Essai sur l’indifférence en matière de religion

Lamennais

1817, 1820, 1823

Essai sur l’indifférence en matière de religion

 

ESSAI SUR L’INDIFFÉRENCE EN MATIÈRE DE RELIGION. Ouvrage de Félicité Robert de Lamennais (1782-1854), publié à Paris chez Tournachon-Molin et Seguin en 1817 et 1820 (deux premiers volumes), et à la Librairie classique-élémentaire en 1823 (troisième et quatrième volumes).

Initialement intitulé Esprit du christianisme par référence au Génie du christianisme de Chateaubriand, texte essentiel dans la constitution d’une pensée contre-révolutionnaire après les livres fondateurs de Bonald (Théorie du pouvoir politique et religieux, 1796) et de Joseph de Maistre (Considérations sur la France, 1797), l’Essai valut au jeune prêtre une gloire fulgurante auprès des milieux ultras et romantiques, et suscita bien des conversions.

 

Synopsis

L’Introduction définit la maladie du siècle, l’absurde indifférence, et engage le lecteur à examiner de bonne foi l’argumentaire développé. Le premier volume démontre l’«importance infinie pour l’homme, pour la société, pour Dieu même» de la religion. Le deuxième, assorti d’une copieuse Préface, est consacré à l’apologie de l’autorité. Le troisième examine l’unité et l’universalité du christianisme, dont le quatrième célèbre la perpétuité et la sainteté, ainsi que les lois, fondement de la loi politique.

 

Critique

Version religieuse de la «maladie» politique, psychologique et morale qui atteint les générations issues de la Révolution, l’indifférence se révèle une composante centrale du «mal du siècle». Contre le rationalisme analytique, Lamennais prône brillamment et passionnément la subordination du pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Ainsi, conformément à la source divine de la nature humaine et de la société, au caractère absolu du pouvoir politique, à la primauté du religieux sur le juridique, à l’infaillibilité du dogme, qui précède la raison, s’effectuera le rejet des Lumières délétères. Somme des progrès de l’humanité, accomplissement ancré dans la tradition, le christianisme, «développement naturel de l’intelligence», couronne la pensée humaine. L’associant de plus en plus à la liberté, Lamennais en fera par la suite la religion du progrès et du message révolutionnaire, ce qui le conduira à la rupture avec Rome (voir Paroles d’un croyant, 1834, et le Livre du peuple, 1837).

 

G. GENGEMBRE

 

Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994