Noces

Albert Camus

1939

Noces

 

NOCES. Recueil d’essais d’Albert Camus (1913-1960), publié à Alger chez Charlot en 1939.

Cette mince plaquette composée de quatre essais, écrits entre 1936 et 1938, fut tirée en 1939 à deux cent vingt-cinq exemplaires, plusieurs fois rééditée après la guerre et reprise par Gallimard en 1950.

Synopsis

«Noces à Tipasa». Camus célèbre ce site de ruines romaines de la côte algérienne où les absinthes vous prennent à la gorge; bien qu’il soit «habité par les dieux», on n’y a nul besoin de mythes pour y goûter les joies simples de la nature.
«Le Vent à Djemila». Djemila est une ville morte traversée par le vent, qui nous offre une présence au monde délivrée de tous les soucis matériels, de tous les «plus tard».
«L’Été à Alger». Alger, ville ouverte sur la mer et le soleil: on y goûte de manière fugace et intense les joies du corps. Ce texte est aussi un témoignage sur les valeurs primitives d’une «race» peu portée aux plaisirs de l’intelligence, sur ses gestes et son langage quotidien.

«Le Désert». Camus se souvient d’un voyage en Toscane. L’Italie lui a appris que le bonheur n’est pas lié à l’optimisme, mais à l’amour. Sur cette terre de beauté «meurent quand même les hommes».

Critique

Dans une note de «l’Été à Alger», Camus inscrit sa célébration des joies du corps en opposition à celle de Gide, trop cérébrale à son gré. Gide, pourtant, sera parmi les premiers à dire la beauté de ces pages, ainsi que Montherlant, qui avait chanté avec des accents voisins la beauté des femmes d’Alger. L’insouciance à l’égard du lendemain, l’ignorance d’un au-delà, et particulièrement d’un enfer, qui nous inciterait à la vertu, la communion muette avec les éléments naturels seront les valeurs de Meursault, le héros de l’Étranger, qui montrera aussi comment ce bonheur intense nous conduit aux abords de la tragédie. Les pages de Noces sont d’avant l’«exil», c’est-à-dire d’avant le départ de Camus pour la métropole; plus jamais on ne trouvera, dans son œuvre, le lyrisme violent et tendre qui colore «Noces à Tipasa»; de l’absurde, qui nous condamne à faire de ce monde le seul royaume possible, nous lisons ici le versant heureux, même si «le Désert» fait déjà la part de ce «destin de mort» qui habite tout homme.

 

P.-L. REY

 

Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994