avant de redescendre pour un ultime \u00absalut\u00bb. La mort lib\u00e8re de la finitude du corps, en permettant au \u00abregard\u00bb de s\u2019\u00e9lever \u00e0 la contemplation de l\u2019id\u00e9al.<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les diff\u00e9rences formelles qui s\u00e9parent les uns des autres ces trois textes (monologue\/dialogue; alexandrins\/ hexasyllabes-t\u00e9trasyllabes), l\u2019\u0153uvre poss\u00e8de une certaine unit\u00e9, sinon dramatique (le sacrifice solaire de l\u2019\u00abOuverture\u00bb annonce la mort de saint Jean; la proph\u00e9tie de deuil annonce la solitude d\u2019H\u00e9rodiade, mais aussi sa s\u00e9paration d\u2019avec celui qu\u2019elle attend, saint Jean), du moins th\u00e9matique. Les motifs du cygne \/ signe, de la nappe d\u2019eau \/ miroir \/ surface plane \/ lit \/ grimoire, se r\u00e9p\u00e8tent de l\u2019\u00abOuverture\u00bb \u00e0 la \u00abSc\u00e8ne\u00bb, tandis que l\u2019\u00e9l\u00e9vation jusqu\u2019aux \u00abglaciers\u00bb de la t\u00eate du Baptiste semble ins\u00e9parable de cette d\u00e9finition que donne de son double H\u00e9rodiade: \u00abNuit blanche de gla\u00e7ons et de neige cruelle.\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019\u00abOuverture\u00bb, la Nourrice est pr\u00e9sente, par ses questions et sa voix \u00abdu pass\u00e9, longue \u00e9vocation\u00bb. Le nom d\u00e9signe ici une fonction: mais la \u00abgorge ancienne est tarie\u00bb, et le \u00abparadis\u00bb, perdu pour H\u00e9rodiade. Le monde de l\u2019enfance, de l\u2019infans, o\u00f9 la parole n\u2019est pas encore articul\u00e9e et o\u00f9 la bouche est pleine du bon sein et de la blancheur du lait, n\u2019est plus. Le d\u00e9sir oral est remplac\u00e9, dans la bouche de la vieille, par la menace de mort (le doigt lev\u00e9 qui r\u00e9p\u00e8te le geste des Sibylles) ou la tentation amoureuse: la pr\u00e9sence de son corps est constamment rappel\u00e9e \u00e0 celle qui se veut id\u00e9ale et refuse tout contact, toute profanation (sur cette sensualit\u00e9, voir l\u2019Apr\u00e8s-midi d\u2019un faune compos\u00e9 \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque par Mallarm\u00e9). La \u00abSc\u00e8ne\u00bb est donc travers\u00e9e de part en part d\u2019une opposition radicale entre les deux personnages (d\u00e9fenses r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans la bouche d\u2019H\u00e9rodiade; paroles laudatives et d\u00e9plorations de la Nourrice) qui supporte une probl\u00e9matique m\u00e9taphysique, puis esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Synonyme de finitude\u00a0\u2014 \u00abLes anciens d\u00e9saccords \/ Avec le corps\u00bb (\u00abCantique\u00bb)\u00a0\u2014, le corps est enferm\u00e9 loin des regards et du viol symbolique qu\u2019ils provoquent. Vierge qui s\u2019enorgueillit d\u2019elle-m\u00eame, guerri\u00e8re que sa chevelure apparente \u00e0 la terre froide (m\u00e9tal, bijoux), ou encore serpent qui fait d\u2019elle une mena\u00e7ante femme phallique, H\u00e9rodiade, dans l\u2019exp\u00e9rience du miroir, jouit d\u2019elle-m\u00eame. Tout le mouvement th\u00e9matique de la fermeture qui porte l\u2019\u00abOuverture\u00bb, puis se r\u00e9p\u00e8te dans la \u00abSc\u00e8ne\u00bb, mime cette claustration. Il n\u2019est pas jusqu\u2019\u00e0 la sonorit\u00e9 de certains vers qui ne se referme sur elle-m\u00eame: \u00abD\u2019un miroir qui refl\u00e8te en son calme dormant.\u00bb Pourtant, dans l\u2019exp\u00e9rience du miroir, le d\u00e9doublement est n\u00e9faste. Le s\u00e9mantisme de \u00abglace\u00bb fait du miroir une eau gel\u00e9e (voir \u201cle Vierge, le Vivace\u201d dans Po\u00e9sies), o\u00f9, loin de s\u2019abandonner \u00e0 une expansion bienheureuse, l\u2019id\u00e9al se prend. L\u2019impuissance menace H\u00e9rodiade fig\u00e9e en son miroir, qui n\u2019a d\u2019autre destin que de \u00abs\u2019effeuiller\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire se d\u00e9truire. H\u00e9ro\u00efne de la mort, elle r\u00eave d\u2019un \u00abp\u00e2le mausol\u00e9e\u00bb, tombeau o\u00f9 s\u2019enfouir. Cette fascination pour la blancheur virginale non pollu\u00e9e et effrayante devient, dans la bouche de la Nourrice-Sibylle dont la proph\u00e9tie de mort poss\u00e8de un sens second et crypt\u00e9, d\u00e9sir du \u00abv\u00e9lin\u00bb o\u00f9 inscrire ses r\u00eaves. La polys\u00e9mie du texte assure cette mutation du lit o\u00f9 H\u00e9rodiade laisse des plis au \u00abGrimoire\u00bb o\u00f9 le scripteur laisse des traces. Mallarm\u00e9 donne une all\u00e9gorie de l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique fascin\u00e9e jusqu\u2019au vertige par le blanc.<\/p>\n<p>Cette H\u00e9rodiade, peut-\u00eatre inspir\u00e9e de la figure de Salammb\u00f4 (Salammb\u00f4, paru en\u00a01862, lu par Mallarm\u00e9 en\u00a01864), diff\u00e8re de la figure biblique d\u2019H\u00e9rodiade, m\u00e8re de Salom\u00e9, qui inspira d\u2019autres artistes en cette fin de si\u00e8cle ou au d\u00e9but du suivant (Flaubert\u00a0[voir Trois Contes], Gustave Moreau, Oscar Wilde\u00a0[voir Salom\u00e9], Richard Strauss et Apollinaire). De m\u00eame, le Baptiste n\u2019est plus ici une voix tonnante et justici\u00e8re: ce r\u00f4le, d\u00e9risoire, est d\u00e9volu \u00e0 la Nourrice. Au contraire, il est regard s\u00e9par\u00e9 de sa finitude humaine, rival des \u00abglaciers\u00bb. Par le sacrifice de soi, il acc\u00e8de \u00e0 la puret\u00e9 (voir Igitur). Mais aussi, parce qu\u2019H\u00e9rodiade est \u00abfroides pierreries\u00bb, ce regard est celui qu\u2019il faut porter sur elle, l\u2019id\u00e9al po\u00e9tique qu\u2019elle incarne, bref sur le po\u00e8me. Le \u00abCantique\u00a0[&#8230;]\u00bb d\u00e9place l\u2019attention du cr\u00e9ateur sur le lecteur: l\u2019\u00e9criture op\u00e8re un retour sur elle-m\u00eame, afin de dire \u00e0 chacun de nous qu\u2019il doit se hausser \u00e0 la mesure du po\u00e8me. Entre le regard scrutateur du violeur et le regard du contemplateur fascin\u00e9 qui accepte de se sacrifier, se met en place le moment rituel de la lecture du livre devenu objet de culte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-103","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}