Arcane 17

André Breton

1944

Arcane 17

 

ARCANE 17. Ouvrage d’André Breton (1896-1966), publié à New York chez Brentano’s en 1944.

C’est au cours de l’automne et de l’été 1944, pendant qu’il séjourne aux États-Unis et au Canada, que Breton entreprend la rédaction d’Arcane 17. Ouvrage de l’exil né de la guerre, le livre est aussi, dans la même veine que l’Amour fou, un texte qui, tout en mêlant lyrisme et réflexion, autobiographie, poésie et philosophie, célèbre la femme aimée, Élisa, et médite sur les exigences de la vie et le destin de l’homme.

Synopsis

À partir de la description d’un magnifique spectacle naturel — la côte de la Gaspésie, au Canada —, le texte instaure un va-et-vient, fondé sur une sorte de dérive analogique, entre le paysage extérieur et le paysage intérieur. La mystérieuse beauté du rocher vibrant d’oiseaux et surplombant la mer est comme le reflet de la beauté de la femme aimée. Par contraste, cette contemplation engendre l’évocation de la barbarie destructrice qui frappe l’Europe. L’amour, la poésie et la liberté apparaissent alors comme les trois voies du salut de l’homme. Breton présente la femme-enfant, incarnation de l’éternelle jeunesse et porteuse d’une féminité enchanteresse et féconde, comme une figure rédemptrice. Les mythes de Mélusine et d’Isis, longuement examinés, sont, à cet égard, riches d’enseignements.

 

Critique

Par son titre, l’ouvrage se place sous le sceau du secret et de l’ésotérisme. Arcane 17 est en effet un texte qui consomme la rupture avec les principes d’explication marxistes. Désormais, Breton se tourne vers un autre mode de compréhension du monde: le mythe. Maints textes de cette époque en témoignent. En particulier, le premier numéro de la revue VVV (juin 1942), à l’organisation de laquelle le poète participe à New York, consacre de nombreuses pages à la recherche d’un mythe susceptible de proposer une nouvelle interprétation du monde et de penser l’avenir de l’humanité. Arcane 17, organisé autour de la figure récurrente (elle apparaissait déjà dans Nadja) et centrale de Mélusine, cherche à décrypter le mythe et à recueillir les enseignements qu’il propose à l’homme. La légende montre que le salut terrestre passe par la femme. Breton, en accordant à Mélusine une renaissance victorieuse, modifie la fin tragique de l’histoire pour la muer en message d’espoir.

Plus riche que la pensée rationnelle, réductrice et figée, la pensée mythique s’élabore à partir de matériaux identiques à ceux du rêve et de la poésie. À travers elle, le désir se manifeste librement, si bien que la légende nous éclaire sur l’inconscient collectif et la place capitale qu’y occupe le principe de plaisir. Quant à la poésie, elle a pour mission d’exhiber la dimension universelle recelée par le désir individuel. En cela, le mythe et la poésie participent activement à la libération de l’homme.

Mélusine ressuscitée et Isis recomposant le corps démembré d’Osiris attestent que l’avenir de l’homme est entre les mains de la femme aimée. Face aux catastrophes de l’Histoire, Arcane 17 dessine, à travers ses mythes, l’espoir d’un renouveau: «L’amour, la poésie, l’art, c’est par leur seul ressort que la confiance reviendra, que la pensée humaine parviendra à reprendre le large.»

A. SCHWEIGER

 

Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. “Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française.” © Bordas, Paris 1994