Claude Gueux
Claude Gueux
CLAUDE GUEUX. Nouvelle de Victor Hugo (1802-1885), publiée dans la Revue de Paris en 1834, et en volume chez Évréat la même année.
Après le plaidoyer du Dernier Jour d’un condamné, Hugo revient à la charge et, s’inspirant d’un fait divers contemporain, élargit le thème à la misère, mère du crime. Il abordera de nouveau cette question dans les Misérables.
Synopsis
Pauvre ouvrier parisien, Claude Gueux vole parce que lui et sa famille ont froid et faim. Envoyé pour cinq ans à la prison de Clairvaux, il devient «l’âme, la loi et l’ordre de l’atelier». Il partage le pain du jeune Albin, dont finit par le séparer le directeur, jaloux de la renommée de Claude. Victime de ses brimades, Claude tue avec une hache le directeur et tente de se suicider avec les petits ciseaux de sa compagne. Il passe devant les assises de Troyes en 1832, et adjure juges et jurés de se demander pourquoi il a volé et tué. Il est exécuté le 8 juin et, avant de mourir, donne une pièce de cinq francs pour les pauvres. Le récit fait alors place à un discours sur le thème: «Qui est réellement coupable? Est-ce lui? Est-ce nous?» Hugo plaide contre la peine de mort et conseille au législateur d’«ensemencer les villages d’évangiles» pour mieux éduquer l’homme du peuple.
Critique
Claude Gueux se présente comme une longue scène de théâtre avec dialogues et monologues, racontée par un narrateur neutre, et rétrospectivement métamorphosée en motif oratoire par un discours prononcé à la Chambre. Une lettre préliminaire d’un certain Charles Carlier, négociant, demandant au directeur de la Revue de Paris de tirer de la nouvelle «autant d’exemplaires qu’il y a de députés en France» consacre cette transformation. Carlier (a-t-il existé?) avait envoyé le texte aux députés pour qu’il soit lu à la tribune et ainsi imprimé par le Moniteur.
Avant Jean Valjean, Claude Gueux, cet homonyme de tous les misérables, est le type de l’homme du peuple qui a injustement souffert, voué à l’échafaud par une société incapable d’accomplir sa mission éducatrice. Hugo s’est inspiré d’une affaire authentique, rapportée par la Gazette des tribunaux, même si, pour les besoins de la démonstration, il a idéalisé son héros en faisant de lui un père de famille et en ramenant le vol à sa seule cause: la faim. Surtout, il a su trouver de vigoureux accents pour condamner l’«amputation barbare» qu’est la peine de mort et demander que l’on remette les lois «au pas des mœurs».
G. GENGEMBRE
Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994