Poètes maudits (les)

Paul Verlaine

1883

Poètes maudits (les)

 

POÈTES MAUDITS (les). Études critiques de Paul Verlaine (1844-1896), publiées (pour les 3 premières) à Paris dans la revue Lutèce du 24 août au 28 septembre 1883, du 5 octobre au 10 novembre et du 17 novembre 1883 au 5 janvier 1884, et en volume chez Léon Vanier en 1884; réédition contenant trois études supplémentaires chez le même éditeur en 1888. Deux de ces nouveaux textes avaient déjà paru en revue: celui sur Marceline Desbordes-Valmore dans Lutèce en juin 1885 puis, augmenté, dans la Vogue en avril 1886; celui sur Verlaine lui-même dans la Vogue en juin 1886.

Verlaine a écrit nombre de textes critiques mais aucun ne connut la fortune des Poètes maudits. Ce recueil est pour beaucoup à l’origine de la notoriété qui entoura le poète de son vivant.

Synopsis

L’ouvrage est précédé d’un «Avertissement à propos des portraits ci-joints» daté du 25 février 1884 (il sera supprimé lors de la réimpression des Œuvres complètes en 1900). Il comporte ensuite un bref «Avant-propos», puis six études ayant pour titre le nom du poète auxquelles elles sont consacrées: «Tristan Corbière», «Arthur Rimbaud», «Stéphane Mallarmé», «Marceline Desbordes-Valmore», «Villiers de L’Isle-Adam», «Pauvre Lélian» (anagramme de Paul Verlaine).

 

Critique

Dans le brouillon d’un article de 1894 (le compte rendu d’une conférence de Montesquiou sur Marceline Desbordes-Valmore), Verlaine écrit: «Je ne suis pas un critique, tant s’en faut. Je suis tout enthousiasme et tout passion.» Ce jugement s’applique à merveille à la démarche des Poètes maudits. Verlaine se borne en effet à livrer quelques informations biographiques succinctes et propose peu d’analyses approfondies ou originales sur les œuvres évoquées. Il exprime surtout sa vive admiration pour les poètes dont il parle, et, afin de la faire partager au lecteur, il émaille son propos de multiples et longues citations (“le Bateau ivre” de Rimbaud, par exemple, est reproduit en entier).

Certaines remarques, cependant, cherchent à cerner la spécificité poétique de chacun. À propos de Corbière, Verlaine évoque «cette langue forte, simple en sa brutalité charmante, correcte étonnamment, cette science, au fond, du vers, cette rime rare sinon riche à l’excès». En ce qui concerne Rimbaud, l’«ange en exil», le «magicien», l’«aigle», Verlaine célèbre un vers «solidement campé, [qui] use rarement d’artifices», «la puissance d’ironie, et la verve terrible du poète». Toutefois, le mérite essentiel de l’ouvrage réside moins dans ces commentaires que dans la sûreté de jugement dont il témoigne. Verlaine a su en effet reconnaître comme majeurs des écrivains de son époque alors ignorés, et en particulier «ces précieux noms, dont l’un obscur, l’autre à demi inconnu, l’autre méconnu, Tristan Corbière, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé!».

 

A. SCHWEIGER

 

Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994