{"id":102,"date":"2026-07-21T16:57:38","date_gmt":"2026-07-21T14:57:38","guid":{"rendered":"https:\/\/paulatim.net\/?post_type=oeuvre&#038;p=102"},"modified":"2026-07-21T16:57:38","modified_gmt":"2026-07-21T14:57:38","slug":"igitur","status":"publish","type":"oeuvre","link":"https:\/\/paulatim.net\/?oeuvre=igitur","title":{"rendered":"Igitur"},"content":{"rendered":"<p>Igitur<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>IGITUR ou la Folie d\u2019Elbehnon. Po\u00e8me en prose de St\u00e9phane Mallarm\u00e9 (1842-1898), publi\u00e9 \u00e0 Paris chez Gallimard en 1925.<\/p>\n<p>Entrepris \u00e0 Besan\u00e7on en mai 1867, Igitur est contemporain de la premi\u00e8re version du \u201cSonnet en -yx\u201d (\u201cSonnet all\u00e9gorique de lui-m\u00eame\u201d, juillet 1868) et de l\u2019ach\u00e8vement de la \u00abSc\u00e8ne\u00bb d\u2019H\u00e9rodiade (septembre\u00a01867). Travaux laborieux qui appellent cette confession du po\u00e8te \u00e0 son ami Cazalis: \u00abJe viens de passer une ann\u00e9e effrayante.\u00bb Et quand il arrive en Avignon, \u00abl\u2019\u00e9difice\u00bb de sa sant\u00e9 \u00abet morale et naturelle s\u2019est \u00e9croul\u00e9\u00bb. Durant l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a01869, il revient sur ces quatre po\u00e8mes en prose qui deviendront Igitur comme un malade \u00e0 la recherche d\u2019un rem\u00e8de. \u00abC\u2019est un conte, par lequel je veux terrasser le vieux monstre de l\u2019Impuissance, son sujet, du reste\u00a0[&#8230;]. S\u2019il est fait, je suis gu\u00e9ri; Similia Similibus.\u00bb Mallarm\u00e9 donna lecture de son projet en ao\u00fbt 1870 \u00e0 Catulle Mend\u00e8s qui en fut atterr\u00e9 et \u00e0 Villiers de L\u2019Isle-Adam qui s\u2019enthousiasma, puis il le classa comme \u00abd\u00e9chet\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Synopsis<\/p>\n<p>Selon l\u2019argument retrouv\u00e9 dans les papiers de Mallarm\u00e9, le po\u00e8me comprend quatre \u00abmorceaux\u00bb auxquels en est adjoint un cinqui\u00e8me dans les \u00e9ditions modernes:\u00a01, \u201cle Minuit\u201d;\u00a02, \u201cl\u2019Escalier\u201d;\u00a03, \u201cVie d\u2019Igitur\u00a0[texte ajout\u00e9]\u201d;\u00a04, \u201cle Coup de d\u00e9s\u201d;\u00a05, \u201cle Sommeil sur les cendres, apr\u00e8s la bougie souffl\u00e9e\u201d\u00a0[\u201cIl se couche au tombeau\u201d en est le titre dans le texte publi\u00e9]. Suivent cinq \u00abScolies\u00bb. \u201cL\u2019Ancienne \u00e9tude\u201d \u00e9nonce le projet: se substituer aux anc\u00eatres pour accomplir l\u2019acte de \u00absouffler la bougie\u00bb. Dans une chambre (tentures, miroir), Igitur accomplit une asc\u00e8se spirituelle (I). Il p\u00e9n\u00e8tre dans le caveau de ses anc\u00eatres, devenant les \u00eatres de sa race, annulant son moi pour une identit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique, puis pour un moi id\u00e9al, double du miroir, parfaite conscience abstraite, pour un moi absolu (II). \u00c0 ce moment intervient dans le conte le r\u00e9cit de la \u201cVie d\u2019Igitur\u201d, sans concession \u00e0 l\u2019anecdote: cette fiction de l\u2019exp\u00e9rience du temps est construite en trois \u00e9tapes, conscience du temps \u00abrecueilli\u00bb et bien-\u00eatre, \u00e9ternit\u00e9 et ennui, temps pur et moi permanent (III). \u00abMais l\u2019Acte s\u2019accomplit.\u00bb La conscience universelle permet de participer \u00e0 la causalit\u00e9 universelle, d\u2019\u00eatre \u00e0 son origine sans lui attribuer de finalit\u00e9. Igitur accomplit le destin de sa race inscrit dans le \u00abgrimoire\u00bb: abolir le hasard d\u2019un geste absolu. Mais dans l\u2019accomplissement m\u00eame du geste resurgit le moi conscient et donc limit\u00e9 (IV). Niant le hasard en lui substituant l\u2019infini, il r\u00e9tablit une n\u00e9cessit\u00e9. Il se couche alors dans les cendres de ses anc\u00eatres, faisant du suicide le seul acte absolu possible (IV-V).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Critique<\/p>\n<p>Igitur est, selon Mallarm\u00e9, un conte. Pourtant, avons-nous bien affaire \u00e0 une fiction? Il y a, bien s\u00fbr, un d\u00e9cor, qui, \u00e0 travers la magie de l\u2019\u00e9criture mallarm\u00e9enne, se m\u00e9tamorphose. Le miroir se creuse en un tombeau, porte ouverte sur l\u2019au-del\u00e0 ou l\u2019en-de\u00e7\u00e0; les tentures de la chambre en deviennent les parois. Tout un espace du dedans est mis en place, autant mat\u00e9riel que spirituel. Le personnage \u00e9prouve une \u00aboppression progressive\u00bb, il entend (\u00abOui\u00bb), il ressent m\u00eame de la frayeur ou de l\u2019effroi; il agit aussi (\u00abIl secoue simplement les d\u00e9s\u00bb). Tout m\u00e8ne \u00e0 ce geste, en une subtile progression, ou plut\u00f4t r\u00e9gression, comme le montre ce r\u00e9cit parodique de la Gen\u00e8se, o\u00f9 importent non les \u00abconstellations\u00bb et la \u00abmer\u00bb, mais l\u2019\u00abinfini\u00bb et peut-\u00eatre le \u00abChaos\u00bb. La d\u00e9marche mentale pr\u00e9pare l\u2019accomplissement du geste: c\u2019est cet accord qui d\u00e9finit le th\u00e9\u00e2tre selon Mallarm\u00e9. Igitur fut aussi con\u00e7u comme une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Que serait le contenu de cette fiction? Ce simple geste, pr\u00e9cis\u00e9ment, de lancer les d\u00e9s ou souffler une bougie. Aussi a-t-on affaire \u00e0 un conte, qui peut \u00eatre qualifi\u00e9 de m\u00e9taphysique ou de po\u00e9tique. Les questionnements mis en place dans le r\u00e9cit sont multiples: interrogation sur le hasard et la n\u00e9cessit\u00e9, sur une causalit\u00e9 ext\u00e9rieure et objective, vou\u00e9e fatalement \u00e0 redevenir subjective d\u00e8s qu\u2019elle est pens\u00e9e et \u00e0 rendre \u00e0 la finitude celui qui se veut absolu; interrogation sur le Moi plac\u00e9 face \u00e0 son miroir (voir H\u00e9rodiade), dont le r\u00e9cit mesure les \u00e9tapes de la transformation en le nommant tant\u00f4t \u00abMinuit\u00bb, tant\u00f4t \u00abJe\u00bb, tant\u00f4t \u00abl\u2019Ombre\u00bb; interrogation sur les relations du Moi au Temps (perte, recel, \u00e9preuve)&#8230; Les questions se multiplient du fait m\u00eame de l\u2019herm\u00e9tisme du po\u00e8me, et les \u00abScolies\u00bb sont un secours modeste pour le lecteur. Mallarm\u00e9 l\u2019a pr\u00e9venu, d\u00e8s l\u2019\u00e9pigraphe: \u00abCe Conte s\u2019adresse \u00e0 l\u2019Intelligence du lecteur qui met les choses en sc\u00e8ne, elle-m\u00eame.\u00bb<\/p>\n<p>Plac\u00e9 hors du temps, hors de toutes circonstances, hors de toute r\u00e9alit\u00e9, Igitur ne saurait souffrir que l\u2019universel: \u00abJe suis maintenant impersonnel\u00bb, \u00e9crit Mallarm\u00e9 \u00e0 Cazalis (14\u00a0mai\u00a01867). Puisque \u00abl\u2019Acte s\u2019accomplit\u00bb et se passe d\u2019auteur, le suicide sera le stade ultime de cette n\u00e9gativit\u00e9, constamment \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019\u00e9criture m\u00eame de Mallarm\u00e9 (voir par exemple le champ s\u00e9mantique de la mort, ou le r\u00f4le des \u00e9pith\u00e8tes souvent charg\u00e9es de miner n\u00e9gativement ce qu\u2019un nom peut porter de positivit\u00e9: \u00abvacante sonorit\u00e9\u00bb, \u00abimm\u00e9morial geste vacant\u00bb, \u00abvide s\u00e9pulcral du heurt\u00bb). Igitur boit la fiole de N\u00e9ant; sans pr\u00e9sence humaine, l\u2019Absolu peut \u00eatre: \u00abLe N\u00e9ant parti, reste le ch\u00e2teau de la puret\u00e9.\u00bb Pourquoi accomplir le geste, alors? Si tout agent est inutile, homme ou Dieu, pourquoi cette \u00abfolie\u00bb? D\u00e9sillusionn\u00e9, Igitur (se) donne l\u2019illusion: ce regard lucide et ironique port\u00e9 sur soi est l\u2019indice d\u2019un d\u00e9placement de l\u2019ordre m\u00e9taphysique\u00a0\u2014 qui n\u2019est jamais une fin en soi, mais une condition de possibilit\u00e9, chez Mallarm\u00e9\u00a0\u2014 vers l\u2019ordre esth\u00e9tique. Au temps racont\u00e9 du point de vue d\u2019Igitur, il faut opposer le temps comment\u00e9 propre au narrateur (IV, \u201cle Coup de d\u00e9s\u201d). L\u2019ordre du r\u00e9cit est ici porteur de sens: apr\u00e8s la parodie du geste, Igitur \u00abferme le livre\u00bb. La page a recueilli le mensonge. Il faut croire au \u00abseul Absolu\u00bb inhumain, l\u2019Absence, et donc pouvoir \u00abs\u2019imagine[r] \u00eatre partout dans un r\u00eave\u00bb. Igitur rend ses pouvoirs \u00e0 l\u2019imagination.<\/p>\n<p>Le titre invite le lecteur \u00e0 tirer une conclusion. Le hasard est, donc je suis par l\u2019imaginaire. Igitur \u00e9voquerait la formule de la Gen\u00e8se: \u00abIgitur perfecti sunt caeli et terra et omnes ornatus eorum.\u00bbElbehnon, o\u00f9 est d\u00e9j\u00e0 lisible la n\u00e9gativit\u00e9 de la parole po\u00e9tique: \u00abElle b\u00e9e non\u00bb, d\u00e9signerait selon Rolland de Ren\u00e9ville, les fils des Elohim, les anges cr\u00e9ateurs \u00e9man\u00e9s de J\u00e9hovah. Igitur construit son art sur le vide abyssal (voir Un coup de d\u00e9s jamais n\u2019abolira le hasard), et, \u00e0 Minuit, \u00e0 ce moment o\u00f9 le temps n\u2019est pas, s\u00e9pare du Chaos ses constellations de signes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D.\u00a0ALEXANDRE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. &#8220;Dictionnaire des oeuvres litt\u00e9raires de langue fran\u00e7aise.&#8221; \u00a9 Bordas, Paris 1994<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_post_transparent":"default","_kad_post_title":"default","_kad_post_layout":"default","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"default","_kad_post_vertical_padding":"default","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_kad_post_classname":""},"class_list":["post-102","oeuvre","type-oeuvre","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre\/102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/oeuvre"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/oeuvre"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulatim.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}